« Pour en finir avec Colombetto »
samedi, 7 août 2004
Pour en finir avec Colombetto
Nous y apportons cette nuance imprévue : Camille Amadeus Colombetto n'est pas fait pour être lu, ni même écrit, mais pour être réécrit. Notre méthode sera expéditive et arbitraire - donc certaine : incisant le corpus colombettien, nous constaterons qu'expliquer Colombetto revient à obscurcir le monde - et réciproquement. Encore, nous élaborerons un remède approprié contre l'épouvantable désarroi qui s'abat sur quiconque approche le nom et l'oeuvre de Colombetto. Nous exhiberons enfin, une fois l'auteur démembré, la substance vide et tiède de Colombetto - sa texture. Commençons par l'effet étrange et décevant que produit, sur qui le lit, le texte apparu fin juillet sur l'Astrée : il ne suscite rien. Loin d'attirer ou repousser positivement le lecteur de l'Astrée, "Lecteur, - un refus" semble désinvoltement l'ignorer. L'énoncé colombettien se présente en effet, premièrement, comme une invite explicite au lecteur : ici, quelqu'un éclaircit l'Astrée. Or, et deuxièmement, l'explication annoncée tourne court, et débouche sur la citation d'un texte qui n'est qu'un fade et fastidieux refus de toute lecture présente et future. Comment, dans ces conditions, se reconnaître comme le lecteur qu'invoque et réfute à la fois Colombetto? Non. Colombetto ne se destine à personne - il n'est pas adressé. On ne saurait donc le lire ou le désirer. Troisièmement, s'il est fortement signé et daté, l'énoncé colombettien ne paraît pas précisément écrit : il prend la forme instable d'un collage, d'une collision vide et vaine d'annonces et de sons, qui annule, en même temps que tout désir de lecture, tout indice d'écriture. (Ainsi, les graphies MACKASS, JIZZ, DDKS, NIKE LA POLICE, etc. semblent provenir directement d'un texte précédent d'Yves Le Pestipon : "Epigraphie place Pinel", publié sur le site de l'Astrée en juillet ; mais, au lieu d'expliquer ou développer les inscriptions relevées par l'auteur, Colombetto, dans son entreprise de détextation, se contente de les délayer parmi ce qu'on ne peut appeler qu'une texture ; détexté encore, le dernier écrit d'Alexandre Grothendieck, paru dans le périodique agrophile et recyclable 09, dans lequel ledit Grothendieck, retraité de tout, réclamait répétitivement l'eau de vie de pays nécessaire à la préparation de ses plantes, réclamation qui ne manqua d'être exaucée qu'à la suite du refus opposé par le susdit au précité, à Fougax-et-Barrineuf (09), en mai, etc. On le craint, tout signe émis par Colombetto contient, contractée, la totalité des histoires et des mondes ; mais cette totalité n'y figure qu'a posteriori, et à condition qu'elle vienne une fois s'y oublier. Ainsi le monde, qui précède Colombetto, s'efface dès que Colombetto paraît. Et la texture colombétique, perverse et négative, remplace tout nom par son renom, tout dit par sa redite. D'où une éblouissante étrangeté.) Nous l'énonçons : "Lecteur, - un refus" n'a pas été écrit, mais réécrit. Quatrièmement, face à l'aspect paradoxal que présente C.A.C., et le réseau de contradictions où il ne saisit que lui-même, toute tentative d'explication ne saurait prendre qu'une forme : l'imitation - c'est-à -dire l'inversion. C.A.C. répute en effet l'Astrée miroir, où le lecteur qu'il vient de repousser se réfléchit perpétuellement ; et puisqu'il ne reste personne pour regarder le reflet, notre tâche, contre Colombetto, consiste à refuser son refus, et réfléchir sa réflexion : pour renvoyer C.A.C. - ce bruit de fond de toute lecture - au néant qui le fonde, il faut à notre tour réécrire ce que nul n'a jamais écrit. Qu'est-ce d'ailleurs que C.A.C.? Exactement : quelle est la forme d'un miroir? quel est le son d'un bruit de fond? Collage, collision, avons-nous dit, évoquant la trame du réécrit colombétique. Ajoutons : rumeur, roue, serpent, spire, tore et trou. Confusion native de toute parole, creux de toute forme, écorce de tout écrit : tel s'institue Colombetto, imparable parasite qui prolifère dès que s'élève le désir de tout lire. On songera, à ce point, que réécrivant purement, C.A.C. n'affecte que ce qui s'écrit. Or, contradictoires et intriqués, le monde et sa parodie ont été tissés ensemble - tirez un fil de Colombetto, l'univers suit. D'où la thèse atroce : nous sommes tous des Colombetto. Car ce que nul ne saurait lire, tout le monde finira par le réécrire. Qu'on s'y résigne : pour en finir avec Colombetto, il nous faudra l'écrire un jour.
Denis Favennec |
10:11 dans
Fougax-et-Barrineuf
, Grothendieck
, L'Astrée
, Place Pinel
, Samuel Beckett
1 commentaire est apparu (en écrire un autre ?)
-
1.
L'inspecteur Colombetto semble être revenu sur les lieux du crime, emmenant cette fois la maréchaussée belge sur ses pas.
http://www.ariegenews.com/news/news-1-1-182.html
Ils cherchaient quoi ?
Mon ami Pierrot, le fou.
En attendant Godard.
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