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« Des bêtes pour les écoles : le modèle lyonnais. »

mercredi, 25 janvier 2006

Des bêtes pour les écoles : le modèle lyonnais.

Les normaliens littéraires de Lyon ont trois moutons pour apaiser leurs tourments. La méthode en est bonne. Mieux vaut mouton que comprimé pour attaquer Mélancolie, régulièrement provoquée par les Lettres.... Raymond, Christelle et Bélise sont populaires à l'ENS. Le zèle, possiblement dangereux, dont sont animés leurs fidèles, est si grand qu'un petit panneau recommande de ne pas les nourrir. Broutant dans l'estime, heureux manifestement, ils répandent crottins et bienfaits sous la Bibliothèque où cliquètent les ordinateurs des Tircis et des Aminte.

A la colonie de vacances de l'orphelinat no 2 de Kapan, en Arménie, sont accueillis, dans des conditions très maladorantes, des enfants et des adolescents en remarquable état d'abandon. Une jeune beauté est ainsi là pour avoir été recueillie dans une poubelle... La misère a réuni en ce lieu quelques uns de ses plus beaux tours... Or, il y a aussi des vaches, des moutons, plusieurs chats, tout un ensemble de volailles, force insectes dans les lits, des serpents alentours, et puis des loups qui crient, et, paraît-il, des ours. Ces bêtes, avec quelques cuisinières gentilles, et une directrice à poigne, ont pour effet, de faire de ce lieu, qui serait en France, grâce à l'action de plusieurs psy, de toutes sortes de calmants, de l'angoisse bien distillée et de beaucoup d'intelligence, un très cher enfer, une arche où les sourires fusent. Les malheureux y sont insupportablement manifestement heureux, et les bêtes y jouent leur rôle. Sébastien Lespinasse et moi, alors que nous donnions à boire à un minuscule petit chat, nous constatâmes avec joie les yeux bienveillants d'un grand nombre d'enfants qui auraient dû, selon toute morale, tout niquer.

Le modèle lyonnais, combiné aux leçons arméniennes, pousse à cet appel : des bêtes aux écoles !

Les bêtes sont un droit pour tous. Chaque école doit avoir ses bêtes. Pas d'éducation sans groins et becs.

Quelques poulaillers ne suffiront pas. Il faut d'entières basses-cours, des meutes, des troupeaux. Qu'étables, enclos, chenils, porcheries et cages à lapins soient dans tous les établissements scolaires.

Que ca caquète, braie, miaule, glousse, roucoule, grogne, meugle, cancanne, aboie, beugle, glapisse, le tout surtout sans artistes invités. Que les cochons soient vrais !

Il faut naturellement que ça chie, que ça gratte, que ça morde, que ça pisse. Qu'il y ait partout ample moisson de crottins, de fumier, et bonnes et belles odeurs d'étables. Que ça pue purins réels.

Voilà la Réforme pédagogique dont la France a besoin.

De la maternelle à l'Université, des ZEP à Louis le Grand, que chaque jeune se voie reconnu son droit aux bêtes. Que tous soient des Perrette, et même sans pot au lait !

Certes, en ces temps de grippe aviaire, l'on peut craindre - et on craint - que la sécurité ne soit pas assurée... L'enfant-roi pourrait crever... Mais tous seraient frappés, et rien n'est démocratique et sécuritaire comme la mort... La calamité permettrait, au moins, de faire de belles phrases.

Foin donc des programmes novateurs, ou réactionnaires. Foin des méthodes globales ou globuleuses. Foin de tout hors le foin. Mère mélancolie, marraine de maint heurt, serait par bêtes boutée hors des classes.

Voilà l'historique vérité : l'Ecole, comme l'Eglise, s'est dépeuplée des animaux et des plantes. Elle a désormais horreur du vif. Elle craint le grouillant. Les professeurs eux-mêmes sont interdits de chiens, de perroquets, ou simplement de fougères. Ils deviennent donc misérables fougères, pauvres perroquets, risibles chiens. Or, de même qu'on célébrait efficacement la Sainte Messe sous des seins de Madeleine, parmi des corps suppliciés et bien érotiquement sanglants, dans un feu de culs d'anges, et parmi les pénitentes puantes, combien serait apaisant un cours de mathématiques, voire de grammaire, sous l'oeil d'un lapin vif, surgi d'une poche professorale, tandis que s'ébattraient parmi les rangs maintes cailles ou maints dindons, grands avaleurs de graminées !

La poule au marmot, tel est le programme renouvelé d'Henri IV.

Ainsi, jouant avec les bêtes, les petits anges ne feront plus les bêtes, sauf parfois à deux dos.

Que le Mammouth se peuple comme une arche, et que, par culs de bêtes partout aux classes, ce nouveau très ancien luxe fiante !

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Des bêtes pour les écoles : le modèle lyonnais. 21:19 dans L'époque

2 commentaires apparurent (en écrire un autre ?)

  • 1.

    le jeudi 26 janvier 2006, à 00:21, Frederika écrivait :

    De plus en plus de bêtes, de moins en moins d'articles ! Bientôt un bestaire en latin renouvelé ?

  • 2.

    le samedi 28 janvier 2006, à 18:48, arille écrivait :

    Pour Frederika tout spécialement : la, le les, un, une, des.

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