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juin 24, 2004

Samuel Beckett à Fougax-et-Barrineuf

Voici un journal d'aventures sur les traces de Samuel Beckett, ou leur absence, dans le sillage de Winnie l'ourson, à Fougax-et-Barrineuf, Ariège.

" Que Dieu fasse que tu sois à Fougax ! "
Andréi Schwab

11 mars 2003

En janvier 2002, un mail du Guatémala informait Jean-Pierre Zénit, pasteur E.R.F. à Sainte Croix-Vallée-Française (Lozère) que des télévangélistes guatémaltèques brandissaient des cassettes de Winnie l'Ourson et hurlaient : " Là est le diable " !

L'auteur du mail était un belge de Dottignies installé à Guatémala-City où il dirige une entreprise de fabrication de machines à perforer les emballages-plastique pour les régimes de bananes. Cet André ne comprenait pas que Winnie pût être le diable.
Il interrogeait Jean-Pierre Zénit, son ami.
Jean-Pierre Zénit interrogea l'auteur de ces lignes.
D'où Fougax-et-Barrineuf.
Par Beckett.

Il serait nul de recenser les phénomènes qui s'exaltèrent dès que Jean-Pierre Zénit et l'auteur de ces lignes se mirent au sillage de Winnie. Si l'enquête enfante le réel, si la question rend sonnante l'âme physique du monde, recenser tue.
C'est vieux comme Hérode.
Zénit et l'auteur de ces lignes furent attaqués par des virus. Naïfs en informatique, ils apprirent que c'étaient des Winnit. Winnit 39. Winnit 41…
Peu après, une cassette de Winnie l'Ourson, subtilisée par une fille de Fougax-et-Barrineuf (Agnès Birebent) à un enfant qu'elle gardait (Jules) révéla ses pouvoirs.
Un jour que Jean-Pierre Zénit et l'auteur de ces lignes avaient travaillé la Bible (ils préparaient un sermon) et comptaient consacrer l'après-midi à pénétrer des buissons, ils voulurent entendre la parole que produirait la septième minute de cette cassette.
A la septième minute de la cassette, ils entendirent Winnie s'écrier : " Il faut sortir du buisson ".
Ils y virent un signe, et s'élancèrent, avec ardeur, comme Moïse, vers les buissons de Montolieu (11).
Puis en sortirent.
Quelques semaines plus tard, alors qu'ils venaient de découvrir près de la place Pinel à Toulouse (31), dans une poubelle, un numéro de Science et Vie (935) dont un article leur apportait des révélations sur Alexandre Grothendieck, et qu'ils étaient excités, attendu qu'ils enquêtaient sur ce mathématicien génial en état de disparition, leur apparut un chien, avec sa famille de maîtres réellement pitoyables. Ces derniers leur apprirent que le compagnon aboyant de leur vie s'appelait Winnie.
Plus tard, après une " Marche de la poésie ", fomentée par Serge Pey, vers Duns (09), la rencontre d'un dominicain critique à Fanjeaux (11), et un repas copieux à Montolieu (11), la soeur de Zénit leur tira les Runes. L'auteur de ces lignes ne savait rien des Runes, mais il obtint la carte Wyn, la première carte, la carte du " coeur partagé ". Or, Jean-Pierre Zénit et lui avaient l'un et l'autre dans leurs poches un porte-clef Winnie l'Ourson, dont les parties se complétant forment un coeur. En décembre, ils avaient partagé ce coeur. Chaque fois qu'ils se retrouvaient, ils en réunissaient les deux moitiés.
Winnie leur apparut comme le nom du redoublement avec ses deux " i ", ses deux " n " son double " v ".
A la fin du Paysan de Paris, que l'auteur de ces lignes lisait récemment dans un train Toulouse-Narbonne, Louis Aragon écrit : " Je ne parlerai pas de l'usage immodéré des miroirs, des signes obscènes dessinés sur les murs, de la lettre W aujourd'hui employée sans méfiance "… (p.216)
A l'heure où l'auteur de ces lignes les compose, un certain W prépare une guerre contre l'Irak. He wants to win this war. Faut-il se méfier ?
Deux agriculteurs biologiques de Peyremale (Aude), les Pautou, avaient nommé leurs deux cochons Ben Laden et W. Ils firent goûter, voici quinze jours, du saucisson de W à l'auteur de ces lignes. Une semaine plus tard, nourri de W, ce dernier découvrit l'avertissement d'Aragon à l'endroit de la lettre W. A l'instant, le minable propriétaire du chien Winnie l'appela sur son portable pour un problème de voisinage et de porte. Dix minutes plus tard, à la gare de Narbonne, un troublant problème de clefs…
L'auteur de ces lignes préfère clore.
Les Winnie multiplient.


13 mars 2003

Pour l'heure, ce 13 mars 2003, en son bureau, face à un crâne de bélier, un masque Ibo, un Glamokak, des têtes Nok, sa bibliothèque, des oeuvres de Colombetto, une constellation intime d'objets et dans la nuit buvant Toulouse, l'auteur de ces lignes vient d'écouter le CD de Louis : Sincérité.
Ce CD, Agnès le lui a offert, emballé dans un papier doré, après une conférence de Michel Girou à la Cave-Poésie à Toulouse (31).
Elle se l'était procuré au bar le Fougax, à Fougax-et-Barrineuf, côté Barrineuf.
Les personnes qui purent voir ce CD lors de sa remise n'en perçurent pas l'importance. Chacun va ses vies… Seul, peut-être, dans cette cave et au monde, l'auteur de ces lignes palpita.

Il savait qu'à la page 21 de Oh les beaux jours de Samuel Beckett, chez Minuit, on peut lire :
" Winnie : (Regardant devant elle, toque à la main, ton de fervente réminiscence) Charlot Chassepot ! (Un temps !) Je ferme les yeux – (elle enlève ses lunettes et ferme les yeux, toque dans une main, lunettes dans l'autre) – et suis de nouveau assise sur ses genoux, dans le clos à Fougax-et-Barrineuf, derrière la maison, sous le robinier. (Un temps. Elle ouvre les yeux, chausse ses lunettes, taquine la toque.) Oh les beaux jours de bonheur ! "

A peine l'auteur de ces lignes eut-il saisi et retourné le CD Sincérité de Louis qu'il aperçut la photo de Louis, auteur-interprète, visage d'une quarante d'années, ostensiblement demi-barbu, demi-mal rasé, chemise blanche ouverte, avec numéro de téléphone et ce
nom : Cachot.
Louis Cachot auteur-interprète de Sincérité.

Cachot ouvre d'un coup à Charlot Chassepot.
Examinons.
Charlot et Chassepot, malgré l'incongruité sémantique, sont liés par l'initiale et la finale. Cha-ot les unit par delà rl et ssep, qui les séparent.
Cachot les lie d'un nouveau lien, comme ternaire, voire trinitairement transcendant, car, si Charlot et Chassepot semblent également conduire à Cachot, il est impossible d'extraire Cachot de Charlot ou de Chassepot seuls. Il faut toujours prendre un " c " à Charlot ou à Chassepot pour faire Cachot avec Charlot ou avec Chassepot. Cachot excède Charlot d'un c et y laisse un l et un r. Cachot excède Chassepot d'un c mais y laisse ssep. Somme toute, Cachot est irréductible à Charlot et à Chassepot, mais se révèle par eux, de même qu'eux par lui, tout en cachant aux deux, par son sens, sans doute quelque chose.

Le CD de Louis Cachot (dit Louis) était donc apparu au Fougax, côté Barrineuf, à Fougax-et-Barrineuf, près du lieu où Winnie dit avoir connu, sur les genoux de Charlot Chassepot, le bonheur.
Ce CD est un coup de dés.
C'est.

14 mars 2003


Il est temps de s'expliquer.
Les idées viennent en tel tourbillon à l'auteur de ces lignes qu'il se trouble alors qu'il s'efforce au net.
L'apparition de ce nom - Louis Cachot – n'est pas broutille, ou, si ce l'est, il faut être chinois à point nommé, et en sentir le cardinal.
Le CD Sincérité s'était, pour la première fois, manifesté à l'auteur de ces lignes le 30 décembre 2002.
Ce jour là , il avait découvert Fougax-et-Barrineuf avec Agnès Birebent, jeune native du lieu, en voulant explorer sur place la présence de ce nom page 2I d'Oh les beaux jours.
C'était l'enquête Winnie qui l'avait mené à ce village de l'Ariège, arrosé par le Lasset (dit aussi ruisseau de Saint Nicolas) et l'Hers.
Le Pasteur Zénit et Agnès, lors de leurs quêtes avaient en effet repéré que Beckett, ayant créé le personnage de Winnie (une femme qui s'enfonce en deux actes dans un sol), avait inscrit dans le texte de son rôle ce nom duel qui n'en fait qu'un : Fougax-et-Barrineuf.
Nulle autre présence de ce nom dans la pièce, mais ce hapax est capital puisque il porte au titre : Oh les beaux jours.
D'autre part, comme rêve d'Estragon, l'Ariège est convoquée dans En attendant Godot (Minuit, p. 114) .

