accueil présentation contact portfolio ultraprivé mail
L'Astrée L'Astrée événements présentation portfolio Guallino

« La Pénétration aveyronnaise »

jeudi, 7 septembre 2006

La Pénétration aveyronnaise

La Pénétration aveyronnaise – parfois nommée aveyronning – ne se limite pas au seul territoire de l'Aveyron. Elle peut se pratiquer – et s'est pratiquée – dans l'Aude, la Lozère, l'Irlande, la Chine, le Québec, l'Espagne, ou le Guatemala... Ses solides vertus n'en sont pas diminuées. Tout pays lui convient dès lors qu'il possède une géographie appropriée.

La Pénétration aveyronnaise récuse tout moyen mécanique. Le corps humain, légèrement équipé, lui suffit. Pas de combinaison, ou de harnais. Pas de casques. On peut, cependant, employer une machette, un couteau ou un marteau de géologue.

La Pénétration aveyronnaise n'est pas un sport. Cela doit être constamment rappelé. Elle ne vise pas l'amélioration du corps, la performance, les médailles. Elle ne se prétend pas davantage un art, et une finalité sans fin. C'est une activité brouillonne, parfois laide, au service d'un projet.

La pratiquer dans un esprit sportif, ou pour l'art, est regrettable. Par bonheur, pour elle, il n'existe pas de professeur, de moniteur, ou de fédérations. Aucune installation, aucun stade, aucun vestiaire, et, bien entendu, aucune subvention. Manquent aussi les assurances, les licences, les festivals. Difficile de tirer vanité d'une Pénétration aveyronnaise, pratique peu chic, dont on se tire moulu, griffé, sale, et, souvent, pour rien.

Il n'existe pas de nom pour désigner ceux qui la pratiquent parfois. Cette absence fait sentir ce qui l'éloigne du football et des footballeurs, du hockey et des hockeyeurs, des arts plastiques et des plasticiens. Pratiquer la Pénétration aveyronnaise ne réduit pas à une étiquette. On demeure un homme brouillon, lointain, adjectif, innommable. On se persiste clandestin.

La Pénétration aveyronnaise exige des buissons, épineux ou pas, serrés à fortement serrés, couvrant un territoire. Il s'agit de s'y enfoncer, sans gratuité ni masochisme, puisque toujours avec un projet comme trouver une grotte, atteindre un rocher, un dolmen perdu, une source, une vieille mine. Le Sud Aveyron, pays de buis bruissants, avec ses petits causses, ses vallées encaissées, ses gorges, ses barthas, sa friboule, ses yeuses, ses ronces, fournit maints lieux adéquats. Les paysages des Raspes du Tarn lui sont particulièrement favorables. Les Cévennes, la Montagne noire, les Corbières, ou les Pyrénnées fournissent aussi de bons biotopes

Pour clarifier les idées, mais sans envisager une hiérarchie de valeurs, voici une typologie, telle que la reconnaissent, de manière flottante, ceux qui vont de l'avant dans les buissons :

Niveau 0 : plaine nue ouverte. On est entièrement pénétré par le vent.

Niveau 1 : des buissons serrés sur terrain plat.

Niveau 2 : buissons très serrés, piquants, plateau.

Niveau 3 : buissons très serrés. Pentes.

Niveau 4 : buissons très serrés, urticants. Beaucoup de ronces. Pentes. Progression à quatre pattes fréquente.

Niveau 5 : roncier épais. Forte pente. Reptation.

Niveau 6 : tout le reste, et des scorpions, des serpents, des guêpes.

Lorsqu'une petite équipe (le petit nombre est nécessaire au vivre vif) repère un objet dont l'atteinte peut exiger Pénétration aveyronnaise, il s'y risque. Certains progressent et prospectent en avant. Si bon leur semble, ils crient. Il font des signes. Ils peuvent tenter de qualifier la difficulté en lançant par exemple : Pénétration aveyronnaise, niveau 4. Ceux qui les suivent constatent que tant que leurs amis crient, ils ne sont pas morts. Cela les met en joie, et ils s'enfoncent à leur tour acceptant joyeusement de blesser leurs jambes. Aucune course n'est engagée. Chacun s'éprouve dans la progression, et vise à passer. Personne ne se piétine. On ne casse que quelques branches. C'est ainsi que s'aventure volontiers l'équipe d'Astrée, joyeuse dans ses quêtes, multipliant dans tous ses corps les contacts au monde, vivant dans ses peaux les présences réelles, s'y déchirant de mille épines, toujours pensant à Pinel, dont la Place et le Kiosque, n'exigent, tant ils sont vides, rien de tel.

