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lundi, 20 février 2006

L'Astrée dans Linea

L'Astrée est un site de multiplication poétique. C’est, en ce sens, un site évangélique, une bonne nouvelle.

Quatre auteurs bien vifs l’ornent d’écrits, d’images, de citations, d’enregistrements, si bien que l’on se baigne et que l’on ne se baigne pas toujours au même monde. Deux de ces auteurs sont mathématiciens, mais l’un est musicien, et l’autre historien d’art. Ils sont également inépuisables. Un auteur est littéraire, mais il est paléontologue, chercheur d’or, et sans étiquette. Le quatrième est plus énigmatique. On connaît son blason, ses signes, son nom, et on a pu le voir exposé ou publié en plusieurs lieux, mais on n’en sait guère plus: il s’appelle Camille Amadeus Colombetto, récuse Pessoa, et se repère au noir, à la clef, au carré, au quarante… Le premier auteur habite Istanbul, le second habite Bordeaux, le troisième habite Toulouse, le quatrième n’importe où.

Les écrits que révèle le site construisent, par dialogues et par liens, tout un monde, comme dirait Jean de la Fontaine, toujours divers, toujours nouveau.Des poèmes apparaissent, mais les poèmes ne sont pour l’Astrée qu’un aspect de l’éveil poétique. Ils en sont parfois le cristal, ou le ferment, jamais la vérité entière. La poésie s’enlace au réel, se fait pratique, se crée non par un, mais par plusieurs, comme l’atteste sans cesse la théorie des visages, des portraits, des intervenants chatoyants d’Astrée, dont plusieurs peintres et poètes rares, comme Serge Pey, Sébastien Lespinasse ou Philippe Vercellotti.

Les lieux y sont cardinaux, ce qui va de soi pour un site, surtout de multiplication poétique. Astrée qui fréquente Mallarmé, Perec, et Angelus Silesius, les choisit volontiers ordinaires, mais qui s’avèrent, à l’œil, foisonnants tels la place Pinel à Toulouse, l‘église Sainte Présentine dans le Bordelais, les citernes d’Istanbul, ou l’Arménie, le désert du Tarim… Le monde est convoqué avec ses roses, ses ombres, et sa palpitante idiotie. Tout fait possible bonheur d’Astrée.

Le site, potentiellement infini, se joue de pli en pli, par monades et perspectives, comme est la philosophie de Leibniz, ou plutôt comme elle serait si son auteur avait médité – sujet - les Epoux Arnolfini de Van Eyck, et s’était vu, sans trop se voir, à leur miroir.

En sa totalité, l’Astrée constitue une position, ostensiblement subjective, mais à sujets pluriels, se sachant tels. C’est un arc-en-ciel de points de vue, une écharpe d’Iris. Quand on approche trop cette invite à l’oeil, la chose se dérobe, mais la vue de sa robe séduit, émeut, parfois bouleverse. Qu’un tableau de Van Eyck apparaisse en un de ses aspects, des fils y mènent aux mathématiques d’Alexandre Grothendieck, lui-même invité à rencontrer l’eau de vie de pays, la Gaspésie, les aventure de Winnie l’ourson, ou l’Evangile des poubelles… Cela se lie, saute, bondit. Chaque mot, chaque lieu chaque chose est occasion de fouilles en échos et de rencontres, le tout, à la légère, sans rien, si possible, qui pèse et pose.

S’aventurer au site n’est certes pas entreprise d’abord facile, mais il faut bien vivre les plaisirs de s’initier. La forme peut séduire par couleurs, tableaux, photos, mise en page. Les chemins intérieurs s’avèrent complexes, pareils aux dédales d’amour du livre d’Honoré d’Urfé. Il faut s’y perdre pour s’y trouver, accepter que le chemin du cœur soit glissant, selon un mot de La Fontaine.

Cette œuvre de groupe ne prétend pas décrire, bien qu’elle décrive. Elle aventure. Elle s’aventure, et fait morales. Elle est diversitaire malgré les universités. Elle collecte les coïncidences,  les multiplie, mais ne ment pas. Elle convoque Dieu à l’écoute du vide. Elle cherche à faire monde de beauté réelle féconde, car elle parie que l’on respire au ciel éclatant.

L’Astrée est présente, work in progress, à l’aventure de la toile, en étoiles. Elle fait rencontres des vieux textes, de savoirs neufs, et de l’œil vif des clics. Il faut s’y rendre avide.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : L'Astrée dans Linea 16:59 dans L'Astrée

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