" Estragon : Nous irons dans l'Ariège.
Vladimir : Où tu voudras.
Pozzo : Trois cents ! Quatre cents !
Estragon : J'ai toujours voulu me balader dans l'Ariège.
Vladimir : Tu t'y baladeras.
Estragon : Qui a pété ? "

L'Ariège, en vrac. Pas exclusivement Fougax-et-Barrineuf.

Le 30 décembre 2002, un lundi, l'auteur de ces lignes s'est rendu à Fougax-et-Barrineuf pour enquêter.
Agnès l'a conduit au bar le Fougax, où elle n'était apparemment jamais entrée. Or là , sur le comptoir, ils ont repéré une pile d'une dizaine de C.D.
C'était Sincérité.
Ils se sont emparés d'un exemplaire, ont immédiatement ri - sans tout entendre - de la pochette dont voici la description, rédigée ce jour en présence d'un exemplaire de Sincérité situé entre le clavier et l'écran de l'ordinateur de l'auteur de ces lignes.

Deux mains humaines, pouces dressés vers l'observateur, sont jointes, les doigts de l'une étant croisés aux doigts de l'autre.
Ces deux mains, celle de gauche étant blanche, celle de droite étant bronzée, forment un pont au premier plan de l'image.
Sous elles, un chemin blanc, dessinant un S, s'enfonce, et un piéton traité en blanc et grisé avec une casquette et un sac à dos, s'avance.
Le titre SINCERITE est posté à gauche de l'image, les lettres SIN et le début de C, s'inscrivant sur le bas de l'avant-bras blanc, la fin de C et ERITE, s'inscrivant sur la terre jaune par rapport à laquelle se dressent les deux mains et dans laquelle s'enfonce le chemin, le haut de E se détachant quant à lui sur ce chemin, et venant affronter le marcheur qui va de droite à gauche tandis que SINCERITE se lit de gauche à droite. Une tension naît entre SINCERITE et le marcheur qui construit un troisième point, en profondeur de champ, vers la disparition du chemin, sous le pont des deux mains.
Cette rencontre crée entre les deux mains, exactement entre leurs pouces accolés, une forme brun sombre, ovaloïde, allongée, qui évoque une vulve, ce d'autant plus qu'une profondeur seconde louche dans l'offre de cette profondeur.

L‘éventuel lecteur de ces pages est invité à créer ce ptyx de ses mains. Qu'il croise ses doigts et plaque son pouce droit contre son pouce gauche : il verra se manifester cet abîme troublant et sombre, vers lequel, peut-être, il désirera.

L'auteur de ces lignes se souvient qu'enfant il aimait disposer ses mains de la sorte, tendre en la conque suscitée par ses pouces une herbe et, y soufflant, créer un son criard, saccager le silence des champs d'un sauvage, solitaire, inutile et bref acte.

Ces deux mains en pont, dans l'image, font une vulve appel au souffle.

Au dessus des deux pouces, sur une montagne que gravit un chemin blanc en S, se dresse le château de Montségur. Son rempart affronte un ciel bleu avec des transitions de blanc, qui constitue le fond de l'image.
Plus bas, une auréole tout aussi blanche sert d'espace d'apparition aux deux mains réunies.
Elle s'étend sur la largeur entière de l'image et excède un peu, verticalement, la limite de son second tiers.
Cette auréole, quoique blanche, n'est pas vide. Depuis la gauche de la main gauche rayonnent une statue de la Liberté, six gratte-ciel dont l'Empire State Building, et deux voitures qui jaillissent comme des graines de l'avant-bras. A droite de la main droite, rayonnent la tour Eiffel, l'Arche de la Défense, et cinq gratte-ciel.
Rayonnent donc, de part et d'autre des deux mains, des signes de New-York et de Paris.
Surplombe tout : le château de Montségur.

A gauche du rempart blanc, souligné d'un puissant trait noir, se lit en lettres manuscrites noires, précédées d'un point noir : Louis.
Le trait de soulignement vient barrer le chemin en S qui monte à Montségur, et les lettres de Louis viennent, sur fond de ciel bleu et blanc, affronter Montségur dont la porte paraît, au bout du chemin en S, dans l'axe formé par lui, la vulve des deux mains, et le S inférieur où s'aventure le marcheur au sac.
Tout porte.

S'il fallait émettre un jugement critique sur cette image, il serait négatif. On crierait à la mauvaise peinture.
Ce serait oublier l'axiome de Michon : " Quiconque postule qu'il y a de la mauvaise littérature, et aime cette idée, n'écrira jamais de bonne littérature ".
Pierre Michon, dans Corps du roi, p 29, commente ainsi Homais, pharmacien d'Yonville, selon Flaubert : " Certainement, continuait Homais, il y a la mauvaise littérature comme il y a la mauvaise pharmacie."
" Certainement, il y a la mauvaise peinture " continuerait un Homais de Fougax-et Barrineuf et autres territoires de France et d'Ariège et d'ailleurs.
Mais à Homais répond Winnie : " Salut, sainte lumière. " (p.68)
Winnie, l'anti-Homais, sent l'illumination jusqu'au cachot des peintures idiotes.
Rien plus beau.
Hors Rimbaud.

Ni l'auteur de ces lignes, ni Agnès n'ont totalement pris conscience de l'image du CD Sincérité quand ils l'ont rencontrée au bar Le Fougax, le 30 décembre 2002. Ils ont ri.
Agnès, en replaçant ce CD sur le comptoir l'a fait tomber sur les carreaux, au risque d'un bris, manifestant sa maladresse générale avec les choses, mais aussi un trouble spécifique, à propos duquel le patron du bar, qui escomptait visiblement vendre un de ces CD peu vendables, s'est tu.
Rien de plus.

L'existence du CD s'est gravée dans l'esprit de l'auteur de ces lignes.
Il est vrai que sa manifestation avait quasiment conclu son séjour à Fougax-et-Barrineuf, séjour d'une après-midi, mais qui avait permis plusieurs rencontres, dont celle de la croix Henri Denis Grauby, de la tombe Henri Denis Grauby, des vitraux de l'église de Barrineuf, des petits vélos gravés dans le clocher de l'église de Fougax, de la vieille dame ignorant tout de l'irlandais Beckett mais contant force légendes de loups, de femmes déchiquetées, ensevelies, et surtout d'une physique de l'étrange.
Où est Fougax ? Où est Barrineuf ? Où est le " et " ? Où est l'ici du " et " ? Dans quel sol son réel est-il ?
Ces éléments alimentent l'enquête, excitant vers quelque vulve-souffle née de la conjonction verticale des mains.
Le séjour à Fougax-et-Barrineuf convergeait à Sincérité de Louis, mais comme en vain, puisque, ce 30 décembre 2002, en cette quasi fin d'année palindromique, le CD resta au comptoir.

Ce jour là , il faisait des trouées de ciel bleu belles, puis des passées de pluie violentes, comme en mars, et par dessus les maisons, éminemment inaccessible, transcendentait le château de Montségur.
Rien ne s'est révélé d'autre, le soir, aux Contes, chez Agnès, ou même à Foix, à la Cave, dancing médiocre en voie de fermeture, pur cul de sac pour cas de cul. Le CD a marqué, ce jour là , une limite. La transgresser fut fait à la Cave-Poésie, à Toulouse, le 10 mars 2003, après la conférence-action sur Fluxus de Michel Girou.

Pourquoi Agnès a-t-elle offert Sincérité à l'auteur de ces lignes ?
Pas par affection, amour, ou quelque sentiment de ce type dont elle paraît vide. Ce n'était pas un anniversaire.
Elle n'avait pas écouté la musique de Louis. Elle ne souhaitait pas la découvrir, ni la faire découvrir.
Peut-être voulait-elle relancer l'action.
Rien de neuf de janvier à mars dans la quête de Beckett à Fougax-et-Barrineuf. Cela ne pouvait durer.
Le mot " sincérité " se trouve conjoint pour Agnès à toute création sérieuse.
Pourquoi pas ?

Elle ignorait l'importance de ce C.D, n'ayant examiné ni ses images, ni ses textes, ni son son. Elle l'a passé, comme un message, étrangère, dans son fond d'or.

Elle ne savait pas ce qu'elle faisait.
L'auteur de ces lignes ne le sait pas davantage.
Beckett savait-il ce qu'il faisait en inscrivant Fougax-et-Barrineuf ?
Et Winnie ? Winnie ne savait pas qu'elle ne savait pas être ou ne pas être.
Qui a pété ?

