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« L'or de Toulouse »

jeudi, 14 septembre 2006

L'or de Toulouse

Il ne faut pas toujours se contenter de métaphores.

Témoin, l'or...

André Breton affirme sur sa tombe : Je cherche l'or du temps. N'en déplaise au grand mort, l'or sauvage des rivières, si réel, procure, par aventures, parfois, poème plus vif. Lorsque le corps s'engage au monde, la rencontre a chance d'être. Lorsque les mains font tourner la batée, lorsque les yeux aperçoivent la paillette au bout du résidu de sable, lorsque les pieds sont enfoncés dans la rivière avec les poissons, ce n'est pas parole, mais acte et peau. Le rêve se mêle avec la chair, toujours tirant sens neuf. Or, Breton dedans sa tombe, s'il parle par métaphore, c'est peut-être qu'il est hors vie, et que les mots tournent mieux sur fond de mort. Il porte deuil du corps sensible. C'est ce retrait, hélas, qui fascine trop.

Cela ne signifie qu'il faille abandonner l'imaginaire, se consacrer à l'expérience dont on louerait l'éclat seul. Vive, au contraire, par l'eau qu'on traie, en toute contrée, la métaphore ! L'imaginaire donne corps au réel. C'est par le sens rêvé, flottant, hasardé que les choses, pour nous, se font sensibles et senties. C'est le rêve, certes absurde, qui leur procure chair. Témoins Eros, les roses et l'or.

Témoin l'or de Toulouse, tel qu'il nous est apparu samedi 9 septembre à Jean-Pierre Nizet et à moi.

Ce jour là, nous avions décidé d'essayer nos batées à quelques kilomètres de Toulouse, dans la rivière Ariège, près d'un magasin remarquable par l'ennui particulier qu'il suscite : la CAMIF. Il faisait chaud. la rivière était chaude. Nous avions besoin de nous retouver et d'agir ensemble, nous que la théologie pratique n'arrive pas toujours à rassembler suffisamment. Il y avait à Toulouse un grand concert consacré à Nougaro, qu'il fallait fuir évidemment. L'homo festivus nous fait peur.

Vincent Taillandier avait un jour repéré un endroit excellent pour l'or, là où d'ordinaire des gens se baignent, ou pêchent, laissant parfois traîner des ordures. Un paradis pour pauvres loin des aqualands et de la culture. L'eau était chaude. Il y avait d'énormes figues sur des figuiers voisins. Quand nous sommes arrivés, nous étions seuls. La rivière était notre confidente. Nous avons plongé nos corps dans ses remous.

Après quelques coups de pioche sur la berge, nous avons extrait le sable nécessaire à nos batées. Nos mains on fait tourner ce sable, tandis que nos culs, posés sur un rocher de la rivière, jouissaient de l'eau. Nous croyions être en paradis.

Dès les premières batées, l'or est apparu. Des points d'abord, puis des petites plaques merveilleuses. Jamais nous n'avions rencontré tant d'or au cours de nos recherches. Les petits morceaux de métal étincelant tournaient dans la lumière et plongeaient au fond de nos éprouvettes. Nous criions quand nous trouvions des éclats gros. Au plus énorme (presque deux millimètres), Nizet me traita de salopard. L'or était là, multiple, sauvage, et l'Ariège chantait sans orages son passage.

De jeunes couples se sont installés sur la berge. Femmes belles, et leurs mâles. Parfois de petits enfants. Tous offerts au soleil. Tous retirés dans leurs pensées tandis que nous fouillions le sable, et poussions des cris.

Une femme aux seins nus a cependant voulu voir. Mais ce n'était pas une Danaé, ou nous n'étions pas des Jupiter. Elle n'a pas écarté les cuisses. Son copain qui n'était pas loin a constaté qu'il fallait de la patience pour trouver de l'or. Rien n'ébranlait ces sages. Mais nous, nous étions fous. Nous creusions.

Au bout de quelques heures, Jean-Pierre, las de piocher et de se pencher sur la batée, s'est aventuré dans la rivière. Il voulait explorer les trous dans les bed rocks, en tirer du sable, le fouiller.

Nous savions que, de cette manière, il y avait très peu de chances en ce lieu de trouver de l'or. Le courant y entraîne trop vite les particules. Il faut pour les tenir des racines, des abris, des replis de berge.

Mais Jean-Pierre plongea sa main, et tout son corps dans la rivière. Nous rigolions. Peut-être trouverait-il quelque pièce romaine, ou gauloise. Peut-être l'or de Toulouse, arraché par les Volsques, à Delphes...

Il a plongé sa main. Il a remonté sa main pleine de sable. Il a hurlé.

Il avait trouvé une bague en or.Une grosse chevalière d'homme. Il me la montrait. Nous la montrions à la femme aux seins nus, qui ne rêvait toujours pas, qui n'écartait toujours pas les cuisses. Sur la chevalière, il y avait ces deux lettres gravées : M N . Nous ne comprenions pas. Nous entendrons un jour.

La chevalière pesait peut-être dix grammes.

Nous avions trouvé en quelques heures plus d'or dans une rivière que n'en ont jamais trouvé la plupart des orpailleurs en France.

Nous l'avons trouvé dans la zone même où l'or de Toulouse était extrait par Les Volsques, ou peut-être le général Caepio l'avait dérobé, près des marais où les Wisigoths l'auraient précipité... Nous l'avions trouvé dans la légende. Il était là, entre nos doigts, autour de nos doigts, et les grandes paillettes tournaient dans nos éprouvettes de verre.

Le désir avair fait jaillir l'or réel. Nous mangions des figues. Les filles du bord de la rivière nous regardaient d'un oeil neutre. Nos corps amicaux, donc nos coeurs, s'étaient rencontrés dans la rivière par l'or mêlé désormais au soleil.

Jean-Pierre, pour son mariage, avait fait fondre l'or sauvage que nous avions trouvé ensemble, à Sainte Croix Vallée Française, dans les Cévennes, avec l'or industriel des alliances. L'Ariège lui révélait une autre bague, avec les lettres, si étranges, M et N. Comme un AMEN sans les voyelles.

Au début de notre recherche, alors que nous arrivions, nous manquions de fruits pour notre dessert, et nous avons trouvé des figues sur le chemin. Nous manquions d'or et nous avons trouvé plus d'or que nous n'en désirions. Nous avons écouté notre manque et nous l'avons aventuré dans une prière physique à la rivière. Le poème n'est pas pure parole, réseau léger de métaphores. Il est trempé de l'or réel par plongée des corps au sol riche de nos berges.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : L'or de Toulouse 20:35 dans Méthodes , Théologie

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