La Pénétration aveyronnaise est une expérience des buissons.

On n'en finirait pas de parler des buissons. On n'en finira pas. Le buisson est modeste, et interminable. C'est un fractal. Le théologien Jean-Pierre Nizet, dans quelque temps, sur l'Astrée, nous en dira long. Jamais assez. Le buisson ne conclut pas.

Rappelons seulement que les buissons ne sont pas les prairies, ou le désert, et, surtout, qu'ils ne sont pas les forêts. Ils ne nourissent pas les vaches. Ils n'attirent apparemment pas les théologies verticales. Ils n'ont pas de majesté. Les grands animaux terribles ne les hantent pas. Le Petit Poucet et le Petit Chaperon rouge ne s'y croisent pas.

Les buissons sont médiocres. Proses sans roses, ils ne produisent rien. On s'y déchire. Ils gênent. Ils ne sont même pas beaux. Leur existence est un scandale. Ils sont de trop, et même plus que l'homme, dont ils sont, le plus souvent, les fils. D'un autre point de vue, ils manquent d'être. Pauvres, rabougris, ils n'ont pas l'élégance du roseau.

Ils attirent néammoins. Qui ne désire l'école buissonnière ? Contre la clarté des maîtres et des docteurs, les buissons sans avenir tissent d'ignobles aventures avec sexe et nids d'oiseaux. Les maîtres et l'Etat ne les aiment pas. On y résiste, même à soi. On s'y perd un peu, jamais complètement, comme il se voit dans Astérix en Corse. Ils sont un texte ardu, pas clair, résistant, blessant, volontiers urticant, qui chasse les anges trop simples avec leurs ailes, dérange, sont des diables, nous font touffus, tout fous. Ils sont incompréhensibles. Ce sont imprécisément des poèmes, des illuminations.

C'est bien d'un buisson ardent que jaillit la Parole. « Moïse regarda : et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point ». Si les maîtres n'aiment pas le buisson, Dieu s'y plaît. Dieu et maîtres n'ont pas même goût. Tout là s'indique.

Il faut écouter ce touffu par son corps ébloui, s'y enfoncer, s'aventurer par lui, avec lui, et en lui. Tout buisson est un texte sexe, issue d'exil.

Tout texte, un peu réel, est un buisson ardent.

L'aventurier, théologien rieur, s'y enfonce, marche en lui vers quelque pierre promise, jaillit. Il faut se faire ours dans les buissons pour devenir, parmi le ciel, chariot d'étoiles.

Comme le dit Winnie the pooh à la septième minute de la première cassette de ses prodigieuses aventures, Il faut sortir du buisson. Certains diront : we have to go out of Bush !

Pénétrons, puis lançons nous, coeurs vifs et mollets saignants, vers les issues réelles.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La Pénétration aveyronnaise 23:21 dans Méthodes

Cet article est incommenté. (le commenter ?)

Ici, vous pouvez écrire un nouveau commentaire...

Merci de votre inscription, . Vous pouvez maintenant écrire votre commentaire. (déconnexion)

Ces informations :


Quelques commentaires sur les commentaires

Les adresses e-mails ne sont jamais affichées sur le site.

Les passages à la ligne et sauts de paragraphes sont automatiquement convertis — inutile d'utiliser les tags <p> ou <br/>. De même, les accents, la ponctuation, les apostrophes, etc... sont automatiquement convertis en code HTML.

Créez des liens en utilisant la balise HTML standard <a href="http://mon.url.ici"></a>. Les balises HTML suivantes peuvent être utilisées strong, em, cite, code. Les autres seront détruites.

Site d'Emmanuel Riboulet-Deyris (contact) | MT 3.16 | XHTML 1.0 | CSS
Ce site, hébergé par le très agréable Lost-Oasis, est sous licence Creative Commons.
Syndication : flux RSS 1.0 RSS 2.0 | flux de commentaires XML | Atom XML | L'Astrée remercie Patrick Guallino.