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« Chemin d'étoiles »

samedi, 1 avril 2006

Chemin d'étoiles

Quand nous avons prononcé les étoiles, cette histoire s'est composée. Quand nous avons déplié le grand arbre de la nuit, il est apparu,.

Tout s'est ordonné selon un poème de Serge Pey, que j'ai découvert, ou plutôt vraiment lu, ces jours-ci, et que je viens de commenter dans l'Astrée. Ce poème a lâché, vers l'arrière, comme un poulpe, son flot d'encre qui rend visible.

Le lieu de cette histoire est la Belgique où je me suis rendu cinq jours en février dernier. Je voulais y chercher des mégalithes, rencontrer, sentir, explorer à Dottignies la cave d'une villa où nous attendait, parmi d'autres manifestations, une eau étrange.

Le pasteur Jean-Pierre Nizet et l'architecte Frédéric Hossey étaient les figures masculines cardinales du voyage. Les femmes et les enfants avaient leurs rôles, multiples, mais ce voyage était un projet d'hommes. L'Astrée l'est, également.

Nous sommes allés à Bruxelles, à Wéris, à Tournai, puis à Dottignies.

C'est à Tournai, dans le quartier Saint Brice, que nous avons rencontré l'Etoile, un bar misérable où se tenait un masque qui s'éclairait quand l'homme des lieux approchait une lampe-torche. L'Etoile nous a fait forte impression, mais nous n'avons pas alors mesuré combien c'était l'Etoile. Nous n'avons pas réellement prononcé ce nom : étoile. Cet après-midi là, dans ce quartier Saint Brice de Tournai, l'Etoile nous est apparue comme un bar singulier, vestige d'un monde, mais nous n'avons pas placé son nom dans notre bouche. Nous ne l'avons pas mis en salive. Nous ne l'avons pas travaillé avec notre langue et nous ne l'avons pas propulsé par notre souffle. L'Etoile est restée un lieu, une image, un notable décor.

J'en sentais pourtant le rôle pour nous et à Tournai, cette ville où visiblement tout tourne, où s'opèrent d'obscures renaissances. Nous avons rodé, avides, dans tout son centre, comme hébétés d'étonnement entre les abeilles de Childéric et les rues sombres. Quelques jours plus tard, rentré à Toulouse, tout à l'effet de cette ville et du livre que j'avais trouvé dans son Musée d'archéologie - le lamentable Destin du trésor de Childéric - j'ai composé un article.

Jean-Pierre Nizet, l'ayant lu par la grâce de la Toile, m'a remis en mémoire que nous avions rencontré une étoile à Bruxelles, trois jours plus tôt, et que nous l'avions photographiée. Cela s'était passé le Vendredi vers treize heures, juste avant de nous installer dans un restaurant, lorsque nous avons couru tous deux vers un Colombetto ostensible que nous avions aperçu en roulant. En quelques minutes, nous avons reconnu l'école maternelle de la Clef, dont la plaque carré et noire signalait l'action de Camille-Amadeus Colombetto. Ensuite, dans les rues voisines, en revenant vers le restaurant où nous attendaient nos amis, nous avons exploré quelques poubelles, et un tas de détritus. J'ai fait une photo. Jean-Pierre également. Sur un des cartons jetés sur le trottoir, on voyait une étoile.

Cette étoile, alors que nous vivions l'émerveillement de Colombetto, nous n'en avons pas mesuré l'importance. Nous n'avons pas prononcé son nom. C'était juste une chose singulière que nous avons photographiée, mais lorsque Jean-Pierre m'en a parlé, une dizaine de jours plus tard, lorsque j'ai revu sur l'écran de mon ordinateur cette étoile, un sentier de pensée s'est ouvert depuis elle, rencontrée vendredi à Bruxelles, vers l'Etoile de Tournai, apparue le lundi. Ce sentier naissait à Toulouse, sur la toile, et n'importe où, dans l'obscurité des rencontres où s'écrivait l'Astrée.

Ces deux étoiles ont fait apparaître une autre étoile, celle d'Antoing, près de Tournai. Dans cette petite localité, dont le nom porte tant de lointains, nous courions à la recherche d'informations sur un tumulus. La hâte était extrême. Jean-Pierre Nizet et Fréderic Hossey avaient déjà la tête dans le tumulus. Ils nous pressaient. Moi, par derrière, j'étais effrayé par le nombre d'objets singuliers qu'Antoing déballait sous mes yeux. C'est ainsi que j'ai saisi à la hâte cette image : Astra-Reflex. Il y avait bien d'autres choses passionnantes à Antoing, mais Astra-Reflex s'est imposée. Ce nom porteur d'Astrée m'a accroché comme une branche dans ma course, et m'a contraint à la photo. Je n'ai pas réfléchi.. J'ai laissé se réfléchir la chose sans prononcer le nom. Le chantier d'Astrée entraîne ainsi au regard curieux ses travailleurs. Le désir est de l'oeil le dieu significatif.

