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« Réactions en chaîne »

mercredi, 9 novembre 2005

Réactions en chaîne

L'auteur « Emmanuel » de L'Astrée se voit obligé, par les propos de l'auteur « Denis » de L'Astrée, de montrer à quel point ce dernier a raison, sans qu'il semble cependant qu'il ne puisse le savoir.

Au sujet de « In Girum Immus Nocte et [vice-versa] ».

Raisonnement favenecien sur l'ostentation et ses mécanismes.

Raisonnement non ostensible.

Mais.

Se terminant par une ostentation. Son ostentation. L'ostentation. Il cite le dernier film de Debord qui repasse ces jours-ci au cinéma. Ce film passe dans plusieurs salles parisiennes. Et il choisit le Mk2 Hautefeuille. Il passe plusieurs fois par jour. Il choisit la séance du soir. Il soumet au lecteur de L'Astrée l'idée que l'Astrée y a à voir. Quelque chose. Dans ce film de Debord. Au moment même où les voitures brûlent. Où l'angoisse en France partout palpable s'écoule souverainement. Il laisse entendre que ce film a rapport à L'Astrée. Il le montre sans le démontrer. Y conclue sans l'expliquer. Y insiste donc sans rien.

L'ostentation de l'auteur « Denis » de L'Astrée est donc là, en réalité, et non dans le voile. L'ostentation est là, dans le choix de ce film, dans la référence à ce film, en somme dans ce film qui dit tout sauf le spectacle, dit, lu, parlé par l'auteur, narrateur invisible, pensé du spectacle qu'il écrit, narre sans se montrer. Sans montrer la moindre parcelle d'ostentation. Sans compromis, tel qu'il se plaît à le dire, ni promesse esthétique. Ni beauté. Sans rien. Idée radicale.

Eh bien, lecteur, je vous le dis. La vrai ostentation ne fut pas par l'auteur « Denis » de L'Astrée. La vrai ostentation ne fut pas même sue de lui. Peut-être devinée, alors sûrement tue.

Oui.

L'Astrée, deux jours auparavant, dans le même cinéma, dans la grande salle du rez-de-chaussée, moitié vide, à l'angle de la rue Hautefeuille, en face du magasin de figures pour jeux de rôles, pas très loin d'un très bel hôtel qui vit de longues nuits et d'un ministère qui a de beaux jours devant lui, bref, dans ce cher « sixième » arrondissement où les voitures ne brûlent pas, il y a donc exactement deux jours, Dimanche soir précisément, deux pensées fondamentales de L'Astrée convergèrent, avec la plus précise coordination, vers ce film de Debord. Car il s'appelle « film ». Malgré tout. Évidement le film ne dit rien. Ne montre rien. Il s'entend. Dans la violence et la radicalité. Extrême. Il donne, là, la pensée de la radicalité évidemment vraie. Mais fausse, comme toute radicalité. L'auteur « Denis » de L'Astrée concluant à la non-ostention magnifique de « tourner en rond dans la nuit et d'être dévoré par le feu » ne savait donc pas à quel point son idée le précédait. Même les deux pensées de L'Astrée, méditant l'Astrée avec ardeur et force depuis plus d'une semaine, ne pensaient pas que leur ostention dans cette salle arriverait si vite sur L'Astrée. Elles ne le pensaient absolument pas et ne comptaient d'ailleurs pas le penser tout simplement. L'un tâchait de goutter Debord, il ouvrait démesurément les yeux afin de le montrer, tout en pensant à Bernhard. L'autre, au bout d'une heure concluait, radicale et majestueuse, renvoyant avec juste mépris la situation, notre situation à son doute : «  Mais t'es sûr qu'on s'est pas trompé d'film ? » La phrase se perdit. Sans réponse. Sous le feu de Debord.

Puis le champ de bataille fut déplacé quelques centaines mètres plus loin, à la cave-à-vin-en-face-de-la-seine. Là. Le plus dur fut entamé. Le plus extraodinaire face-à-face fut annoncé. Avec douceur. Avec cette retenue délicate du moment où l'on est sûr de toucher au centre. Nous avions les yeux dans le noir et blanc de Debord mais les mots étaient ceux de Bernhard. Ce soir-là, le titre fondamental fut trouvé. Le titre du prochain colloque de Rome est donc écrit, je l'écris : Bernhard-Debord où comment avec un même regard sombrer dans le radicalement tout-court ou le radicalement léger.

