« Pénétration armoricaine »
vendredi, 27 octobre 2006
Pénétration armoricaine
Pour ceux, nombreux, qui vivraient encore dans l'ignorance, dévoilons les faits : la pénétration armoricaine a été inventée par Emmanuel Riboulet-Deyris le soir du 21 octobre 2006 à Saint-Michel-en Grève (22).
Cette forme de pénétration, qui possède sur l'aveyronnaise l'immense avantage d'épargner à ses praticiens épines, déchirures et contorsions, se pratique de la manière suivante : un sujet dit pénétrant ouvre sans préavis une porte aussi quelconque que les circonstances le permettent, et demande hautement et calmement où se trouve la sortie.
S'ils existent, les occupants de l'espace situé de l'autre côté de la porte (parfois appelés pénétrés) n'ont alors que très peu de temps pour réagir : à peine sa demande formulée, le pénétrant referme en effet la porte derrière lui, plongeant les pénétrés dans l'angoisse : si un pénétrant prend la peine d'entrer pour demander la sortie, c'est que la question vaut d'être posée, et que l'issue n'est pas où l'on croit.
Imparablement, le doute taraude le pénétré, qui ne sait plus s'il se trouve à l'intérieur, à l'extérieur, ou, plus subtilement, à l'intérieur de l'extérieur, ou même, comme dans une bouteille de Klein, à l'extérieur de l'intérieur. Ce qui fait que le pénétré devient derechef le pénétrant de son pénétrateur, et que tel est pénétrant qui se repentait d'être pénétré.
Propriété remarquable, qui la distingue radicalement de l'aveyronnaise, la pénétration armoricaine peut avoir lieu sans franchissement apparent : sa fin dernière est en effet, via l'apparition/disparition du pénétrant aux yeux du pénétré, une inversion du contenant et du contenu de la pénétration - et non la traversée d'un obstacle réel.
Le pénétrant pourra réclamer, par exemple, à un pénétré quelconque le tarif du menu enfant, qui n'est pas affiché . Ce n'est qu'après avoir constaté la prompte disparition du pénétrant que le pénétré comprendra, mais un peu tard, la nature de cette opération.
Ou, à la tombée de la nuit, devant la porte d'une église close et vide, le pénétrant exigera qu' on le laisse entrer (ou sortir, c'est la même chose) parce qu'il dispose de billets pré-payés.
Une variante notable consiste à ramper sous quelques vagues cailloux en un certain ordre assemblés, et à s'écrier une cupule ! une cupule ! mon dolmen pour une cupule ! (Les spécialistes s'acccordent cependant à reconnaître dans cette opération une forme dégénérée de l'aveyronnaise, dans la mesure où la reptation dolménique laisse des traces.)
On s'interrogera, je l'espère, sur la réalité d'un événement sans relique. Comment d'ailleurs juger du succès d'une pénétration d'où pénétrant et pénétré ressortent intacts quoiqu'échangés ? Pour couper court, les experts s'accordent à reconnaître la pénétration armoricaine d'autant plus réussie qu'elle demeure indétectable à leurs yeux.
Universellement praticable, insensible mais non sans effet, convenable aux plus grandes villes aussi bien qu'aux déserts les plus arides, la pénétration armoricaine possède quelques lieux de prédilection : hôtels, cloîtres, propriétés privées ou publiques, alcôves, balcons, calvaires, allées couvertes et crêperies, elle arpente inlassablement l'espace breton afin d'inverser dedans et dehors, contenant et contenu, Armorique et Aveyron, intérieur et extérieur. Subtile et stylée comme les mouvements de son inventeur, elle immerge le pénétré dans un doute bienfaisant, et promet au pénétrant le bonheur d'une sortie perpétuelle d'un monde réduit à l'enfermer dehors.
Denis Favennec |
14:27 dans
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