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« De la terre pour trois moutons »

mardi, 24 janvier 2006

De la terre pour trois moutons

Le 19 janvier 2006, pour la saint Marius, une équipe d'Astrée a pinélisé l'enclos à moutons de L'Ecole Normale Supérieure (LSH) de Lyon, où paisiblement paissent Raymond, Christelle, et Bélise.

En présence du jeune poète tunisien Hacen Aymen, de Michele Rosselini, qui tient sous son charme le XVIIème siècle et du novice Romain Loriol, Inès Guitard, bien connue des veilleurs de l'Astrée, a pu projeter efficacement dans l'enclos un peu de terre de la place Pinel. Raymond, Christelle et Bélise s'en sont montrés dignes.

Cet acte a provoqué la fin de l'appareil Photo Power Shot A 75, déjà inquiété par les icônes du Musée des Ames du Purgatoire. On peut supposer que la participation imprévue d'un esprit sceptique à la cérémonie fut cause de la destruction de la possibilité des images. Le rire incrédule fissure le rire de Dieu, donc les appareils photos. On peut aussi supposer que cette panne invite à la nécessité panique d'entrer en l'irreprésentable, d'abonder aux thèses iconoclastes pour atteindre à l'être hors oeil. Peut-être devons nous sortir de la perspective. Cela fait réfléchir.

L'acte, en tout cas, est, pour l'heure, sans image. Tant qu'aucune réparation n'aura lieu, il est une Pierre noire, une Ka'ba, ou un Cachou Lajaunie, mais fissuré, parmi les aventures de la place Pinel. Dans le doute et le débat entre Diable et panique quête d'essence, imaginons... Suscitons par nos songes l'éclat sensible. Qu'aux pis avatars du monde la grâce des envols se crée par l'aile des images !

Que soit donc en nos esprits un horizon sur trois côtés bouché par les bâtiments résolument contemporains de l' Ecole Normale Supérieure. D'un côté cependant, par une sorte d'échancrure, que soit le soleil couchant. Que nul rayon vert ne fuse. Que tout paraisse rougeâtre et ordinairement romantique. Les trois moutons à fourrure abondante seront noirâtres. Deux tas de foin bâchés, certainement destinés à les nourrir, rappelleront aussi le sort du Cardinal de Retz, poursuivi du côté de Nantes, enfoui dans du foin et mis au programme de l'Agrégation. Ces tas de foin seront dits emballés par Christo, si beaucoup de subventions y ont été dépensées, s'il y a une inscription sous plastique transparent en diverses langues, et si beaucoup de gens photographient. Or, rien de tel. Ce sont des tas de foins bâchés sans art. Au nord, pointe un clocher d'église. Quelques grues pointent au nord ouest. De tous côtés, travaillent des cervelles.

L'enclos où paissent les trois moutons forme triangle au bout d'un sorte de long ovale libre, vaguement traité en parc, ou en prairie, semblable au Cirque Maxime. Cet enclos, pointant vers le sud, est un pubis.

Ces formes si féminines, probablement rendues nécessaires par la présence de tant de jeunes femmes au travail, font écho inversé aux formes strictes de la place Marius Pinel où triomphe le carré en quoi s'inscrit un cercle. Le triangle lui-même, qui pointe ici vers le sud, est étranger à cette place, qui n'ignore pourtant pas la féconde Trinité.

Disons que l'espace où évoluent les moutons, ce doux pays d'Astrée, est un pubis au bout d'une mandorle, évocation possible de la Vierge et de l'Agneau mystique, puisque le jeune mouton Bélise, fils de Christelle, dont le nom dit l'origine, porte, comme Pinel, l'el du divin en son nom totalement valise. Cela peut aussi ne rien évoquer. On peut têter le vide toujours. Tant pis.

Nés lucides aux sens multiples des riens, imaginons ! L'Astrée imagine. Elle est aventure en terre vers ciel des lieux simples pour l'oeil. Elle fait petits ponts multiples et grand voyages de soleils. L'apport de la terre de la place Pinel en ce lieu a créé rencontre, malgré le rire, et peut-être pour rire, entre l'enclos des moutons et le kiosque, formant les deux valves d'une coquille où repose quelque chair délicate, et où la nacre s'irise par jeu de crânes.

La pinélisation est cet acte, par quoi s'ancre et s'incarne le retour du monde. Cet acte fait vers de tout, montrant par rime comment copulent réel et place Pinel, ce lieu quelconque infini, où se crée publiquement d'oeil et d'oreille la panique.

Les moutons parfois nous font échelle d'anges depuis le désert, où nous dormons, comme Jacob.

Ils ont accueilli la terre de la place Pinel à L'E N S L S H. Les vers d'Hacen Aymen y ont convoqué la Terre comme un ensemble de versets. Nous avons versé la terre et nous avons vu les moutons, qui nous ont vus.

Ainsi multiplie le sens.

Ayons l'oeil aux animaux. L'Astrée se peuple, et va se peupler d'un ample bestiaire. Les animaux vont y faire école.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : De la terre pour trois moutons 17:09 dans Méthodes , Place Pinel

1 commentaire est apparu (en écrire un autre ?)

  • 1.

    le samedi 4 février 2006, à 15:09, tartine écrivait :

    quelque chose me dit que vous aimez la molasse

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