Reste à regarder devant soi, " toque à la main, ton de fervente réminiscence ".
Sans perdre tête,
En perdant tête,
Et péter,
Etre.

16 mars 2003

C'est aujourd'hui Dimanche : Sainte Bénédicte.
W s'apprête à la guerre en Irak, que l'auteur de ces lignes soutient, sans joie, dans l'horreur des haines de tous ceux qui pensent, en France, le contraire.
Insoutenable.
L'auteur de ces lignes est un masque traversé de souffle, dont la pensée grouille, derrière des lunettes, à propos de tout, comme au caveau les vers. Ce grouillement et celui symétrique du monde le détournent parfois de la réminiscence de Charlot Chassepot et de Cachot.
Il est vrai que Sincérité, mis dans un lecteur, produit des chansons médiocrement enchanteresses.
L'auteur de ces lignes s'en doutait. Cette médiocrité prévisible l'avait attiré lors de l'irruption du CD le 30 décembre 2002 au Fougax. Les chansons idiotes, les textes sans orthographe, les rimes fausses, les mauvais goûts lui plaisent, et il partage ce plaisir avec Jean-Pierre Zénit qui l'a introduit aux chansons de Pascal Lambert, auteur-compositeur de Dottignies, près Mouscron, Belgique, en échange de quoi il le régale de " Montagne Montagne " des Chevaliers du Fiel, duo toulousain, ou de vieilles raretés de Sheila.
Or éructer les fautes d'orthographe de Louis Cachot et sa platitude, c'est faire affreux rire d'idiot, s'abandonner au ricanement cloueur, qui nie sans oui, hors gouffre de l'esprit, rester au rempart ironique sans plonger dans l'enfer où Cachot, ébloui en Charlot Chassepot, inaugure.
Eclatant.
Vite, plus loin, par éclats, bénissons la naissance des sens.

20 mars 2003, saint Joseph.


Demain, printemps.
Saint Joseph fait veille au printemps, belle idée.
Veille et disparaît le père pour et par la printanière naissance.
L'auteur de ces lignes se souvient avoir expliqué à Agnès le 30 décembre 2002 dans l'église de Fougax (pas de Barrineuf) le bâton fleuri qu'y arbore un Saint Joseph de plâtre. Réminiscence aujourd'hui.
Coïncidence ?

A la coïncidence, les parleurs se font restrictifs : " Ce n'est qu'une coïncidence ".

Puis répétitifs : " Charlot Chassepot et Cachot, ce n'est qu'une coïncidence... Ce n'est qu'une. Ne faites pas le fou, cher monsieur, gardez l'axe, car ce n'est qu'une. Ce n'est qu'une. Qu'une.. Qu'une ! Qu'une ! Qu'une ! Coïncidence. Allons ! Cachot, c'est Cachot. Sachez le. On le connaît. Que ça vous choque ou pas. Charlot Chassepot, c'est Charlot Chassepot. Cachot/Charlot Chassepot au Fougax, à Fougax-et-Barrineuf, côté Barrineuf, ce n'est qu'une coïncidence ! Il eût été possible que Louis Cachot s'appelât, par exemple, Alphonse De Herly, Patrice Gommu, Pierrot Bousquet, Alcibiade Cocufieur ou Bob Giliday… Les signes sont arbitraires ! Saussure l'a su, l'assure, et nous aussi. Les noms se portent comme des jetables.
Créant Charlot Chassepot, comment voulez-vous que Beckett ait prévu qu'il cachât Cachot ! Le pauvre Samuel est mort en 1989. C'est dans les dictionnaires, les biographies, les manuels de littérature, et sur le net. Tout ce qui tombe en couperet le dit.
Cachot, Charlot-Chassepot pure coïncidence, pure, pas sale, point pourrie, nullement prolifique, pas fumier d'où explosent les fleurs, mais pure, cent pour cent pure comme la mort. Quittez la coïncidence. Coin. Coin. Coin. Cot. Cot. Cot. Coït. Coït. Coït. Caïn. Caïn. Songez au coït, fils de Caïn, pas aux coïncidences !
Et si vous eussiez trouvé Louis Cachot à Bélesta, à Mirepoix, au îles Caïman, à Dunkerque, à Winnipeg, l'eussiez-vous lu en Charlot Chassepot et à lui lié ? Voyons ce n'est qu'une coïncidence. Souriez. Photo. On oublie tout. Soyez Caïn, canin meurtrier. Tuez la belle envolée des sens.
Ce n'est qu'une coïncidence. Fin du monde. Fond du monde. Fondue finale. Fin de partie.
Pas d'adresse.

A la coïncidence, quand les parleurs ne se font restrictifs, grand tonnage et tonnerre de preuves ! " Ta coïncidence prouve Dieu, mon vieux, et t'écrase. Crève de preuves ! "
Mais le bâton fleuri de Saint Joseph signale un printemps léger.

Nuit !


2O mars 2003. Printemps.

La coïncidence suppose le désir. Elle n'est pas dans les choses, n'a pas de lieu, mais naît par le désir de lire leurs rencontres, de ne pas lier, d'entendre sans prendre. Qui n'est pas sourcier des coïncidences manque sans doute d'âme, c'est-à -dire d'échange entre les choses et l'ombre creuse de son masque.
La coïncidence jaillit du trou du tréma du i, légère, et danse. Le ciel n'est pas sur elle, qui pèse et pose. Elle invente le ciel par la racine des roses. Elle délivre du meurtre et de l'obsession. Elle est le vif humain.

Ce jour, l'Amérique attaque l'Iraq. Emue par l'anagramme, cette page constate.

21 mars 2003


Quand c'est guerre, se ventouser aux écrans tente.
Etre sauvage.
Léonard de Vinci : " Le sauvage est celui qui se sauve ".
Depuis Cachot, ce jour, sauvetage par effort de " fervente réminiscence " vers Charlot Chassepot.
Oh les beaux jours : bonheur de résister aux bruits orateurs.

Le désir d'inventer Winnie dans Fougax-et-Barrineuf, où Beckett l'établit, et le désir de ce désir, et le désir de ce désir de désir, et la multiplication en x puissance du désir font naître et reconnaître Cachot en Charlot Chassepot.
D'un coup de désir, le monde est multiplié, non justifié. Bonheur sans médiation.
Happy days without media.
Diamants.

Le bonheur, multiplication légère, jaillit en Winnie des doubles genoux humains et vivants de Charlot Chassepot. Genoux d'ange.
Encore, pour nous, le bonheur par rencontre, sur table de bar, entre souvenir de Winnie, Louis Cachot, Sincérité.

" J'avais en toute sincérité d'esprit décidé de le rendre à son état de fils du soleil " dixit Rimbaud.
Cachot ? Il faut ouvrir cachot.
Cette phrase sonne.
Sonnent robinier, bonheur, Charlot Chassepot, Cachot. Sonnent l'or, l'heure et l'aventure, Fougax-et-Barrineuf.
Sonne, sonne donc !

Moi sonné, peut-être cloche !
J'ois.


23 mars 2003

Les bombes tombent, mais, près de la place Pinel à Toulouse, l'auteur de ces lignes est à l'abri.
Qui se soucie de rapprocher l'activité de l'actif W, la remarque de Louis Aragon sur W dans Le Paysan de Paris, les discours des télévangélistes guatémaltèques concernant Winnie, l'enfoncement de Winnie dans Oh les beaux jours, antiPâques en deux actes ?
Qui ?

Surgit l'idée de faire surgir, hors ciel, le jour de Pâques, à l'heure de midi, à Fougax-et-Barrineuf, dans les ruisseaux, l'or.

Le jour de la Résurrection de notre Seigneur, des ruisseaux de Fougax-et-Barrineuf, l'or.

En 2003, le vingt avril, deux jours après la Saint Parfait.

Agnès, appelée, est d'accord.

La quête de l'or enchante l'auteur de ces lignes depuis qu'il a lu Donald et Picsou. Longtemps, il s'est couché dans le bonheur de lire leurs aventures. Il n'aimait pas Mickey, obscur chercheur de vérité, obsédé détective d'exact. Il aimait Donald et Picsou, canards gueulards, qui se foutent de la vérité, car ils font l'or.
Picsou trouve partout le lieu et la formule. Sa quête engrosse le monde des trésors où, plus tard, il plonge, comme en des ventres.
L'auteur de ces lignes a beaucoup rêvé au miracle de l'or multiplié.
Cela le rend pro américain, ce salaud.

