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« Rencontrer Mamona »

samedi, 1 octobre 2005

Rencontrer Mamona

Mamona est un haut lieu d’aventures. Qui s’y risque, l'esprit libre, peut y renouveler sa vie.

Le dictionnaire de l’Astrée définit assez clairement Mamona, mais il est temps de développer la nature de ce bazar sympa situé entre Moussoulens et Pezens dans l’ Aude, où les populations de l’est carcassonnais s’approvisionnent en fournitures bon marché, telles assiettes, articles scolaires, jouets, passoires, masques... L’enseigne connaît un vif succès. A la ronde, chacun la fréquente, mais peu la louent. On raconte volontiers qu’on y vend des saloperies, mais on s’y rend.

J'adore Mamona. J'y achète, guette les promotions, collectionne et guide. Je comble d'objets mamonesques les gens que j'en juge dignes.

C’est ainsi que j'ai offert, ce premier octobre 2005, à Grant Mackie Maclean, et à la famille Pautou de Peyremale, qui m’avait régalé de cèpes et d’émerveillements, six objets d'exception : un tartineur (avec tournesols jaunes multiples), un torse de femme en pseudo marbre blanc doté de seins volumineux, un vieillard assis dans un fauteuil qui paraît pratiquer le karaoké, une petite table en espèce de biscuit orné de fruits et légumes, un objet indéterminé en fonte surmonté d’un chat et qui utilisable en cocotier multiple, enfin un présentoir en bois qui meut par un fil de fer, une courgette verte rabattable d’environ cinq centimètres. Une des photos de Situations à la date du premier octobre 2005 montre tout ce cadeau, qui a coûté 10 euros.

Le nom de Mamona intrigue. Le Diable – Mamon – paraît y figurer, ainsi que Mamon, mamaire, ou monnaie. Certains espagnols y entendent Suce moi... En fait, le père de Mamona, que certains locaux appellent Winnie, aurait tiré ce nom de ses trois filles, qui seraient MArguerite, MOnique et NAthalie.

Mamona ne brille pas par ses dehors. Devant, s’étale un parking mal goudronné avec grilles. Autour, des tas de divers matériaux. La structure paraît en voie d'effondrement. Ce vaste hangar, installé au milieu des vignes, ne porte pas ombrage aux tours de Carcassonne, ses voisines, ou aux Pyrénées, son horizon. Tout Mamona a un air miteux.

Mamona vaut par cet air et ses produits. Ici, point de fruits et légumes. Point de viande. Rien d’immédiatement périssable. Rien qui remplisse le corps. Mamona n’est pas du côté des chairs, des fibres, et des sèves. On y trouve du plastique, des métaux, des poudres, des porcelaines, du verre, et parfois des éléments de bois. Mamona est essentiellement sec. Mamona est d’air, de feu, plus rarement de terre, mais cuite, et très exceptionnellement d’eau.

On y trouve balais, paillassons, essuie-tout, assiettes, couteaux, jouets, masques, pétards - beaucoup de pétards - et surtout objets internationaux d’art.

C’est pour ces objets, venus du monde, et principalement d’extrême-orient, que je fréquente Mamona.

Ce sont des objets d’art puisqu’il est souvent difficile de leur assigner une fonction autre qu’esthétique. On pourrait objecter qu’ils sont produits en grande quantité, mais ils arrivent à Mamona en petit nombre, restes des restes des solderies universelles, et c’est là seulement que notre oeil les voit, dans ce cadre. Souvent, il ne subsiste qu’une seule pièce. La convoitise vide vite les rayons dès que plusieurs objets intéressants s’y accumulent. Enfin, très peu d'objets à Mamona, même quand un petit stock se présente, sont identiques. Beaucoup sont cassés, mal peints, et les cassures, comme les taches, sont diverses…

On pourrait objecter à qui refuse tout caractère artistique aux propositions de Mamona que l'unicité originelle d’une chose n’en fonde pas la nature artistique. Comment ne pas songer que des statues, fabriquées en série dans les ateliers de Rome, ou d’Athènes, mais dont il ne reste qu’un exemplaire, parfois un fragment, à la suite des tempêtes et du temps, attirent noss vénérants regards ? En fait, l’objection de ceux qui ne croient pas au caractère artistique des objets de Mamona, procède d'un refus de la subjectivité. Si un sujet envisage une chose comme œuvre d’art, cette chose ne le devient-elle pas ? Le sujet fait métaphore, et l'art est métaphore. Dès lors qu’un sujet regarde les aurochs peints des cavernes, comme des peintures comparables à celle de Carpaccio, ou de Francis Bacon, elles le sont. De même à Mamona.

On peut dire le contraire. Qu’on le dise ! Convenons cependant qu’on peut visiter tel ou tel musée d'art contemporain, et préférer, en toute bonne mauvaise foi, les humbles rayons de Mamona.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Rencontrer Mamona 22:41 dans Montolieu

3 commentaires apparurent (en écrire un autre ?)

  • 1.

    le dimanche 2 octobre 2005, à 23:55, monique écrivait :

    Mamona : incommentable tant tout cela est véridique ! On ne saurait gloser sur la beauté même de cette Echoppe aux Merveilles. Il faut s'y amuser follement, une fois dans sa vie...

  • 2.

    le jeudi 20 octobre 2005, à 10:43, catherine écrivait :

    j'ai hate de venir voir mamona de mes propres yeux. moi meme je connais quelques endroits tout aussi délicieux. Tel splaff à muret, haut lieu de catarisme et de mauvais gout.

  • 3.

    le vendredi 4 novembre 2005, à 01:16, Cécile Bargues écrivait :

    Catherine Aira vient de me faire goûter aux joies du monde pinélien. Je découvre avec bonheur l'existence de Manona dont je ne saurai trop vous encourager à développer l'archéologie.
    Je remarque cependant avec étonnement que l'une des rubriques de votre site s'intitule "situations", terme qui à mon avis porte à confusion.
    Connaissez-vous Langue de cheval et facteur temps, un entretien de Raymond Hains avec Marc Dachy publié chez actes sud (98) ? C'est une tentative qui je crois vous intéresserait
    avec mon meilleur souvenir
    cécile bargues

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