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« Y-a-t-il autre chose que la place Pinel ? »

jeudi, 6 octobre 2005

Y-a-t-il autre chose que la place Pinel ?

Parfois, le doute prend.

On se trouve place Marius Pinel à Toulouse, ou bien on pense à la place Marius Pinel, et on se laisse envahir par la pensée qu’existerait autre chose que la place Marius Pinel.

Il demeure toujours dans la conscience, même la plus fidèle, des éléments prêts à trahir. Les portes des cités les mieux défendues sont souvent entrouvertes par des individus qui appartiennent apparemment au camp des défenseurs, et l’ennemi entre. C’est ainsi que l’on peut se trouver possédé par cette forte évidence à laquelle on ne songeait pas un instant auparavant : la place Pinel n’est pas tout.

On peut tenter de se reprendre, d’arpenter quatre fois la place Pinel, de faire douze parties de pétanque en nocturne, de hurler dans le kiosque, d’examiner les signes innombrables, et même de se jeter à genoux contre n’importe lequel de ses platanes et de prier, rien n’y fait. Le murmure d’on ne sait quel monde bourdonne aux oreilles, tentateur, lascif. « Je suis vaste » dit ce murmure.

Les Arnolfini dans leur tableau peuvent rester immobiles face au peintre et au spectateur. Le miroir derrière eux ne bouge pas. Ils se tiennent la main, et se maintiennent dans l’éternel. Rien ne les tente hors la toile. L’or du temps est tout entier là.

Mais le souffle des vents balaie la place Pinel. Les feuilles d’autres arbres que les siens apparemment la traversent. Des passants ne semblent pas soudain cristalliser en elle mais bien venir d’autres horizons, vers lesquels ils repartent, moqueurs, et impatients. La place Pinel ne les retient pas. Elle laisse croire qu’ils existent, que leur voyage a sens et donc qu’existe autre chose, qui n’est ni mort, ni nul, ni pis qu’elle. Elle tolère.

Dès lors, le doute prend. Comment croire en elle si elle laisse venir et partir du plus loin tant d’ailes, et s’emplir d’œufs tant de nids qui ne rêvent pas d’y mourir ? Comment admettre tant de libertés, si peu de règles, voire le mal ? Comment admettre que la place Pinel ne soit pas ce cloître confortable, parfaitement étanche, qui ne viserait qu’au néant et à soi ?

Le doute s’insinue jusqu’à l’heure exactement étrange où l’on sent que la suprême ruse, la plus délicate attention de la Place Pinel, sa charité charmante, c’est de laisser venir à elle, parmi ses tilleuls, comme des enfants, l’évidence exquise qu’existe quelque chose qui n’est pas elle.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Y-a-t-il autre chose que la place Pinel ? 20:37 dans Place Pinel

1 commentaire est apparu (en écrire un autre ?)

  • 1.

    le jeudi 6 octobre 2005, à 21:58, monique écrivait :

    Le spleen de Pinel, en somme...

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