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« Celui qui demeure dans le buisson »

dimanche, 10 septembre 2006

Celui qui demeure dans le buisson

L’homme qui m’a initié à la pénétration aveyronnaise me propose de questionner le buisson dans le texte biblique et d’en ouvrir les voies théologiques.

Travail difficile.

Réel jaillissant, librement multiple, le buisson nous conduit à des explorations exégétiques loin des dogmes et des formats catéchétiques. Il nous éveille mais peut aussi nous déchirer la peau.

Signe de malédiction dans la bouche de Job (Jb 31,40) et d’Esaïe (Es 7,22), châtiment dans le livre des Juges (Jg 8,7 et 16), le buisson épineux sera étonnamment présent dans de nombreuses théophanies.

C’est ici un enseignement biblique de niveau 1, Dieu pousse les hommes dans les cailloux, les genêts isolés, les fourrés, les arbustes serrés avant de se dévoiler à eux. Abraham Jacob, Moïse, Elie (1 Rois 19,4) vivront cette expérience libératrice.

Du bélier empêtré dans un roncier (Gn 22,13) à l’existence du Christ couronnée d’épines, Adonaï fait irruption dans les broussailles.

Dieu s’oppose au faux comme le buisson à l’idôle, comme le désolé au surpeuplé, comme la ronce au lisse, comme le vif au tiède. Dieu se rencontre non pas sur des circuits, mais en des lieux qui exigent le courage de l’écart. Le buisson dit toujours cet écart.

Une théologie du buisson défend aussi l’idée que l’accès au Vivant se vit non pas dans l’immensité des choses mais dans le prétendu insignifiant, le petit, l’isolé, l’éclat, l’épine, la lettre hébraïque.

  Et Moïse conduisait les moutons de Yitro, son beau-père prêtre de Midian, et il a emmené les moutons par derrière le désert et il est venu vers la montagne de Dieu, vers l’Horeb.

Et l’ange d’Adonaï vers lui s’est fait voir dans une flamme de feu du milieu du buisson. Et il a vu et voilà le buisson brûle dans le feu et le buisson ne se consume pas. Et Moïse a dit je vais faire un détour et je verrai cette grande chose à voir : pourquoi le buisson ne brûlera pas.

Et Adonaï a vu qu’il a fait un détour pour voir. Et Dieu l’a appelé du milieu du buisson et il a dit Moïse, Moïse… . Exode 3, 1-4.

Le mot hébreu qui dit ici le buisson est seneh1 construit avec les trois lettres hébraïques : samech, nun, hé.

Ce mot n’apparaîtra qu’à six reprises dans toute la Bible.

Cinq fois au chapitre 3 du livre de l’Exode et une fois dans le livre du Deutéronome avec une bénédiction qui renforce le lien avec Exode 3 :  Que l’amour du Dieu qui demeure dans le buisson se répande sur la tribu de Joseph . Dt 33,16 2.

Le mot est mystérieux, il n’a donné en hébreu aucun dérivé. Sa racine reste ignorée même si des exégètes le rapprocheront de l’assyrien sinû qui signifie ronce.

Son inaccessibilité, sa rareté et son homophonie avec la montagne du Sinaï, lieu par excellence de la théophanie dans l’ancien Israël, sont les preuves pour les rabbins de la sainteté du mot seneh.

Et il a vu et voilà le buisson brûle dans le feu et le buisson ne se consume pas.

Ce paradoxe est l’expression même de toute révélation, un hors savoir. Dieu se révèle à l’homme comme l’inconnaissable, sa manifestation incandescente résiste à toutes nos pénétrations conceptuelles.

Selon Rabbi Eliezer, le paradoxe autorise cependant deux ouvertures théologiques : Adonaï a choisi un buisson d’épines comme lieu de sa manifestation parce qu’il est le plus humble des arbres et Adonaï est présent dans une flamme qui ne dévore pas.

Les rabbins dans leur grande majorité préféreront se taire d’autant que Moïse, lui-même, restera très discret. Jamais, il ne reparlera de l’événement sauf avant de mourir où il prononcera la bénédiction (Dt 33,16) qui fait mémoire de Celui qui demeure dans le buisson. Le verbe demeurer rendu par le participe shakan nous fait entendre ici le buisson comme le lieu permanent de la présence de Dieu.

Avant de mourir, Moïse nous laisse cet enseignement de niveau 6 : le buisson ouvre de toute éternité au tout.

Ensuite, c’est le silence. Il ne sera plus question dans la Bible de la théophanie du buisson en flammes. Le tétragramme, nom indicible et fruit du buisson, explique peut-être cette volonté de se taire et de ne pas commenter.

Seules les paroles du Christ nous conduiront à nouveau vers l’Horeb.

Pour ce qui est des morts qui reviennent à la vie, n’avez-vous jamais lu dans le livre de Moïse le passage qui parle du buisson en flammes ? On y lit que Dieu dit à Moïse : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.

Dieu, ajouta Jésus, est le Dieu des vivants, et non des morts.  Marc 12,26-27

Jean-Pierre Nizet.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Celui qui demeure dans le buisson 22:05 dans Théologie

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