De l'étoile des poubelles à l'Etoile de Tournai, depuis Toulouse où je voyais Astra-Reflex et prononçais le mot « étoile », s'est mis à sinuer, par mémoire et miroir, un vif chemin d'appels.

Un mail de Nizet m'amena alors une photographie qui me laissa pantois. On l'y voyait dressé, près d'un portrait officiel du président Bachar El Hassad. C'était une photo que nous avions prise, le samedi après-midi, au marché de Tour-et-Taxi, à Bruxelles, dans l'exposition syrienne, juste avant de nous enfoncer dans des souterrains. Je rêvais alors de Syrie, où un grand désir me presse, mais nullement d'étoiles. J'étais enchanté de rencontrer les parfums de l'Orient à Bruxelles, alors que nous cherchions l'entrée des souterrains de Tour-et-Taxi, mais je n'ai pas vu l'étoile, et Jean-Pierre ne l'a pas vue. Pourtant, sur la photo que nous avons prise, elle est une présence verte.

Cette étoile allume, dans le passé et le futur, les étoiles suivantes, nous faisant souvenir, revenir dès lors au voyage, voyager au voyage même, faisant tourner depuis l'Etoile, en notre ville de Toulouse et sur l'écran d'Astrée, nos têtes arrachées.

Nous sommes deux amis liés par des aventures d'or et de de foi, ce qui est même chose. Nous avons prononcé ensemble les étoiles. Par la toile et par nos bouches, elles se sont mises à briller de toutes les couleurs. Elles ont existé, Elles ont constitué un chemin dans notre voyage, notre mémoire, notre amitié, notre désir, un chemin analogue à celui que dressent les Pyrénées du cap Oulestreil à Saint Jacques de Compostelle. Or, ce chemin n'est pas inscrit par des siècles d'hommes dans des massifs, des noms de villages, des statues de saints, et des alignements de pierre. Il est futile. Ses étoiles sont des signes dérisoires de poubelles et d'écriteaux. Leur suaire est la photo, mais ces filles de mémoire et du feu dressent, comme aux vieilles montagnes, entre elles, par elles, depuis elles, le grand arbre de la nuit que nous avons, mieux qu'un drapeau, à déplier.

C'est, par échange, en les prononçant, qu'elles s'ordonnent à notre conscience. Or sans conscience, nous n'en aurions pas la science, et nous n'accéderions pas à cette gloire, peut-être unique, le poème.

Notre voyage, en son dernier soir, nous menait à la cave de la villa de la soeur de Jean-Pierre à Dottignies. Là, nous devions voir la source qui suintait du béton, et paraissait miraculeuse. Claudine lui rend un culte comme l'attestent les bougies placées au sol. Le mardi soir, après Tournai, dans cette nuit qui était sans lune, j'ai photographié le phénomène. J'ai fixé l'écoulement blanc, la concrétion de calcaire qui a la forme d'une Vierge, ou d'une Dame blanche telle qu'une rue voisine en porte le nom. La semaine suivante, en regardant la photo sur mon ordinateur j'ai constaté que le béton bleuâtre de la cave était comme constellé...

J'ai prononcé le mot étoiles. Le Grand arbre de la nuit s'est constitué.

Nous l'avons déplié.

Nous le déplions, ce grand arbre qui relie, tout en puissance, à travers l'ombre, et nous relie, comme nos organes à notre bouche qui prononce.

.

Ce grand arbre, nous ne le montrons pas, nous ne le voyons d'ailleurs pas. C'est le grand arbre de la nuit, qui est présence sans photographie. Il se met en poème par les étoiles prononcées.

Tel est l'inutile, futile, travail d'Astrée, ce labeur de roi Mage oublieux des royaumes assignés, et qui met en chantier, par le prononcé commun des étoiles, le grand arbre dont rêvent les anciens souverains pleins de songes, et que toute écriture, quand elle n'est pas pose, mais poème, comme une rose, subtilement déplie.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Chemin d'étoiles 18:03 dans Méthodes

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