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« Le troisième infini : Grandgousier contre Pascal »

vendredi, 3 novembre 2006

Le troisième infini : Grandgousier contre Pascal

Le premier infini est un infini de grandeur. Le second un infini de petitesse. Blaise Pascal ne s'y attarde guère, car se sont, pour lui, deux points de vue sur nous.

Du premier infini, la terre où nous sommes apparaît comme un point.

Du second, elle paraît comme un tout dont les parties sont innombrables.

Dans les deux cas, imaginer l'infini saisit. Notre imagination de nous est ébranlée. Nous sommes arrachés : Nous brûlons du désir de trouver une assiette ferme, et une dernière base constante pour y édifier une tour qui s'élève à l'infini, mais tout notre fondement craque et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes.

Lorsque Gargamelle, après avoir mangé force tripes, s'apprêtait à enfanter Gargantua, le fondement lui escappait. Mais ce n'était pas bien grave, sauf qu'elle mourut, car cette chiée abondante témoignait des puissants flux dont participait le naissant Gargantua. Fallait bien que ça coulât pour qu'il naquît ! Le fondement devait escapper à sa mère, car c'est vie, car c'est mort, car c'est vie. A boyre ! A boyre ! A boyre !

Blaise Pascal suppose un esprit lecteur qui ne voudrait pas que son fondement lui escappe. Il parie sur l'existence peureuse de ce lecteur bâtisseur. Par le miroir d'imagination des deux infinis, il lui fait voir qu'il ne trouve plus assiette ferme pour édifier une tour qui s'élève à l'infini. Plus de verticalité tranquille possible. Plus de Babel. L'homme, soumis au mal de mer, s'il veut poursuivre son enteprise, une base solide doit être découverte...

Grandgousier, quant à lui, voyant que le fondement escappe à Gargamelle, admet ce mal de mère, s'en plaint, s'accuse, parle, boit, puis se rigole, finalement pleure, quand elle apprend sa mort, puis se rigole, et boit encore, ouvert qu'il est aux flux du monde. Après quoi, loin de se désespérer, et de vouloir construire une tour qui s'élève à l'infini, il poursuit son travail de gouvernement, et entreprend d'éduquer son fils, qui est tout, quoique grand, sauf une tour.

Blaise Pascal l'aurait-il ébranlé en lui parlant de ses infinis ? On peut en douter.

Qu'aurait argué Grandgousier ?

Cher Blaise,

Le fondement vous escappe !

Vos infinis sont verticaux. Vous voulez m'arracher à la vue des objets bas qui m'environnent pour atteindre au firmament. Puis vous me proposez un abîme nouveau. Vous me perdez dans la multiplication des choses infimes contenues dans la moindre partie du monde. Je dois monter au ciel puis descendre. Du coup, mon horizontalité particulière me paraîtra peu sûre. Je voguerai sur un milieu vaste, toujours incertain et flottant, poussé d'un bout vers l'autre. Oh ! Oh ! Vous galéjez. Je bois et je me rigole avec les autres.

Notez que vous jouez habilement en la langue du vertical et de l'horizontal, passant des nombres à la physique, mêlant par métaphore, et glissement progressif du plaisir de vous écouter, les choses et les quantités. Mais la conscience de vos infinis ne rend pas ma navigation périlleuse. Elle me ferait seulement perdre pied sur l'échelle où vous désirez me poster.

Là, en effet, j'aurais peur, comme votre philosophe qui fait de la planche. Mais je ne vis pas sur une échelle. Loin d'être un ange, je fais la bête à deux dos, et quand je navigue, ou pénètre des buissons, ou Gargamelle, ou que je jure, ou que je bois, ou que je rigole, c'est d'un autre infini qu'il s'agit pour moi, et peut-être pour vous. Ce troisième infini n'est pas de grandeur ou de petitesse, mais d'actes. J'en jouis.

Monsieur Pascal, j'ai La Fontaine en ligne. A lui.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Le troisième infini : Grandgousier contre Pascal 18:23 dans Littérature

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