« Cardan sur la table II »
mercredi, 13 décembre 2006
Cardan sur la table II
Cyrano de Bergerac a menti.
Rien de grave. Dieu n'a pas interdit le mensonge... Saint Augustin le condamne, mais ce Saint n'est qu'un homme. Il n'entend pas ce divin vide au Décalogue, sa vertu d'être.
Sans mentir, serait-il humainement possible de vivre ? Le croyez vous, petits coquins ? Dieu nous aime, et nous aime vivants et libres. Il a tout prévu, donc pas tout prévu, et a ainsi rendu la vie possible, ce qui n'était pas gagné d'avance. Il a permis la littérature, Ulysse et Cyrano de Bergerac.
Merci Dieu.
- Ha, chers lecteurs de l'Astrée, plaide Cyrano du haut de son outre-tombe : ce n'est pas moi qui ai menti. C'est Je. C'est mon héros.
- D'accord, Cyrano; Nous ne voulions pas déranger les morts. Rétablissons la vérité : c'est le « je » créé par Cyrano qui a menti. Or ce « je », c'est Dyrcona. Le tour est joué. Tout le monde est content (sauf Saint Augustin, sa bande, et, peut-être, l'Inspection générale (mais elle n'existe pas (sauf ici))).
Dyrcona a menti, mais sur peu, si peu. Cela ne vaudrait presque pas la peine d'en parler. Non, il n'a pas pas menti sur sa promenade avec ses quatre amis sous la Lune, Il n'a pas menti sur son retour chez lui, et sur le livre de Cardan qui est apparu dessus sa table. Il n'a pas menti sur l'élan que lui a procuré ce livre ouvert vers l'aventure de la Lune. Ces faits sont étranges, mais pas davantage que la découverte, par Sébastien Lespinasse et moi d'un livre traitant du Xingyang dans une poubelle, ou même d'un Science-et-Vie qui parlait de Alexandre Grotendieck dans une autre poubelle, ce qui a mené une équipe d'Astrée sur les chemins du génie retiré ? Non, Dyrcona n'a pas menti sur la coïncidence, qu'elle soit miracle ou accident, et il n'a surtout pas menti sur les hypothèses qu'il distingue.
Ceux qui se fondent en l'inexistence de Dyrcona pour l'accuser de mensonge se leurrent. Ils raisonnent en Descartes retournés : Durcano n'est pas, donc il ment. Pauvres gens ! Le doute légitime sur l'existence de Dyrcona n'en fait pas un menteur. D'ailleurs, il n'aurait pas l'air d'exister sans le récit qu'il fait. Et qu'est-ce qu'exister sinon avoir cet air ? Et quelles preuves contradictoires avancer ? Trêve donc aux mauvais, toujours mauvais, Sherlock Holmes. Leur vérité tue par prison. Or Dyrcona s'aventure, aventure, monte à la Lune.
Il ment cependant sur un point.
Ou plutôt sur un livre. Dyrcona ment sur le livre de Cardan.
Gerolamo Cardano a bien existé. Dans son fameux De Subtilitate, il y a bien un dix-neuvième chapitre qui traite des anges. Dans ce chapitre il y a bien des anges qui parlent. Sur tout cela Dyrcona ne ment pas. C'est vérifiable.
Or il ment sur deux points.
Sur deux, dont l'un est justement le deux.
Mentir, c'est dire une chose dont nous pouvons aisément démontrer la fausseté.
A ) Ce n'est pas Cardan qui a vu entendu les anges, c'est son père. Exit papa de Cardan pour Dyrcona.
B ) Il n'y avait deux anges mais sept devant le papa de Cardan.
Voilà ce que dit Cardan en son chapitre dix-neuf, et que garantit encore Jacques Prévot, dont le nom ne peut mentir, dans ses notes des éditions Folio et de la Pléiade. A moins que Cardan ne soit pas tout a fait Cardan, et que tout y tourne... Et si.. et si... Mais pourquoi pas ? Un vrai faux Cardan ? Why not ? Gardons ce double en réserve. Il peut servir.
Tenons nous en, pour l'heure, au Cardan de rang un. Avec lui, par lui, en lui, Dyrcona ment. Pourquoi ce mensonge qu'on peut dire de Cyrano ? A vrai dire, sur ce point, qui est deux, rien n'est sûr, tout est mouvant... Pourquoi, en la fiction, cet étrange mensonge, ce double petit écart de double double ?
Nous le verrons grâce à Dieu.
Non, car nous errons en parlant du pourquoi. Fausse route au départ.
Le mensonge comme la rose est essentiellement sans pourquoi. Il fleurit parce qu'il fleurit. Cela n'interdit pas d'en penser quelque chose...
A suivre
Yves Le Pestipon |
21:30 dans
Littérature
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