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« La place Pinel selon Lespinasse »

mercredi, 26 octobre 2005

La place Pinel selon Lespinasse

Place Pinel et expérience de la grâce

La place Pinel est peut-être aussi le lieu d’une question, d’une vieille question, qui remonte à des époques lointaines, question qui, peut-être, renvoie aux origines de l’Homme. La question peut paraître simple, un peu bête, un peu dada; rien n’est plus sérieux. Cette question, la voici : faut-il croire pour voir vraiment la place Pinel ?

Ce sont les regardeurs qui font les tableaux telle est la thèse de Marcel Duchamp, thèse que l’on retrouve en partie chez certains cinéastes italiens ( comme Fellini dans la ) : l’histoire ne serait que l’histoire d’une erreur devenue vérité par la longue cuisson du temps ( Michel Foucault ), toutes les valeurs ne seraient que le résultat d’une volonté de croire, d’une machination du croire, d’une politique de la croyance.

La religion ne serait alors qu’un opium du peuple, et bien pire, la place Pinel elle-même, hors notre volonté de croire, ne serait rien d’autre qu’une place perdue quelque part dans la quasi infinité des autres places, une place commune, sans intérêt, un peu de terre, de pierre, du plastique pour le toboggan et quelques arbres, de l’herbe. Rien de plus.

La poésie ne serait qu’un fantasme, un supplément, le signe d’une incapacité à soutenir la placidité du réel.

J’ai longtemps cru à la croyance, à la nécessité de croire comme pour surajouter au réel une part du feu, comme pour chercher le point de coïncidence entre le rêve et la réalité.

Mais aussi bien, il faut - il faudrait - affirmer avec force l’idée d’une grâce immanente aux choses : ce sont les tableaux qui font les regardeurs, nous appartenons au tableau, à ce que nous voyons ( qui nous regarde ). La place Pinel, par elle-même, en elle-même, pour ainsi dire par sa propre pinélitude, par sa quotidienneté de terre, de pierre, d’enfants hurleurs et d’animaux à ressort, par toute sa banalité même nous ouvre à l’expérience de la beauté, à l’aventure de vivre, de lire les signes à même le réel. Il suffit de décrire, pas d’interprétation, juste rester à la surface des choses, dans l’expérience sinon on n’y voit rien. La place Pinel n’a pas besoin d’être réinventée, fantasmée, transfigurée par quelque rêve mensonger. Ses deux cabines téléphoniques suffisent, son club de pétanque suffit, son kiosque suffit. La place Pinel se renvoie à elle-même infiniment et la grâce est dans cette identité de soi à soi qui laisse passer l’interstice de l’incroyable au cœur du plus quotidien.

Je me souviens encore, comment enfant, lorsque je jouai à Branqu’art avec mes amis Champignon, Moïse, Marie B. et bien d’autres, je me souviens combien nous étions frappés par cette grâce du quotidien que nous avions appelé, non sans malice, le subliminable. C’était un concept-clef de nos aventures branques, sous-réalistes.

Alors, faut-il croire pour voir vraiment la place Pinel ? Faut-il savoir lire le livre du monde, tous ces signes indubitables et indéfectibles, signes qui ne trompent pas ( du moins peut-on le croire ), signes qui nous semblent parfois destinés depuis des voies obscures, depuis un dessein à jamais inconnaissable ? Ou bien n’y a t-il qu’à crier et rire indéfiniment dans le vide d’un kiosque déserté de tout dieu, d’un kiosque qui ne soit que de la pierre façonnée par l’homme, sans d’autre but que d’être un frêle abri au milieu des univers tournoyants ?

Ou peut-être, encore se tenir dans cet entre-deux, en ne cessant jamais de retourner d’un côté à l’autre les parapluies du hasard et de la nécessité, fendre l’ombrelle de Lawrence ( telle que l’imagine Deleuze ) : les hommes ne cessent pas de fabriquer une ombrelle qui les abrite, sur le dessous de laquelle ils tracent un firmament et écrivent leurs conventions, leurs opinions; mais le poète, l’artiste pratique une fente dans l’ombrelle, il déchire même le firmament, pour faire passer un peu du chaos libre et venteux et cadrer dans une brusque lumière une vision qui apparaît à travers la fente.

              

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La place Pinel selon Lespinasse 13:27 dans Méthodes , Place Pinel

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