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« L'Evangile du tombeau »

mercredi, 8 novembre 2006

L'Evangile du tombeau

Le kiosque de la Place Marius Pinel est-il un tombeau ?

Selon monsieur Martin, concierge dans un immeuble du boulevard d'Arcole, à Toulouse, cela ne fait aucun doute.

Monsieur Martin est une autorité. N'assure t-il pas que lors de l'enterrement d'un soldat, le cercueil s'est ouvert, et que le mort s'est redressé pour crier : Vive la France. Monsieur Martin sait tout de son immeuble, donc du monde. Il est capable de prédire le temps, mieux que la télévision, à partir des couleurs du ciel dans la cour, ou du bruissement des feuilles de l'arbre. Quand il affirme que le kiosque de la place Marius Pinel est un tombeau, on doit l'entendre.

Sébastien Lespinasse et moi avons découvert, l'automne dernier, un parapluie noir renversé sous le kiosque. N'est il pas imaginable qu'un cadavre – dont monsieur Martin ne prétend pas qu'il crierait vive la France – soit enterré sous le parapluie ? Ce serait beau.

Il y aurait dans la terre le cadavre, au dessus de lui le parapluie noir renversé, et au dessus le kiosque ou le son revient sur lui-même, le vide silencieux, et au dessus encore la kippa sur qui le son fait retour, puis le ciel.

Ce serait un beau tombeau. Ce serait satisfaisant pour l'esprit. Mais, selon nous, ce serait idolâtre.

On sait qu'existe une idolâtrie du cadavre, qui est peut-être la racine de toute idolâtrie. Beaucoup veulent conserver le cadavre, cette image, ce fétiche. Beaucoup en veulent. Beaucoup s'en repaissent, mais nous voulons risquer une hypothèse car nous ne croyons pas que monsieur Martin souhaite nous coincer dans cette idolâtrie, dont nos cimetières affichent les méfaits. Peut-être vise t-il, par jeu subtil, à nous libérer du cadavre, en le plaçant judicieusement dans le kiosque de la Place Marius Pinel,libération qu'il entreprend aussi par son édifiante histoire du cadavre criant Vive la France.... Ce cri n'épuise-t-il pas le cadavre-image dans le tremblé, ridicule, du redressé patriotique ? Monsieur Martin nous défait de notre fascination.

Le tombeau dont il parle pourrait bien être un tombeau vide, un tombeau exact, car un tombeau est plein, dans le meilleur (ou le pire) des cas, de vide. De plus, la place Pinel est le retournement anagrammatique du plein (place pleine). Ne pointe-t-elle pas au vide, par retournement dont le secret parapluie noir fait figure ? Ne faut-il donc pas renverser l'information que répand Monsieur Martin, personnage plus ésotérique que ne l'imaginent les aveugles qui passent devant sa loge ? Monsieur Martin postule un tombeau vide, et piège nos imaginaires, qui courent au cadavre. Il installe, en fait, l'absence de tout cadavre.

Dès lors s'éclaire le mouvement de parole interne au kiosque de la Place Pinel, mouvement que tous les enfants du quartier connaissent, puisqu'ils viennent à lui, après l'interruption des paroles professorales, toujours lourdement idolâtres, comme appelés par un Messie, pour y faire sonner leurs voix ?

Au kiosque de la Place Pinel, se pratique la formule de Maurice Blanchot, qu'on rencontre en La Part du feu : Parler, c'est s'appuyer à un tombeau vide.

Voilà bonne nouvelle. Par pierre qui roule et par le ventre de Marie, sans autre jeu de pine, que le verbe par Gabriel, l'Evangile procède d'un tombeau vide.

Le parapluie noir retourné de la Place Marius Pinel est un berceau, ou un navire, vers l'aventure du ciel.

Que ceux qui doutent se portent aux pages 130 et 131 des aventures de Winnie the Pooh par A A Milne (chez Methuen Children's Books). Ils entendront.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : L'Evangile du tombeau 18:47 dans Place Pinel

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