Il a rencontré un prospecteur - Vincent Taillandier - avec lequel il a trouvé de l'or à Sainte Croix-Vallée-Française, en juillet 2002, sous le presbytère de Jean-Pierre Zénit, au bout d'un chemin qu'inaugure un panneau GOLD, vantant une marque de bière vendue au bar " La Baraka ", juché au dessus du Gardon.
Le villageois ne croyaient pas possible de trouver de l'or là . Un orpailleur des environs manqua rire à l'annonce de la découverte… L'or était pourtant réel, là , après le panneau GOLD, sous le bar et le Presbytère.

Facile d'emporter des batées à Fougax-et-Barrineuf, le 20 avril 2003, jour de Pâques.
Ce sera beau, ce jour, l'or au lieu de " réminiscence ".

Le 25 mars

Le robinier n'est pas si clair qu'on pense.
Brigitte Schwall, jeune botaniste, spécialiste des bellavallia, vient d'informer l'auteur de ces lignes que le robinier, en réalité, est le faux acacia.
Le robinier serait un vrai faux acacia, son double dans la langue.

Dans Oh les beaux jours, p. 21, Winnie ne dit pas " faux acacia ".
Samuel Beckett aurait pu le lui faire dire. Il ne l'a pas fait. Peut-être ne voulait-il pas introduire le faux, donc le doute et le trouble, dans cette réminiscence de bonheur. A moins qu'il n'ait cherché à suggérer que Winnie ignore ou masque l'identité robinier/ faux acacia.
On n'en sait rien.
Que Winnie l'ignore étonne, car qui, sinon elle, reconnaîtrait un robinier en ignorant " faux acacia " ? Mais, si elle sait la botanique, pourquoi Winnie dit-elle " suis de nouveau assise, sur ses genoux, dans le clos à Fougax-et-Barrineuf, sous le robinier " ?
Certes, par anagramme, le robinier est dans FOugax-et-BaRRINEuf : les lettres de l'arbre surgissent de celles du lieu, comme tout arbre de son lieu, et là , principalement, par réminiscence.
Le double trait d'union d'un bloc se redressant fait un des " I ".
Winnie dit " Fougax-et Barrineuf " et aussitôt se lève, bien armé, de ses lettres, à ses lèvres, le robinier.
Cet arbre est l'être autochtone .
Le faux acacia non. C'est clair.
Samuel Beckett, cependant, écrivant " robinier ", n'interdit pas de songer au faux acacia, de l'entrevoir sous le robinier, autre dans la langue, mais étant le robinier même, car il n'est pas plus faux de dire " faux acacia " que " robinier ". Les deux termes sont équivalents. Brigitte, la jolie botaniste, l'assure. Le dictionnaire Robert également.

Le robinier tient son nom de Jean Robin, " botaniste des rois Henri III, Henri IV et Louis XIII, qui introduisit cet arbre, natif d'Amérique du Nord, place Dauphine à Paris en 1601 ", dit le Dictionnaire historique de la langue française. (1602, peut-être, selon l'inscription du plus vieux robinier de Paris, à Saint Julien le Pauvre ?)
L'acacia, quant à lui, viendrait du grec akakia, " sans étymologie connue ".
Ecrire Robinier plutôt que faux acacia, c'est préférer le connu à l'inconnu, choisir le français plutôt que le grec, introduire Robin.
Jean Robin, pas Robin des bois ou Robinson.
Ce Robin là .
Or Robin résonne, et, par réseaux, fait raisonner.

Christophe Robin est l'enfant humain, ami de Winnie dans Winnie l'Ourson de A. A. Milne.
Winnie n'existe pas sans Christophe Robin.

L'auteur de ces lignes tient cette remarque de Jean-Pierre Zénit qui, s'étant procuré, Winnie the Pooh de A.A Milne (par son ami Grant Mac-Clean, écossais, très gros, né en Thaïlande, obscurément sis à Londres pour y chercher fortune) a aussitôt repéré le double doublet Winnie/Robin et en a téléphoniquement prévenu l'auteur de ces lignes.

Le cercle se fait cible.
Si Winnie appelle le robinier, le robinier s'appelle de Robin, qui rappelle Robin, qui appelle Winnie. En chemin, Jean cède la place à Christophe.

Curieusement, l'auteur de ces lignes se souvient qu'au mois de mai 2OO1, alors qu'il visitait à Toulouse l'exposition d'icônes de Iohan Avramescu, il avait rencontré un ermite, ami d'Avramescu, son introducteur en France, Jean-Baptiste Robin. Ces faits sont consignés dans le journal d'un Poème à la Vierge Marie, composé alors, et inédit.
A l'époque, il avait été attentif au prénom de l'ermite, parce qu'il préparait lui-même une journée Jean Le Baptiste à Montolieu, et qu'il avait acheté, dans l'amour de cette journée, une icône de Jean le Baptiste, qui se tient présentement devant lui, sur une sorte de prie-Dieu, lui-même surplombé d'un faisan empaillé.
Ce Robin, outre son corps et sa parole, avait alors existé par son prénom –Jean-Baptiste -, non par son nom.
Ensemble, ils avaient parlé d'icônes, de poésie, du livre du moine Gille Baudry, de Landevennec, Présent intérieur. Jean-Baptiste lui en avait prêté un exemplaire, qu'il s'était engagé à rapporter à son ermitage, au dessus de Prades, ce qu'il avait fait, dix jours plus tard.
Là , cependant, comme il avait trouvé l'ermitage fermé, il avait laissé le recueil, avec un message, contre sa porte.
Il ne pensait plus à ces faits.
Maintenant, écrivant, par un effort de " fervente réminiscence ", il se représente Jean-Baptiste Robin, qu'il imagine en Roumanie, dans les montagnes aurifères, puisque cet ermite lui avait dit, en mai 2001, s'apprêter à quitter le Roussillon pour la Roumanie, où il comptait prier plusieurs années.

L'auteur de ces lignes sait que la Roumanie est la destination capitale d'Agnès. Elle y cherche, suit la trace d'un deuil, vers les montagnes aurifères, dont parle ces jours ci Courrier international.

Agnès ne connaît pas Jean-Baptiste Robin. Elle n'en a jamais entendu parler en Roumanie. Elle ne sait rien.


26 mars

Robin Jean-Baptiste,
Robin Jean,
Robin Christophe.

" Il faut qu'il croisse et que je diminue. " Jean-Baptiste, selon Saint Jean, porteur de l'Evangile du Christ.

Voici l'histoire des origines de Winnie the Pooh, telle que la rapporte un site internet : http://www.callisto.si.usherb.ca/
" Natif d'Angleterre, Harry Colebourn, qui a émigré au Canada pour ses études en médecine vétérinaire, vivait à Winnipeg, Manitoba.
En 1914, Harry s'est enrôlé dans l'armée canadienne. C'était alors le début de la première guerre mondiale.
En route vers le train militaire, le train a fait une halte à White River, Ontario. C'est à ce moment que Harry a acheté une petite ourse noire.
Dans le train, les compagnons d'Harry trouvent l' ourse bien affectueuse, ce pourquoi ils la désignent leur mascotte.
Harry décide d'appeler la petite ourse " Winnie " en l'honneur de la ville de Winnipeg, là où il a eu de bons souvenirs.
Au mois de décembre 1914, Harry doit se rendre au Front depuis Londres, ce pourquoi il confie temporairement Winnie à la garde du zoo.
En 1918, fin de la première guerre mondiale. Harry veut reprendre Winnie pour la mener au Canada. Voyant le succès qu'elle a au zoo, il décide de la laisser où elle est.
A l'occasion de son cinquième anniversaire, Christopher Robin, un jeune enfant londonien, se rend au zoo avec ses parents. C'est lors de cette sortie familiale que Christopher rencontre Winnie, l'ourse canadienne. Christopher est fasciné par elle, ce pourquoi il s'empresse d'appeler son ourson en peluche Winnie.
A.A Milne (Alan Alexander), qui est le père de Christopher, mais aussi un écrivain réputé, décide de mettre sur papier les jeux de son fils avec son ourson. C'est donc en 1926 que le premier livre de " Winnie the pooh " voit le jour. Le livre est alors illustré par E.H. Shepard. "

Winnie est venu d'Amérique en Europe, comme le robinier.
Christophe fait passage entre l'ourse du zoo et la fiction de son père. C'est lui qui a transféré le nom de Winnie à sa peluche, alors que Harry Coleburn, qui a transféré Winnie d'Amérique dans Londres, avait transféré le nom tronqué de sa ville à cette petite ourse achetée à White River.
Le nom Winnie, venant de Winnipeg, est passé à une ourse, passé en Europe, passé à une peluche, passé à un personnage de conte, et de là , passé à force bêtes, par exemple au chien d'un voisin de l'auteur de ces lignes.
Sans Christophe Robin, ce porteur, jamais Winnie, n'aurait voyagé de Winnipeg à Walt Disney.
Sans Christopher Robin, ce Winniephore, jamais les télévangélistes Guatémaltèques n'auraient accusé Winnie de diabolicité.
Sans Christopher Robin, ce traducteur, jamais ces lignes.
Sans Christopher Robin, cet ange, jamais le robinier, par " fervente réminiscence ", n'aurait procédé de Winnie.
Sans lui, le secret jamais d'Oh les beaux jours…
28 mars 2003


Henri Denis Grauby est mort à Perthes les Hurlus en 1914.
L'auteur de ces lignes ne se souvient plus précisément quand, mais c'était gravé. Il n'a pas pris de notes lorsqu'il a découvert, avec Agnès, le 30 décembre 2002, approximativement à l'aplomb du bar le Fougax, juste au dessus d'un tas de ferrailles appartenant, paraît-il, à un certain monsieur Olive, la croix de ce Grauby, isolée et blanche, dominant d'une vingtaine de mètres Fougax-et-Barrineuf.
Agnès, native du lieu, ne s'y était jamais rendue.
Elle ignore son lieu.

