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« Yves Le Pestipon »

mardi, 1 novembre 2005

Yves Le Pestipon

Yves Le Pestipon fait des ricochets. Il sert de caisse de résonance entre les gens, entre les idées, entre les époques, entre les projets. Il aime quand ça résonne, sur les places et partout. S’il mange du pain, il se retrouve avec de la farine sur le nez, la bouche, les mains. Il a le charisme d’un Léon Zitrone mince qui raconterait des histoires de tous les jours. Il a beaucoup à dire car peu de choses lui échappent. Son physique à la Pessoa peut se faufiler un peu partout, il n’a même pas besoin de se cacher ; s’il se tait, on ne le remarque pas. Il espionne bien parce qu’il comprend bien. C’est pratique après pour écrire.

Question allure, ils se désole souvent de n’être pas aussi chic qu’il le devrait (en tant que quoi, on ne sait pas). Le vêtement chez lui n’est qu’accessoire. Il faut l’avoir vu se trémousser au magasin de vêtements dans un pantalon « pour aller dans le désert du … » Il se met à ramper sous l’air effrayé de la vendeuse/conseillère. « Il faut que je sois à l’aise, au cas où je visiterais une grotte ! ». Comment se fait-il que les cabines d’essayage ne prévoient pas que l’homme puisse ramper, mettons, sur une dizaine de mètres, ce serait bien le moins.

Il promène un regard frais sur le monde. Bien qu’il approche la cinquantaine, il semble s’être arrêté à quarante. Il n’est pas un de ces blasés de la vie qui ont tout vu. Au contraire, il a encore plein de choses à voir, à vérifier, à enseigner, à apprendre, à connaître, à aimer, jamais à détester. Pourquoi perdre son temps en pensées vulgaires ? Il fait spontanément ce que d’autres apprennent péniblement au cours d’une vie. Porter son regard sur les belles choses, accorder de la place à l’amitié, rêver, agir librement, faire les poubelles avec les copains.

La question est : peut-on se fier à un type qui part à l’étranger avec un Winnie l’ourson et dont le bas de la chemise sort obstinément du pantalon ? On le peut pourtant parce qu’il est ponctuel en amitié. Ainsi font les rares hommes qui savent aimer d’amitié. Le voit-on douter ? Le voit-on broyer du noir ? Il a l’exquise courtoisie de garder cela pour lui. Je dois être le seul personnage à l’avoir vu, littéralement, broyer du noir dans mon atelier. Il s’était mis dans l’idée de m’aider pour un tableau qu’il m’avait commandé. Une telle expérience doit rester unique. Un poulpe lâchant son encre n’aurait pas pulvérisé autant de scories.

Les gens carré, ceux dont le carré vire à l’hypercube, le trouvent sans doute trop flottant à leur goût. On le croit professeur, on l’entend faire le pasteur. Il est conférencier, mais le voilà sur une scène jeter un pénis gonflable à des jeunes filles qui gloussent. Par sa bouche, des phrases précieuses sont dites à la jeunesse : « il y a de l’espoir » glisse-t-il entre deux pitreries. Et si cela résonnait ? Il ne peut faire croire qu’il est un « homme sans projet » qu’à des conseillères financières qui lui proposent, en vain, des prêts pour faire « ce qu’il vous plaira ». Ce qu’elles ne savent pas, c’est que les farfadets comme Yves Le Pestipon n’ont que faire des prêts. Ils lancent leurs clefs au loin et ils avancent. Il le faut, pour telle et telle raison essentielle et facultative.

Un autre portait

Plantant résolument la pointe d’un compas dans le cœur d’un mot trouvé au hasard, dans le désert du Xing-Jiang, au bord d’un jardin d’enfants ou dans une poubelle, il s’agit de tracer un cercle. Apparaissent alors une certaine qualité du sable alentour, l’élasticité douce d’une balançoire, surgit un éclat de rire qui résonne dans le vide plastique du container. Puis enfonçant de nouveau la pointe de ce compas sur un point aléatoire du premier cercle, continuer le tracé rond, ouvrir un nouveau territoire. Tracer ainsi au hasard, colorier les surfaces de récits, prendre le temps d’interroger une forme, un signe, un fait divers sur le journal local d’une semaine passée et déjà oubliée au fin fond des immondices.

Tous les points sont à la croisée des cercles. Le premier arrondissement des choses est lui-même pris dans un tracé antérieur, un cercle à jamais pénultième, toutes les configurations sont possibles. Il y a un rire qui coule entre ces cercles, rire qui se joue de tout encerclement. Entourer pour mieux ouvrir du dedans, creuser des trous, des souterrains entre les lieux les plus lointains. Comme une sorte de petit pont éphémère et mobile qui crée du passage, du voyage au cœur même de ce qui semble fixe, immuable, trop connu.

Yves Le Pestipon est cette trajectoire des choses qui s’ouvrent les unes aux autres, il est cette clé qui invente les serrures dans le sourire d’une question, d’un désir, d’un souffle. C’est un accélérateur de particules, une équation qui laisse la part belle à l’inconnu. Il opère la quadrature des cercles, la circulation des carrés, car hantent en lui quarante mille mondes à explorer. Il est un glissement, le mensonge vrai d’une glissade perpétuelle entre l’Être et le Néant.

Camille Amadeus Colombetto | Voir l'article : Yves Le Pestipon 10:09 dans Portraits

3 commentaires apparurent (en écrire un autre ?)

  • 1.

    le jeudi 1 décembre 2005, à 21:49, monique écrivait :

    Bien croqué et... à croquer !

    Un sourire de malice au mince Zitrone farfadesque !
    M.

  • 2.

    le jeudi 22 décembre 2005, à 17:12, La Mothe le Vayer écrivait :

    Non seulement nous voyons qu'on fait fondement sur les moindres de ses paroles mais qu' on rend même son silence aussi instructif que son discours quand oin argumente de la nullité des choses sur ce qu'il n'en a point parlé.

  • 3.

    le vendredi 23 décembre 2005, à 23:36, monique écrivait :

    Ah, cela faisait longtemps que M. La Mothe Le Vayer ne m'avait pas écrit ! Je ris.

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