« Noctes atque dies »
jeudi, 12 janvier 2006
Noctes atque dies
On le sait, l'Enfer est partout.
Sa porte se trouve près de Naples, dans les Champs Phlégréens, et au musée Rodin, à Paris.
Voltaire l'a dit : "le Paradis est où je suis."
Pour y entrer, rendez-vous devant le baptistère de Florence, en 1420, ou au "Tre scalini", face à la fontaine, en 2005 - un cimetière, un pin parasol, une vue sur le Bosphore ou une galerie baroque feront aussi l'affaire.
Quant au Purgatoire, c'est une autre histoire : si Dante en gravit la montagne intéressante et chaude, nulle mention dans la Comédie d'un seuil par où s'insinuer.
Rien dans la Bible, les apocryphes, Bossuet, Grothendieck, Houellebecq ou Google earth.
On s'y résout, il faut le croire : le Purgatoire est sans portail.
Cela, je le pensais aussi, avant de me rendre le 26 décembre 2006, en compagnie d'Yves Le Pestipon, Marie de Marcillac et Inès Guitard, au lungotevere Prati 4, à Rome, où j'ai vu.
Redire quoi, c'est chose dure : les photos d'Yves Le Pestipon le montrent, on n'y voit pas grand'chose, au lungotevere Prati 4, après le chocolat des Tre scalini, le 26 décembre.
On voit, précisément, sur un panneau d'aggloméré jaune de trois mètres sur un, ce qui n'a de nom dans aucune langue : des images sans forme, des objets sans matière, des portraits de personne, des empreintes obscures, des représentations de rien.
Une vingtaine, à peu près, de reliques purgées majoritairement par les flammes, amènent l'interrogation juppéienne : pourquoi cette fascination pour le feu ?
Une notice est disponible, polyglotte, détaillée, fatale aux infidèles.
On peut la commenter sur l'Astrée.
Dans ce lieu évitable et plat qui d'ailleurs a un nom - piccolo museo del purgatorio -, se révèle surtout ceci : là s'ouvre, non pas la porte ni le musée du Purgatoire, mais le Purgatoire même.
Ou : le Purgatoire est son propre musée et sa propre porte, il s'ouvre au lungotevere Prati 4, à droite au fond, jusqu'à 19h le soir en été.
Il est jaune.
Après avoir cherché, en vain, un fondement ou une raison, la vérité s'impose : non seulement on ne peut rien voir, mais on ne peut rien faire dans cet endroit.
Surtout pas le pénétrer, certainement pas le visiter, ni même s'y ennuyer.
On y est, c'est tout, et cela ne se dit pas.
(Le Paradis se chante, l'Enfer se hurle ; le Purgatoire, il faut le taire pour le voir.)
Le Purgatoire ne se cherche pas, ne s'atteint pas, ne se perd pas, ne se passe pas.
Il est une porte ouverte sur elle-même.
Porte qui n'est pas qu'un battant, pourtant.
Car Dante et Virgile l'ont vu : plus palpable que l'Enfer ou le Paradis, plus secret et troublant, le Purgatoire est la zone intermédiaire où, entre évier et latrine, les révélations se préparent.
Prolégomène à toute parole, milieu de tout empire, salle d'attente de l'histoire, tel paraît enfin le Purgatoire.
Lieu ouvert à tous, indéfiniment, dans la limite des révélations disponibles.
Cela du reste avéré apostoliquement sur le site de la Divine Miséricorde - abattue récemment sur l'Astrée - où on est prié d'entrer sans délai, en passant par tel portail, fissure, trou ou bien chas qui s'ouvrira.
Quant à ce qui se trame lungotevere Prati 4 au fond à droite, allez-y voir vous-même si vous ne me croyez pas.
Denis Favennec |
20:18 dans
5 commentaires apparurent (en écrire un autre ?)
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1.
Et le Diable, sinon l'Enfer, lui, où se situe-t-il ? Maintenant qu'on situe à peu près le Paradis, très bien, grâce à vous, le Purgatoire... Dans les détails, dit Voltaire. Les étouffants détails ? Ou les merveilleux détails où l'on se perdrait ?
-
2.
Ou bien je m'avance par une idée jusqu'à une borne déjà connue où je fus conduit de toutes parts et je suis abandonnée à la difficulté nue. Il m'a semblé de revenir sur le bord d'un cercle impénétrable, dans lequel je suis sûr
qu'il y a une chose dont je pourrais m'amuser longtemps. J'ai d'elle le désir, le soupçon, le lieu vague, les conséquences: seulement les fantastiques.Monique, sur cette ombre sans preuve, j'invente les effets d'Hera.
Tous les signes de la force paraissaient dans la beauté d'Héra.Son pas était léger et tous ses actes bien dessinés. Sa voix était plus douce qu'on ne l'eut attendue et s'accordait par ses nuances à la grâce de ses mouvements, plus qu'à la pleinitude de son corps. Elle croyait sincèrement aimer, mais comme les baigneurs prudents qui nagent de trois membres et reprennent pieds dès qu'ils sentent manquer la terre sous eux, elle savait un certain point d'abandon qu'il ne fallait passer. Son pas léger foulait alors durement et délibérément toutes les fleurs nées d'elle-même ou toutes autres, qui entravaient sa marche. Tout ceci faisait d'elle un être superbe et redoutable. Rien de sacré en elle. Son jugement de la volupté la juge mal. Il lui achappa que le fait de j...ensemble n'avait aucune importance....et le décalara à Gozon auquel ce fut une lumière très blessante, lequel était le plus redoutable et le plus résolu sur ce point. "Tu es un enfer."lui dit sérieusement Gozon.
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3.
plait-il?
-
4.
J'approche enfin de Gozon...
On peut lire page 28 dans Vingt Mille Lieu sous la mer de Jules Verne:
« C’était une sorte de chevalier de Rhodes, un Dieudonné de Gozon, marchant à la rencontre du serpent qui désolait son île. Ou le commandant Farragut tuerait le narval, ou le narval tuerait le commandant Farragut.Pas de milieu. »Après avoir rétabli le Roi de la Petite Arménie et tué le dragon sur l'Ile de Rhodes, Dieudonné de Gozon est devenu en 1345 le vingt septième grand maître des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem. Pense Google.
Les ruines de son chateau se trouvent près des sarcophages et des tombes wisigothiques, près de l'Avant Causse de la vallée de Dourdou, près de la maison du grand père d'Yves Le Pestipon!
Je crois qu'il pourrait être un personnage d'Astrée!
-
5.
L'improbable auteur c'est moi:j'ai oublié de signer.
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