Oui.

Car il faut remettre les choses dans leur contexte. Ce que l'auteur « Denis » de L'Astrée ne savait pas, c'est que l'Astrée même, par d'autres yeux, l'avait devancé, alors même que ces yeux furent devancés par l'auteur « Denis » de L'Astrée.

Pire.

Une fois le film vu, l'autre pensée fondamentale de L'Astrée, prophétique du doute devant Debord, du « t'es sur qu'on s'est pas trompé... », avoua. C'était bien ce film. C'était bien le film dont elle avait même oublié le nom, et qui lui avait été annoncé par un fils, collègue et ami de travail, fils de Valère Novarina. Fils qui lui avait présenté le film, ce film comme un chef d'oeuvre absolu qu'il fallait voir... Le doute de la prophète se confirmait dans l'oubli. Mais cela n'est rien. Il ne fallait pas aller voir Debord. Seul. A l'improviste. Oui, car il faut le lire. Mais non! Cela ne suffit pas. Il faut en avoir parlé, se l'être fait raconté. Mais non! Vous savez comme moi que cela ne suffit pas... Et là encore l'auteur « Denis » de L'Astrée a fait preuve d'une perversité toute ostensible. Car il annonce. Propose. La vision nouvelle, presque incontournable, de ce film de Debord. Mais ne doute pas que L'Astrée sait qu'il a déjà vu ce film. Que cela ne conclue donc à aucune ostentation, mais à un déjà vu. Un vue à nouveau. Une ostentation prévue. Pire, un souvenir. Car il me l'avait avoué fièrement à l'époque. Quand je découvrais, interdit, l'existence de Debord, qui m'avait été soufflée et comptée par mon directeur de thèse et qu'il annonçait, près de l'église Sainte Croix à Bordeaux, un soir, de restaurant, il y a quelques années, qu'il avait vu et connaissait entièrement ce film. Mais l'auteur « Denis » de L'Astrée n'a pas menti. C'est le lecteur, qui par son ignorance obligée, ici corrigée, ne peut que voir en la conclusion de Debord l'ostentation. Alors qu'elle n'est que retour. Souvenir. Retour sur le passée. Qu'il n'y a d'ostentation que la volonté de montrer le retour sur lui-même de son article. Car. L'auteur « Denis » de L'Astrée est ainsi. Non dans l'ostentation, mais dans l'ostentation du retournement. Du retournement des signes, des annonces. De tous les retournements.

Il y a ce retournement. Oui. Mais il y a aussi la prophétie. Car l'embrasement général de la France était prévu. Non de tous, mais l'un, au moins, français, et même professeur, l'affirmait. Sans ostentations, et le plus souvent par complet retournement. En Turquie, pays où l'on sourit, où tout va bien, à part de temps en temps quelques poulets qui meurent de la grippe aviaire et ce afin d'alimenter l'agitation générale des européens, enfin des vieux européens, ceux de la Vieille Europe. En Turquie, où même certains jeunes, regardant Euronews, essayent de mettre des capuches de manière à faire méchant, sans y arriver, pathétiquement. En Turquie, donc, l'auteur « Denis » de L'Astrée avait annoncé à un parterre de jeunes gens normaux constitué de moi seul, qui ait lu Debord, ou tenté, comme le sait l'auteur « Yves » de L'Astrée, qu'en Septembre, Octobre ou Novembre, la France brûlerait de révolte. Je tente de me souvenir du lieu de la prophétie, mais je ne sais pas. Il est impossible de me souvenir son lieu. Impossible. L'audience constituée de moi seul fut dubitative, je l'avoue. Elle poussa même le doute jusqu'à inspirer un article, maintenant avorté, sur L'Astrée qui aurait mis en péril définitivement la dite prophétie, qui à l'époque n'était qu'une thèse. Ainsi, l'ostentation fausse dans son déroulement, dans sa chronologie, dans son énonciation, vraie dans sa posture du retournement était annoncée. Denis n'annonce rien. Ne rend rien ostensible. Il montre à lui-même et au monde sa propre vérité. Il s'amuse à rendre ostensible sa justesse. Et moi. Perfide. Je rends cette justesse, cachée et retournée, ostensible à tous.

Je la critique. Mais « Gloire à Denis ».