Devant la croix, l'auteur de ces lignes sentait, ou construisait, le mystère.
Etait-ce Perthes les Hurlus ? Les Hurlus ?
Il se souvient avoir parlé à Agnès de Voyage en Grande Garabagne. Parmi les Omanvus, les Garinavets, les Opèdres, les Baluars, les Mastadars, les Vibres, les Halalas, tous les peuples cités par Michaux, pourraient paraître les Hurlus.
Hurlus, hurleurs, hurluberlus de hurlevents,

D'avoir trouvé Hurlus de Perthes, Agnès et lui ont ri.
Ensuite, ils se sont assis sur la pierre qui sert de base à la croix. Ils ont regardé Fougax-et-Barrineuf, sous eux, si étiré, si mal centré, avec ses bouts de places, son bar le Fougax, ses routes, ses fumées, ses ruisseaux, ses deux églises, ses jardinets, sa fragilité, et ses grandes passées de ciel bleu parmi les monts et les nuages.
Agnès sait se taire. Ils se sont tus.
Plus tard, ils sont allés dans l'église, plantée un peu au dessous de la croix, sur sa droite, et qui domine de quelques mètres le Fougax.
Ils ont visité ce monument du XIX ème siècle terminal, cimenté, sans ambition. Agnès s'est assise, vers l'autel, à l'harmonium fatigué dont elle a extrait quelques sons. L'auteur de ces lignes a fait l'inventaire des statues en plâtre, du mobilier, des imprimés disponibles, des vitraux.
A droite de l'entrée, face au choeur, sur le mur qui serait au nord si l'église était mystiquement orientée, un vitrail est dédié à Saint Louis, roi de France, offert par la famille de Henri Denis Grauby, en mémoire de sa mort.
Les Grauby devaient être une famille aisée de Fougax-et-Barrineuf, peut--être royaliste, catholique en tout cas, puisqu'elle avait édifié une croix et un vitrail, le tout formant dispositif, sur la rive droite du ruisseau le Lasset, dans la partie Barrineuf de Fougax-et-Barrineuf, au dessus du Fougax.

Encore plus tard, ils se sont rendus au cimetière, sis à cinquante mètres du Fougax, à droite de la route menant aux gorges de la Frau. Ils y ont trouvé, parmi plusieurs tombes " Famille Grauby ", la tombe comportant l'inscription Henri Denis Grauby, tué en 1914 à Perthes les Hurlus, Champagne.
Trois monuments grossièrement alignés, constituent donc le mémorial Henri Denis Grauby : cette tombe, le vitrail, une croix.
Ce doit être, selon le monde, sans importance, sauf pour la famille Grauby, dont le deuil a dû être immense.
Sauf aussi pour l'auteur de ces lignes, qui vient d'entendre le réseau sonnant Grauby/Robinier, produisant " niais " par la bouche et le souvenir du mémorial triple, d'où jaillit par ces points cette fontaine intermittente : Grauby/niais.
N'y est-elle pas ?
Pourquoi le cacher ? L'auteur de ces lignes, ou de ces signes, songe encore au vitrail de Saint Louis avec sincérité.
Pourquoi nier ? Les vies dansent.
Sincérité, Louis Cachot, Henri Denis Grauby, Saint Louis, Fougax-et-Barrineuf, Winnie, robinier, denses vides peut-être.
Et les Hurlus ?

29 mars 2003-05-09


Américains à deux cents kilomètres de Bagdad. Nassirya. Bassora. Nadjaf, nouveaux noms obligatoires.
Beurs fiers d'être français. Français fiers de leurs beurs.
Irakiens fiers d'eux.
Américains aussi.

Quelle actualité pour Perthes les Hurlus ?
Tout à l'heure, l'auteur de ces lignes a fouillé Internet : Hurlus. Perthes les Hurlus.
Hurlus l'a mené à Mouscron, Belgique, cité d'enfance de Jean-Pierre Zénit. Les mouscronois célèbrent chaque année la Fête des Hurlus. Voir http://www.mouscron.be/français

En octobre, ces Wallons se lancent force Hurlus. La bière coule à flots. Les ventres éclatent, et cela vaut, selon la page Web, " la fête des Chats à Ypres ".
Les historiques Hurlus, ces " tout nuds ", ces " bocqueteux ", ces " gueux ", assiégés dans Mouscron, durent se rendre aux armées catholiques le 24 juillet 1572.

Vieilles guerres, jeunes fêtes.
Jeune guerre, et sans fête, voici Perthes les Hurlus.

Cent cinquante et un habitants en 1914.
Trente mille sept cent trente quatre corps dans le cimetière aujourd'hui.
Neuf mille neuf cent cinquante sept noms. Vingt mille sans identité.
S'ajoute au stock, à Fougax-et-Barrineuf, le triple mémorial Henri Denis Grauby.

Trente mille sept centre trente quatre cadavres. Qui se souvient ?
Peu de gens, sans doute, alors que le monde se masque à pleurer des Irakiens.
L'auteur de ces lignes ne savait rien de Perthes les Hurlus, pas même le nom, jusqu'au jour où il s'est rendu à Fougax-et-Barrineuf.
Fougax-et-Barrineuf fut pour lui porte de cette boucherie particulière.
Jamais avant ce jour, il n'avait rencontré Perthes les Hurlus.

Il écoute ce nom.
Par " fervente réminiscence ", et par internet il voit des choses, les traces de l'horreur, les entonnoirs, trous de bombes, les ruines, une photo où il lit " Perthes Runes ", le i étant mangé d'une ombre.
Fougax-et-Barrineuf, portail de Perthes les Hurlus, Champagne.

Winnie l'Ourson aussi est un fait de guerre.
Sans la guerre de 14, Harry Coleburn n'aurait pas quitté Winnipeg. Il n'aurait certainement pas acheté une petite ourse noire, qu'il n'aurait sûrement pas laissée dans le zoo de Londres avant d'aller combattre, et le petit Christopher n'aurait pas dessiné Winnie au zoo. Son père n'aurait pas écrit Winnie the Pooh, les télévangélistes guatémaltèques n'auraient pas brandi de cassettes…
Sans le chemin des Dames, sans Ypres, sans l'Argonne, sans Verdun, sans Perthes les Hurlus, sans Vimy où souffrit peut-être le canadien Harry Coleburn, pas de Winnie.
Ni peut-être de Charlot.
Sans la guerre de 14, où les chassepots n'étaient que souvenirs parmi les 75 et les gaz, pas de croix Henri Denis Grauby à Fougax-et-Barrineuf.
Pas ces pages.
Evidemment, pas ces pages.
Sans doute pas Oh les beaux jours.

Idées d'Hurluberlu !
Ces lignes sont folles, oeuvre d'Hurlu, écrites en pure perte !
" Oui. Oui. Oui" gueule la foule.
" Non. Non. Non " gueule l'autre foule.
En ces " oui " niche un non, ou un nom, tandis que W wants to win his war.
Qui a pété ?

1er avril.

