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« Oculus »

jeudi, 4 mai 2006

Oculus

OCULUS : s.m. (Arch.) Petite ouverture de forme circulaire pratiquée dans un mur ou au sommet d'une coupole.

C'est tout ce que dit de l'oculus le trésor informatisé de la langue française.
Du reste les oculus pullulent, pour peu qu'on lève le nez : celui, ancien, qui s'ouvre à Rome tout en haut du Panthéon ; ceux, renaissants, qui montent comme des bulles le long de Santa Maria degli Miracoli, à Venise.
On le répute de décharge lorsqu'il soulage la muraille de quelques blocs en trop - une bouche d'égoût descellée est peut-être un oculus pratiqué dans l'asphalte pour soulager l'enfer.
Mentionnons encore, parce qu'on peut aussi le feindre, celui peint en trompe-l'oeil par Mantegna au plafond de la Chambre des Epoux, à Mantoue.

On pourrait s'arrêter là, et considérer, légèrement, que puisque l'oculus aère ou évide, sa nature immatérielle interdit qu'on s'y appesantisse davantage.
Nous proposons d'aller y voir de plus près : en d'autres termes, d'ouvrir l'oculus, et le bon.

Petite ouverture dont on dit peu, l'oculus est selon l'étymologie un trou dont la rondeur évoque vaguement un oeil.
Je dis vaguement, parce qu'à y regarder de plus près, la ressemblance est bancale : premièrement parce que ce qu'on voit d'un oeil - supposé droit dans son orbite - tient davantage de l'amande que du cercle ; deuxièmement parce que quand on l'examine, ce qui paraît d'un oculus est son rien, c'est-à-dire tout sauf un oeil qui ausculte.
Largement de quoi pour l'oculus y perdre son latin.

Mais enfin s'il est une constante à tous les oculus, c'est bien qu'on a du mal à les voir : soit trop hauts et trop ouverts au soleil pour qu'on puisse les regarder fixement ; soit rentrés dans une muraille aveugle leur bouche d'ombre ne nous dit rien qui vaille.
En somme, l'oculus, on regarde au travers - ou à travers lui l'édifice se relâche -, mais ce trou-là n'intéresse en rien la vue.

Or, ce que démontre par exemple le plafond de Mantegna, c'est qu'il y a peut-être bien des yeux, cachés au fond de l'oculus, qui regardent étrangement celui qui se tient dessous : n'imaginez pas, en somme, pouvoir observer ainsi qu'au peep-show à travers un trou sans que le trou lui-même vous regarde.

J'appelle donc les lecteurs et lectrices de l'Astrée à se rendre au plus tôt auprès d'un oculus, et négligemment se montrer au trou rond qui se fera, je n'en doute pas, bon regardeur.

Notons enfin qu'à l'exception de la plaque d'égoût, on passe très mal à travers un oculus : outre que quelques uns sont vitrés, et clos, la plupart du temps il n'y a pas grand'chose au-delà de l'oculus.
De sorte qu'il est plus facile de faire entrer un porte-avion à l'Elysée, que de faire passer un poète par le trou d'un oculus.

Denis Favennec | Voir l'article : Oculus 22:14 dans

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