Bon.

Mais revenons à l'un de nos sujets. Debord et Bernhard. Ce que l'auteur « Denis » de L'Astrée ne sait définitivement pas, c'est qu'il ne fallait pas voir QUE l'« In Girum Immus Nocte et cetera... » Il fallait, Samedi soir, aller voir « Dramuscules » de Bernhard à la Comédie Française. Enfin. Celle du Louvre. Et il fallait y entendre deux choses. Oser écrire les Dramuscules à quelques années d'Extinction, son dernier roman. En voilà une question étonnante sur le personnage Bernhard. Et cette question, il fallait l'entendre résonner à chaque fin de phrase « ...les gazer » auxquelles succédait le ronflement des passages des métros. ...les gazer! brbrbrrrrrrr... ...les gazer! brbrrrrrr...

Tremblements.

Tremblements.

Il n'y a ici rien de radical, qu'un léger tremblement.

La première pièce se clôt. Derrière moi, on conclue : « C'est douteux!... »

Extraordinaire!

Écho inépuisable. Dans la chambre inépuisable, immense, de la bêtise et de l'ignorance, résonne, ce que Bernhard dit exactement de son narrateur-auteur, ailleurs dans son Exctinction. La bouche béante de cette jeune femme portait la parole de Bernhard lui-même.

L'auteur est dans la salle!

L'auteur est derrière moi.

Tremblement.

Brbrbrrrr... Le métro passe.

Réminiscence : « Pour le bon à rien, ai-je pensé, comme ils m'ont toujours appelé, celui qui abuse de Wolsfeg à ses fins douteuses, oui, détestables, à ses détestables fins intellectuelles, ai-je pensé. Monsieur mon fils va se promener à Rome, pendant qu'ici nous trimons, disait mon père à tout le monde... »

Tremblement.

Inutile d'en dire plus.

Tout se répond.

La promenade à Rome de l'auteur « Denis » de L'Astrée ne fut pas dite dans son article, elle fut dite samedi soir, vers 19 heures, sous le Louvre, au dessus des métros. Dans la réminiscence et les tremblements.

Quant à la promenade à Rome, elle aura bien lieu.

Il fallait donc débarquer devant Debord, rempli de Bernhard, rempli de L'Astrée.

Sinon.

Eh bien, sinon, on tente de lire Debord. On tente de le passer dans le broyeur du raisonnement et ça donne des choses du genre : « Debord est un bouffon », comme le dit Bourdieu. « Explique-moi Debord, et je t'explique Foucault, Saussure ou Barthes », comme je l'entendais dans la bouche d'un ami durant une scène skypable hier soir.

Pour moi, la meilleure façon d'entendre Debord, c'est de lire Bernhard. Ainsi on entend Debord. Et on le refuse. Car il devient impossible. Mais à la différence que l'on sait réellement pourquoi.

Voilà, ici, pour finir, dépliée, l'origine de l'ostentation de l'auteur « Denis » de L'Astrée. Il n'y verra qu'amitié.

Quant à L'Astrée ?

Eh bien, entre le Bernhard du samedi et le Debord du dimanche, L'Astrée expérimenta la nécessité du radical. Il n'y a pas de succès de L'Astrée, il y a une posture, dont les traits se dessinent fermement. Dimanche donc, le lien sur les toilettages pour chiens a suggéré une réaction plus qu'agacée d'un certain Karlos, envoyée par mail aux auteurs de L'Astrée. Je le dis. Non pour privilégier l'embrasement, mais pour montrer au lecteur de L'Astrée que L'Astrée semble porter une posture singulière. Une posture, oui. Non ostensible. Mais véritable. Cette posture fit naître dans le clavier de Karlos la violence de la radicalité. Karlos vit, semble-t-il dans L'Astrée un blasphème.

L'Astrée blasphème. L'Astrée en posture de blasphème. L'Astrée ne dit rien, pourtant. Ne montre rien. Quoi ? La place Pinel ? Sainte Présentine ? Istanbul ? Des dolmens ? Des gens ? La place Pinel est pour cela emblématique : elle ne dit justement rien, absolument rien. C'est un non-lieu, d'ailleurs. Tellement un non-lieu qu'elle tend à se disséminer dans les lieux. Elle tend à créer des lieux. Elle dissémine jusqu'à ce que la dissémination pinélise le monde et par là même ses auteurs. Et par là même L'Astrée. Et je sais que ces auteurs ne sont pas sans savoir que la grande pinélisation lente travaille à la dépinélisation de la place Pinel et encore par là même de L'Astrée. C'est ainsi.