Serge Pey fait éclater des tomates sur la tombe d'André Breton, au cimetière des Batignolles. Hommage à Poisson d'or, poisson d'avril, tombe dix-huit, douzième ligne, trente et unième division.
On lit là , sur la pierre : " je cherche l'or du temps ".
Pey proteste contre la vente Breton, dispersion des objets de l'appartement, rue Fontaine. Il condamne les collectionneurs, ces " roteurs d'euros ", l'ordre libéral.
L'auteur de ces lignes, qui l'a remplacé hier soir à la Cave-Poésie pour qu'il soit à Paris ce jour, admire la beauté tomatique, son éclatant, mais sans accord.
Il est néo-libéral.
Que les objets s'aventurent en maintes mains nouvelles, au hasard d'argent, parfois liquide, lui plaît. Statufier l'éphémère en une fondation avorterait, selon lui, l'or du temps, ses feux tendus d'étoiles et faits mères.
Les collections – et il en bricole une, analogue par l'hétéroclite à celle de Breton – lui paraissent les rendez-vous concrets de grains du monde, poétiques, aurifères, que des causes, bonnes ou mauvaises, telle la fille d'André Breton, apparemment âpre au gain - peu importe - dispersent, façon jets de tomates, ad majorem gloriam dei, sive naturae.
Il aime Lucrèce, " tant les faits sur les faits allumeront la lumière " (fin du chant I).
Il aime Pey, pierre lancée, ses multiplications, pas toujours ses présupposés.
Il croit Christ, Talitha Koum, l'amor che move il sole e l'altre stelle, Dante donnant l'or multiple du temps, ces stèles-gloires qui supposent la nuit.

Winnie, dans la langue française, est un étonnant étranger.
S'entendent " oui/ nie " ou " oui n'y " ou " oui ni " ou " oui, nid ".
Nid.
Oui, nid de rêve, nichée d'aurores, nid des enfances sages à lire et regarder les aventures de Winnie.
Mais l'aventure, justement, jette hors du nid. Trop durable, le " oui " au nid nierait la force du Talitha Koum et de l'amour.
Winnie l'ourson, lui-même, le dit à la septième minute de sa cassette " II faut sortir du buisson ".
C'est la vie. Winnie ne s'entendrait, que par ironie, " oui, nid ". " Non au nid " dirait au vrai Winnie.
Or cette ironie sème doute, et l'oreille entend " oui nie " au nom du compagnon de Christophe Robin.
Oui nie.
Ce " oui " tourne dos au " oui " de Marie, persistant à l'ange.
Non par normand " ni oui ni non ", car ce serait le " oui nie " du diable, ironique redoublement de Dieu, miroir sans sperme.
L'esprit qui toujours nie.

Théorème : l'esprit qui toujours dit " oui " nie.

Dire non affirme. La traversée active du " non " accouche du " oui ". Témoins Orphée, le Christ, les héros de Jules Verne, Dante. Faut vivre la " selva oscura " pour se vouloir mettre en piste aux étoiles.
Qui dit toujours " oui " nie.
C'est le diable.
Winnie, diable ?

Ou Tao ?
La lettre " wu " en chinois est la lettre du non-être. La lettre Wu est la lettre du tao, de " l'agir par le non agir ".
Selon Grant Mac-Clean existeraient en Angleterre des groupes pratiquant un taoïsme de Winnie.

Winnie, entre diable et tao, c'est le premier avril qui tombe, avec son poids de faux pas perdus…

2 avril 2003


Le double trame Oh les Beaux jours, Happy days.
" Maximum de simplicité et de symétrie " : deux actes, deux personnages, deux langues. deux mots (happy days), deux fois deux mots (oh les beaux jours), deux voyelles en anglais, l'ironie, Winnie, Fougax-et-Barrineuf, Charlot Chassepot, " Monseigneur le révérendissime Carolus Chassepot mort dans son tub "
Dans quel but ?
Nul but : le tub.

Non pas le UN, non pas le TROIS, mais le DEUX, comme ce deux avril, point farcesque, où s'écrivent, d'un crâne à l'écran, ces lignes qui ne font ancre nullement, car n'est rien d'autre que temps, oui qui nie sans fin, même de phrase.

Ce n'est pas Sainte Trinité, ou dialectique, triomphe en un point trois solaire par dessus deux, les transcendant, élan d'esprit vers quoi jeune prière :
-" Prie ta prière, Winnie ".
-" Avantages sociaux " lit Willie.
Un temps. Winnie regarde devant elle. Willie tourne la page. Un temps. Le journal disparaît.
Winnie : " Prie ta vieille prière, Winnie ".
Fin de l'acte I. Winnie est là le dernier mot de Winnie, double V, double I, double N, E muet.
E muet.
" Prie ta vieille prière, Winnie ".

Pas de glorieuse résurrection, de troisième acte, d'apôtres. Winnie s'est enfoncée, au mamelon, premier acte. Winnie s'est encore enfoncée au mamelon, deuxième acte. Plus que sa tête, comme reste sur un plateau le chef de Jean-Baptiste, mais retourné en femme, et sans troisième acte.
Certes Willie, à la fin dit (bas) " Win " . Winnie répète " Win ". Lettre Win des Runes. To Win this War. Win, mais pas de troisième acte.
Pas d'ange, pas de Marie-Madeleine.
Ni mort, ni coup du roi.
Pâques inversée.
Tub.

Ce n'est pas le trois. Ce n'est pas le un.
Ce n'est pas le pur dressé du jour, monolithe Winnie fixant le zénith, " Encore une journée divine ". Ce n'est pas l'étal du divin un, l'étal de l'amen.
Il y a du deux. C'est du deux. Winnie, Willie, deux actes, Fougax-et-Barrineuf. Il y a du fourré, du profond, de la nuit, du vide retournant Dieu.

Dernières paroles de Winnie :
" Gardez-moi,
Puisque je suis à vous ".

Ce oui nie.

" Noli me tangere " disait le Christ à Marie-Madeleine.

Ce non dit " oui ".

Beckett, ancien élève de Trinity college, travaille au négatif, tels maître Eckart, le Saint Suaire, mais, noir, son oui nie.
Ou l'inverse ?
But : tub.

Des photos seront nécessaires, suaires, non pour montrer la chose, mais l'absence, le non-troisième acte, Fougax-et-Barrineuf, .
Agnès en sera chargée, l'invisible Agnès, pour l'heure ailleurs, comme toujours, et qui ne voit, ne sait, vêtue de noir, retournement d'ange en femme photographe.

Où mène Winnie ?


3 avril

La présence de Fougax-et-Barrineuf, dans Oh les beaux jours, par Winnie, peut intriguer, a dû.
A Toulouse, on raconte que l'ancien élève de Trinity college aurait vécu en Ariège, ce que suggère aussi le désir d'Estragon, mais les biographies de son auteur sont muettes.
A Fougax-et-Barrineuf, un maire aurait cherché.

Agnès et l'auteur de ces lignes ont interrogé plusieurs personnes, dont une vieille dame –Margot - vers les gorges de la Frau, le 3o décembre dernier : " avez-vous entendu parler de Samuel Beckett, un irlandais, autrefois, par là " ?
Non personne. Ont surgi des histoires d'écossais, de loups, de cathares, un nom d'écrivain local, Adelin Moulis.
Entre gorges de la Frau et Montségur, nulle réminiscence d'actes de Samuel Beckett.
Beau jour.

Ils ont cherché encore.
Dans l'église de Fougax, montant au dessus de la tribune, par delà le vitrail de Saint Aloysius, vers le clocher, ils ont trouvé, gravés dans le plâtre, des dates, des noms, des prénoms… Pas Samuel Beckett.
En plusieurs lieux, exacts, méticuleux, sont dessinés des vélos.
Des vélos.

" Gardez-moi, puisque je suis à vous. "

L'ancien élève de Trinity college aurait-il séjourné à Fougax-et-Barrineuf, aurait-il même connu l'amour sous un robinier, dans le clos, cela n'expliquerait pas l'irruption de ce nom, page 21, chez Minuit, d'Oh les beaux jours. De sa jeunesse en Irlande, de ses amours, de Roussillon, et des livres, il aurait pu tirer tant de villages... Qu'explique la vie ?
La chair de Beckett, présence réelle ou absence à Fougax-et-Barrineuf en 1935, le 3 mars, ou en 1942, le 6 février, ou en 1957, le 27 avril, le nom de ce village n'en apparaît pas moins, double terme, dans le texte de Winnie, entre genoux et robinier, procédant de Charlot Chassepot, suite à " fervente réminiscence ", la relançant.

" Gardez-moi, puisque je suis à vous. "

Qui se soucie de trop trouver justification par la vie, nie.
Oui, nie.
Troisième acte. Disparition.

Beckett n'est pas à nous. Winnie n'est pas à nous.
Sont donc, par là , à nous, ne les gardant pas.
S'agit de vivre, pas de fixer, même le zénith, surtout pas, comme Winnie en début de pièce.
S'agit d'être christique, voyageur. Ne pas vérifier. Multiplier, d'esprit, l'être.
La foi ?

