« Pourquoi les poubelles ? »
vendredi, 1 juillet 2005
Pourquoi les poubelles ?
Pourquoi les poubelles ?
Notre réponse est dans le « comment ».
Notre pratique des poubelles, comme la rose, selon Angelius Silesius, est « sans pourquoi ».
D’elle, pourtant, peut naître un commentaire, qui peut, à son tour, faire réponse au « pourquoi ».
Nous faisons les poubelles sans projet. Nous n’espérons pas trouver en elles quelque diamant qui nous enrichirait, où l’adresse d’un amour. Nous n’attendons même aucun signe d’elles, et nulle sûreté. Si quelque espérance quant aux poubelles gît en nous avant notre effort, nous la jetons au caniveau, à l’égout, aux orties, ou dans tout autre lieu qui l’abolisse. Nous ne voulons pas espérer quelque chose. Si nous consentons joyeusement à l’espérance, c’est l’âme lavée de tout désir d’objets, d’idées, de cristallisations. Nous ne voulons pas chosifier l’espérance. La rose absente nous suffit.
Il nous a fallu d’abord sentir que le tombeau vide, et la pierre qui roule, sont les preuves de la Bonne Nouvelle.
Nous partons le soir, en petit groupe, dans un territoire où sont des poubelles. Le petit groupe est important. Nous ne faisons pas les poubelles en solitaire, ce qui relève d’une autre pratique. L’érémitisme, en manière de poubelles, peut s’admettre. Certains soutiendront qu’on ne fait vraiment les poubelles que seul, comme on ne voyagerait que seul. Tel n’est pas notre avis.
Le petit groupe, cependant, n’est pas une foule, ni même une bande. Six personnes au maximum le composent.
Les femmes sont les bienvenues, mais l’expérience prouve que, si beaucoup disent rêver de faire les poubelles, peu se rendent effectivement sur le terrain.
Ce petit groupe n’est pas toujours le même.
Nous ouvrons les poubelles méthodiquement.
Toutes les poubelles.
A ce propos, nous ne pouvons que regretter la tendance actuelle à fermer hermétiquement les bacs poubelles du tri sélectif. Cela rend peut commode l’action, et fait peut-être disparaître de précieuses rencontres.
Un peu d’habitude permet de sentir les poubelles prometteuses, et celles qui n’ouvrent, pour nous, à rien.
Faire les poubelles, suppose, comme bien des pratiques, un entraînement.
On ne s’improvise pas chercheur en poubelles. Il faut se faire l’œil, et la main. Il faut aussi les défaire. Il faut oublier. Il faut aussi des rites.
Les poubelles font surgir un poème qui se constitue d’aventures.
Les poubelles dégagent.
Parfois, nous ne ramenons pas d’objets, mais il est très rare qu’images, rythme et récit ne procèdent de nos actes.
En d’autres articles, des cas seront précisés. Des témoignages seront convoqués. Des textes seront rapportés.
Ici, nous dirons seulement que nous faisons les poubelles avec régularité, le soir, parfois tard dans la nuit, avec en nous l’espérance vide
Selon la formule de Denis Favennec, nous sommes « pratiquants, non croyants ».
Yves Le Pestipon |
10:15 dans
Méthodes
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