« Vercellotti et le 102 »
mercredi, 23 novembre 2005
Vercellotti et le 102
Philippe Vercellotti multiplie les 102. On les repère sur nombre de ses oeuvres.
Même quand Colombetto passe par lui, un 102 surgit d'un cadran...
Parfois, le 201 retourne le 102, tout comme le sonnet 130 des Regrets se retourne vers le sonnet O31... Jetez un oeil. Renversez. Faites anagramme non de lettres mais de chiffres. Dégustation ! Oubliez les critiques borgnes. Vous avez gagné d'autres yeux pour voir.
Pourquoi le 102 ?
Et d'abord pourquoi la peinture de nombres?
On a interrogé les mots dans la peinture. Michel Butor s'y est employé. Denis Favennec annonce une conférence... L'affaire est entendue : d'une Annonciation de Van Eyck (par exemple) au ceci n'est pas une pipe de Magritte ( entre autres cas), des mots naissent au pinceau des peintres.
Des nombres aussi. Ils questionnent la représentation par l'image. Ils sont image et le contraire. Ils sont absents et présents à la chose visible. Quel est leur corps ? Qui ne voit leur corps ? Ils sont refus de toute figuration, mais sont figures. Beau dédale en perspectives pour réfléchir.
Chez Vercellotti, les nombres font monde, et singulièrement le 102. Ils travaillent à l'unité de l'oeuvre. De tableaux en tableaux, discrets ou éclatants, on les remarque. Ils tissent de toile à toile – si l'on peut parler ici de toile - les éléments d'une trame seconde, ou troisième. Ils participent de la signature, non seulement parce que ses signatures sont datées, mais parce qu'ils construisent, par cette présence multiple et seconde, une note tenue, têtue, entêtée, unique et innombrable finalement, quelque chose comme une signature. Ils font de l'oeuvre entière, par leur constance, un réseau d'échos dont la multiplication unifie.
Quant au 102, c'est évident, et donc secret.
Il y a - bien sûr - du biographique : Philippe Vercellotti travaille, depuis toujours, là où il a longuement habité, au 12 rue El Alamein. Glisser un zéro, comme un bel oeuf, entre le 1 et le 2 métamorphose et accomplit une inscription au monde. Il faut bien mettre du vide, ou du plein, dans l'oppression des signes au lieu des origines.... Mettons du zéro, de l'oeuf, et du visage de Chirico dans la perfection première - possiblement finale - du 12, et viva la libertat !
Interroger Vercellotti expose à cette réponse : 102, c'est deux fois le pastis Duval 51. Du redoublement du pastis, naît l'éclaircissement...
Prétendu kabbaliste, donc vrai, donc faux, sans ignorer le 102 des chapelets musulmans, je repère le 3 au 102, puisqu'il s'écrit : (3x33)+3. Catholique, j'aperçois la Trinité, et je songe à ses mystères.
Mais trêve de Kabbales. Renonçons même à entendre sang de ou l'ici paradoxal sans deux... Regardons simplement le 102 puisque c'est peinture.
Entre 1 et 2 se tient un centre vide, la tête blanche de Tintin, l'espace où mettre toute image, le lieu libre où le tableau s'engouffre, se trame, se troue, fait pan, et s'abolit. Le zéro, condition de toute mathématique à infini, s'affiche entre un et deux dont la somme fait trois. Or, la peinture procède de ce vide nécessaire, qu'elle instaure en le redoublant, qui d'un coup d'oeil fait oeuvre triple pour le peintre, le spectateur humain, et Dieu – l'oeil transcendant intérieur – tel qu'il s'édifie à l'Annonciation de Gand, par Van Eyck, quand les mots s'inversent apparemment à la bouche de l'ange....
On n'oubliera pas que les mystiques pélerins du Mayflower étaient 102.
Où cela mène El Alamein quand on y oeuvre !
Yves Le Pestipon |
21:38 dans
De pictura
, Philippe Vercellotti
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