Beckett n'est pas à Fougax-et-Barrineuf, n'y fut pas, y fut peut-être, y sera, peu importe. " A " s'entend, se porte " à quoi ", " vers quoi ", " vers quel jour ".
Y est, va vers, n'y est pas, va vers, par " fervente réminiscence ", tel Winnie, tel l'auteur de ces lignes, par le Guatémala, Zénit, Agnès, jusqu'aux photos vides, divines.
Oui, n'y est pas.
Y est pas à pas.
Yes, ave : foi au x.
Mystère, si l'on veut, de Foix, préfecture d'Ariège, près Mirepoix.

Beckett à Fougax-et-Barrineuf, ce n'est pas à vérifier.
Initiative aux mots !

Fougax-et-Barrineuf s'entend nom double : formant commune présence réelle, l'un y procède du deux.
Les gens du crû, presque toujours, disent qu'il sont de Fougax, entendant par là qu'ils sont de Fougax-et-Barrineuf, mais ils taisent Barrineuf.
Agnès, par exemple, lorsqu'elle est à Mirepoix, au bar de la Place, se revendique de Fougax, jamais de Barrineuf, non par paresse de prononcer l'intégrale du double, paresse qui, chez elle, serait recevable, tant elle se refuse à l'acte, mais par légitimisme et participation à l'horreur collective, justifiable, du double.
.
Fougax prime sur Barrineuf. C'est le lieu premier, l'origine. Barrineuf est quartier nouveau, selon l'étymologie métisse, franco-occitane.
Se dire de Fougax, alors qu'on est plutôt, par naissance et logis, du côté de Barrineuf, c'est, oubliant le fait, proclamer un attachement pour les valeurs fondamentales. C'est, contre l'histoire et ses bâtardises, se ranger du côté de Saint Simon qui consacra largement ses Mémoires à dire son l'horreur pour la légitimation des bâtards de Louis XIV, le duc du Maine et le comte de Toulouse. C'est, comme lui, choisir le principe contre " le plaisir superbe de la création."
Barrineuf est bâtard. Barrineuf est second, c'est le quartier neuf, échappé de Fougax, jaillissant hors Fougax, sperma Fougaci aventurier se proclamant d'un coup égal, rival barrissant, plantant église, place, robiniers, monument aux morts, face à Fougax.
C'est l'obligation du redoublement traître : la vie.

La passion légitimiste d'Agnès et des citoyens de Fougax-et-Barrineuf n'y fait rien. Le nouveau s'est inscrit sur les plaques routières d'entrée du village, sur les cartes, dans Oh les beaux jours, sur Internet. Rien n'empêchera plus l'existence, l'extase, de Barrineuf après Fougax, l'étal ostentatoire de ce couple, tels Terre et Lune, César et Brutus, Dieu et Diable.

En ces couples, tout tient au " et ".
Qui disjoint et joint, fait pont petit et casse, hait et aime.
Le 30 décembre 2002, Agnès et l'auteur de ces lignes ont cherché le " et " de Fougax-et-Barrineuf. Ils ont erré, cherchant le pont juste, le trait, le point. Ils ont cru un moment le cueillir dans la scierie qui se trouve équidistante de la zone apparemment nommable Fougax et de la zone apparemment nommable Barrineuf. Mais le " et " est peut-être plus loin. Ou plus proche. Le " et " oscille, se dérobe, tel la robe des jours, absent, ou la fleur de Mallarmé, l'amour.

Comment être un deux ?
Winnie et Willie ?
Charlot Chassepot et Winnie ? Comment être, avoir été, dans le clos, près du robinier, à Fougax-et-Barrineuf ?
Comment un deux actes ?
Sinon par trois, son désir, son divin vide, comment ?
A l'évidence du trois être un par deux, suscitant ce trois, dont l'évidence prime, par le manque, c'est-à -dire, sans dire, l'absent acte trois.
Ce qui se compte 312.
Soit le nombre de pieds de chacun des côtés de l'hexagone de Thélème.
Ou retourné, 213.
Page 21, chez Minuit, dans l'ancien et le nouveau tirage, la citation qui implique Fougax-et Barrineuf.
Cela tourne.

Fougax-et-Barrineuf sur son second tiret, point dix, son axe, tourne.
S'ouvre par Fou.
Se clôt par Feu, neuf retourné, bousculé, " u " par dessus " e ".
Du fou au feu, par axe et barre, parmi ces dix-neuf signes, le dixième –un tiret – est médian.
Cela tourne, moulin, non sur " x ", facile, mais sur le second trait, dont l'érection, vers " i ", est condition du robinier.

Tourne, tourne.
Inverse l'être.
Par fervente réminiscence, Winnie.

De " F " à " f ", double tiret, " a " et " a ".

En sortent Ariège, robinier, Foix, genoux, roue…

On se retourne. On s'étonne
Le nom de ce village étonne.
Où ? Où ? Quoi ? Fougax-et-Barrineuf ? La bonne blague ! Moulins de paroles alors…
Quasi personne, hors d'Ariège, ne croit à Fougax-et-Barrineuf. Or, c'est, et, dès que dit, retenu.
Ce double nom s'infiltre, s'installe, prend possession, disparaît, se perd, mais, par " fervente réminiscence ", dès qu'entendu, on le retrouve, le retourne.
Faites l'expérience sur amis, collègues, cousins. Dites Fougax-et-Barrineuf. N'hésitez pas. Fougax-et-Barrineuf. S'ils sont sourds, gueulez. " Vous ne connaissez pas Fougax-et-Barrineuf ? Fougax-et-Barrineuf, tout de même ! "
Après, dès dedans, cela tourne. Tourne, tourne, tourne en soi Fougax-et-Barrineuf.
Par feu, foudre, et mémoire, exactement dit " poésie ", fille de Zeus et de Mémoire, chacun retourne en soi, retrouve, tel Winnie, troubadour, Fougax-et-Barrineuf.
C'est fou C'est neuf. Ca barrit. Ca fait axe, source, fougue accès bas ris neuf fois sur dix, ou sur Ariège.
Fervente réminiscence, poésie.
Os d'écho, recueil de Beckett.

Winnie retourné.
NON FUI, FUI, MEMINI.
Bout d'épigraphe d'Italia, rencontré par Agnès et l'auteur de ces lignes, au musée de Lectourne (32).


5 avril.

Aujourd'hui, Agnès et l'auteur de ces lignes ont mangé du couscous.
Ce fait mérite-t-il publication ?
Rien ne l'assure, mais, si le diable est un agent d'assurances, ce rien est divin, et rien, peut-être, hors l'assurance, n'est indifférent à l'aventure.
Cet argument ne convaincra sans doute pas l'éventuel lecteur de ces lignes, car il peut, de longueurs, de silences, de mensonges, d'aveuglements, de vanité, accuser leur auteur.
Ce dernier peut répondre, non sans mauvaise foi, qu'il est lui-même un lecteur, risquant ses rêves, puisqu'il relie des signes, qui se donnent sans son aval, alors qu'insoucieux, trop soucieux, oublieux, riche en mémoire, distrait, attentif, discontinu, ver mal luisant, lisant, il mange sa nuit.
Alors, pourquoi pas ?
Faisant choix de la mauvaise foi, l'auteur de ces lignes suggère à leur lecteur, non sien certes, de se reporter aux photos qu'Agnès fait, va faire, et qui se trouveront jointes à Samuel Beckett à Fougax-et-Barrineuf. Il y constatera l'impossibilité, voyant, parce que voyant, de voir vraiment sans mentir, l'invisibilité, les yeux sous le cul, ce que fit concevoir aux mangeurs de couscous le fait du jour.
De ce fait, il n'existe pas de photos. Voici le texte.

Ils étaient place des Carmes à Toulouse, en extérieur, au bas du marché-parking hideux, classé pour son hélice de béton.
Dans les bruits, ils mangeaient et parlaient.
A la table voisine, des types pratiques mangeaient, parlaient et mataient.
L'auteur de ces lignes, maladroit, laissa tomber une serviette. Il se baissa pour la ramasser, mais, dans l'asphalte du trottoir, il vit des yeux.
C'étaient des yeux ouverts. Agnès souligna qu'ils avaient la forme des yeux d'Egypte, pays qu'elle a visité.
Il y avait des yeux, de multiples yeux sous la table, sous les chaises, donc sous les culs.
Le fait méritait considération.
Il méritait aussi explication.
L'explication vint d'un type de la table voisine. " Ce sont les pieds qui font les yeux " dit-il.
Poésie pratique.
Les pieds des chaises appuyant sur le bitume, quand il était chaud, presque fondu, imprimaient ces figures.
Les pieds qui font les yeux ! Agnès et l'auteur de ces lignes s'émerveillèrent, car c'était leur poétique, ces pieds faiseurs d'yeux : à force d'insister sur terre, les pieds font les yeux qui voient du bas, en extase, le ciel et les culs.
Les deux attablés, en se penchant, voyaient ces yeux. Ils songeaient à Winnie d'Oh les beaux jours, s'enfonçant : " Gardez-moi puisque je suis à vous ". Ils songeaient à l'Ascension, aux pieds du Christ s'élevant au haut de la voûte céleste, faisant les yeux des apôtres, du coup, portés vers eux, au tympan d'églises romanes. Ils songeaient à Winnie l'Ourson s'élevant vers le miel. Ils songeaient à leur aventure. Ils constataient la multiplication, et rigolaient.