L'Astrée blasphème donc et opère une rupture patente. Je ne développerai pas ici cette rupture, ce creusement perpétuel et fondamental, ce creusement d'un Bosphore. Car L'Astrée creuse le Bosphore. Elle creuse évidemment une faille évidente. Non. Karlos fut l'introduction à Debord. Car le mail de Karlos contenait une unique question : la légèreté de L'Astrée, blasphématoire ? L'Astrée longtemps cachée, si peu lue, au final, dont seule la légèreté se montre. L'Astrée qui ne dit rien mais cherche. L'Astrée qui n'affirme rien, mais tache à relier, à tisser un monde. L'Astrée qui n'est ni une communauté, encore moins une secte, ni un mouvement, mais les traits dessinés d'une personnalité. D'une âme à quatre têtes. Dont une tête ne sait pas. L'Astrée porte donc en elle une radicalité. La question se pose si simplement : si la poésie est un acte de guerre, comme le croit l'auteur « Yves » de L'Astrée et moi-même et comme le dit si extraordinairement Jean Monod, alors L'Astrée est posture radicale. Sa posture est sa radicalité. Je veux et je souhaite l'Astrée radicalement légère. Et non dans une légèreté radicale. Mais Karlos et le monde lisent l'Astrée radicalement. L'Astrée sera-t-elle Bernhard ou Debord ?

A peine ce texte écrit que l'on me souffle déjà : « il faut aller au bout de Bernhard... Oui, au bout de Bernhard. »

Je ne pense pas. Ni l'un, ni l'autre d'ailleurs.

J'annonce au lecteur coutumier de L'Astrée qu'une prochaine section musicologie est sur le point d'apparaître. En outre, la page d'accueil est souterrainement en train d'être complètement redessinée. Enfin, lecteur, je tenterai de tenir compte de toutes vos remarques dont je vous remercie d'ailleurs très vivement!

Emmanuel Riboulet-Deyris | Voir l'article : Réactions en chaîne 11:48 dans L'Astrée

4 commentaires apparurent (en écrire un autre ?)

  • 1.

    le dimanche 13 novembre 2005, à 15:37, un improbable auteur écrivait :

    Lastrée ne tache pas, légère ! mais tâche à relier. Elle conclut dans les vapeurs du thé au jasmin,mais elle ne conclue pas car même la plume de Debord ne saurait que faire de cette finale !
    Oui en effet, Lastrée est une posture, posture de pensée et peut-être posture de vie qui en vaut bien d'autres : celles ostensibles et approuvées qui ne révèlent rien que l'inanité de leur être !
    quand l'auteur Emmanuel écrit, Lastrée parle :Emmanuel et Lastrée ne font-ils plus qu'un?

  • 2.

    le mercredi 23 novembre 2005, à 23:22, Cécile Bargues écrivait :

    En appeler à Debord pour faire état des feux qui se répandaient ces temps derniers est totalement injustifié. S'il était question d'enfants perdus, ils ne partageaient rien avec ceux du quartier - ce n'est pas ainsi qu'il fallait tout recommencer. Debord ne conclut jamais, il n'a pas de "posture" (imposture) et j'espère que vous-même n'en avez pas. Vous semblez ignorer à peu près tout de ce que Clément Pansaers appelait "la destruction par la construction", comme il est assez grave d'avoir écrit ce que vous avez écrit à ce sujet le mieux me semble de ne pas récidiver. Ou alors prenez clairement position, qu'on s'explique.

  • 3.

    le jeudi 24 novembre 2005, à 20:42, toujours sans écrivait :

    A posteriori, l'imposture serait posture de la destruction par la construction.
    Connaissez-vous donc, a fortiori, chère Cécile, le Plein du Vide de XU YI pour 14 instruments et bande magnétique?
    Courez-y vite...14 min.11 d'écoute et.....Debord, Pansaers
    .....Xu Yi.....c'est alors que le postiche n'est plus imposture.

  • 4.

    le vendredi 25 novembre 2005, à 19:05, Marie. écrivait :

    C'est magnifique: ce texte est incompris!

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