Horizontalement, dans le paysage, parut, venant vers leur table, équipé d'un vélo, un homme qui travaille au Théâtre de la Cité, Daniel Rioux. Une relation de l'auteur de ces lignes.
- Salut, ça va ?
- Salut, ça va ?
- Justement, on parlait de théâtre, de Beckett.
- Beckett, t'as vu la mise en scène l'an dernier ?
- Oui, oui. Pas mal… Cette jeune femme est de Fougax-et-Barrineuf, dans l'Ariège. Sais-tu ce que dit Winnie dans Oh les beaux jours ? " J'ai connu le bonheur à Fougax-et-Barrineuf ". On cherche à entendre ça.
- Fougax-et-Barrineuf ? Et dans En attendant Godot. Il et question d'aller dans l'Ariège.
- Oui. Oui. C'est Estragon.
- Oui. Il a été dans la région, Beckett.
- Plutôt à Roussillon, dans le Vaucluse, pendant la guerre.
- Oui, mais ici aussi. Quand on a travaillé sur Beckett, je me souviens, dans En attendant Godot, il y a un château cité, par là , dans la Montagne noire, où ils font des vendanges. Beckett y a été pendant la guerre…
- Dans la Montagne Noire ?
- Oui. Oui. J'e ne me souviens plus du nom. .. je me souviendrai. Les vendanges… C'est drôle comme je ne me souviens plus. Je te dirai.
- Oui. Oui. C''est sûr. Passionnant tout ça… Allez, faut que j'y aille. Mais je te dirai.. Au revoir. Bonne recherche
Daniel Rioux s'éloigne. Agnès et l'auteur de ces lignes se considèrent. Beckett dans la Montagne Noire ? Ce serait une nouvelle : Beckett vers Montolieu, lieu de jeunesse de Zénit, lieu de Résistance de son grand-père, lieu exploré par Agnès et Zénit longuement, lieu des Wisigoths, de livres, de multiples découvertes sur Winnie… Exaltations.
Les yeux multiplient sous les pas de Daniel Rioux qui s'éloigne de la table, poussant son vélo.

Ce soir, l'auteur de ces lignes, seul, relit et relit En attendant Godot.
Il ne trouve pas la Montagne Noire. Il trouve le Vaucluse, Roussillon, chez Bonelly, les vendanges.

Estragon : Le Vaucluse ! Qui te parle du Vaucluse ?
Vladimir : Mais tu as bien été dans le Vaucluse ?
Estragon : Mais non, je n'ai jamais été dans le Vaucluse ! J'ai coulé toute ma chaude-pisse d'existence, ici, je te dis ! Ici, dans la Merdecluse.
Vladimir : Pourtant nous avons été ensemble dans le Vaucluse, j'en mettrais ma main au feu. Nous avons fait les vendanges, tiens, chez un nommé Bonnelly, à Roussillon.
Estragon (plus calme) : C'est possible. Je n'ai rien remarqué.
Vladimir : Mais là -bas tout est rouge !
Estragon (excédé) : Je n'ai rien remarqué, je te dis !

La Montagne Noire était une fausse piste.
Non.
Pas de fausse piste. Pas de piste, des yeux qui naissent sous les pieds, voyeurs rieurs de ciel, de cul, cruels et bons, comme des roses, ou l'or.
Pas de fausse piste. La piste, vraie ou fausse, est désir d'obsédé d'exact, maniaque chasseur. Or, " il y a des chasseurs qui tuent, et des chasseurs qui font des rencontres ", selon une phrase trouvée dans une rédaction d'enfant, par Ivan Boric, croate excessif, dans le train de Nantes à Saintes, alors qu'il corrigeait. " Vingt sur vingt ". " Vingt sur vingt ", gueula-t-il. " Il ne comprendra pas, mais vingt. Pas dix-neuf. Vingt ".

" Il y a des chasseurs qui tuent, et des chasseurs qui font des rencontres ".

Faire rencontre. Donc rencontrer Roussillon, Bonnely, les vendanges, le conflit Vladimir/ Estragon, cela par Rioux, Roussillonnant Rioux, cela dans la pensée des pieds qui font les yeux, dans la réminiscence de Winnie, en Beckett, par Fougax-et-Barrineuf, dans l'Evangile, en Ascension.
Chasser ainsi.

" Nous avons été ensemble dans le Vaucluse "
Oui. Non.
Non. Oui.
" C'était tout rouge ".
" Je n'ai pas remarqué ".
Oui. Non.
Non. Oui.
Beckett à Fougax-et-Barrineuf. Oui non. Non. Oui.
Oui n'y est pas. Oui niche ici..
Nichées d'aurores. Os d'écho.

A longtemps insister sur un sol, par une chaise où l'on se pose, on y fait des yeux, jeunes soleils.
Faut encore que la chaise décolle, envol, pour que soient les yeux, énigme, Egypte, voyeurs, à qui soudain se penche.
Vu place des Carmes.
En ce sens, assis, posé, aimant, permanent, depuis les racines, anti-sportif, le poème à sang d'encre fait des yeux.
Insistant, imprimant, répétitif, mais jamais bien gardé, se dérobant, Robin du ciel, le chant fait des yeux.
Toute pesée réelle d'existence, telle au Thabor, la Transfiguration,
Toute mort,
Fait des yeux, telle où s'assoit Gilliatt, travailleur de la mer, la chaise Gild Holm Ur.
Aux monts d'Olmes, à Fougax-et-Barrineuf, pesante sur les genoux de Charlot Chassepot, dans le clos, près du robinier, Winnie fait des yeux,
Puis par fervente réminiscence, encore,
Puis Agnès et l'auteur de ces lignes,
Puis ce livre qui pose leur pensée, la dérobe, l'envole, imprime l'ici d'yeux, comme des îles, qui inventent le jour.

Vladimir et Estragon se sont-ils rencontrés à Roussillon ?
Vladimir dit oui. Estragon dit non.
Daniel Rioux croyait à la Montagne noire.
Quel Mickey ira vérifier ? Quel chasseur sans rencontres ?
Par combat entre " oui " et " non ", s'établit Merdécluse, seul lieu, en attendant Godot, terme troisième.
Merdécluse, asphalte mou.

Iront-ils se balader dans l'Ariège ? Estragon le veut, l'a voulu. Vladimir dit " tu t'y baladeras ". Oui ? Non ? Quel Mickey vérifiera ?
Winnie se souvient, Beckett se souvient, Agnès et l'auteur se souviennent de Fougax-et-Barrineuf. Qu'ont-ils remarqué ? Tout n'était pas rouge. Oui, non, tout n'était pas rouge.
Il n'y a pas de photos qui le prouvent. Non. Oui.
L'inverse aussi.


Sous l'établissement Beckett à Fougax-et-Barrineuf, où insistent ces pages, Vladimir et Estragon sont des yeux.
C'est parce qu'Agnès et l'auteur de ces lignes insistent, c'est parce que Daniel Rioux a fait erreur, c'est parce qu'il est parti, poussant son vélo, c'est parce que la nuit présente et ce texte en cours se travaillent pour l'heure, c'est parce que leur lecteur y pense, y pèse, s'en dispense, qu'ils sont des yeux.
Appelons Vladimir et Estragon ces formes faites par les pieds. D'en bas, vus d'en haut, indifférents, présents, actifs, ouverts comme des chants, des chantiers, ces yeux mineurs miment, ruminent, rendent le sol moins sûr qu'asphalte mou même.
Où est l'ici ? murmurent-ils, font-ils murmurer, fontaines. Où est l'ici, ciel, cul, vicieux, si subtil, sans but, sinon sans tub ?
Où est l'ici ?
Qu'est l'ici ?
Ainsi Dieu, insidieux, fait-il question.

Idée :
Les pieds de Dieu font les yeux.
Dieu résistant, insistant, existant, fils, père, esprit.
Voilà la Trinité.
Au fond des yeux, les pieds de Dieu.
L'Ascension.
Petite Passion de Dürer, vingt-troisième gravure.
Deux pieds. Deux traces de pieds. Fougax-et-Barrineuf, en tous sens, littéralement.
" Fervente réminiscence " pour la suite des temps.

Daniel Rioux a fait erreur, en parlant M

Publié par Yves Le Pestipon à juin 24, 2004 06:46 PM

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