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« La terre, un moment »

samedi, 23 décembre 2006

La terre, un moment

La terre trouble quand on y songe.

L'Astrée se trouve à ce trouble.

Or, ce trouble quant à la terre, s'il n'est pas une pétition de principe, il emporte les édifices.... Le maréchal Pétain n'est plus possible. Adieu plancher des vaches ! Adieu valeurs fondées en la terre qui ne ment pas. Pas de fondement. L'Astrée est un léger parapluie renversé, où s'embarque la parole.... Tel le kiosque de la place Pinel...

Nous y voilà.

Des équipes d'Astrée emportent avec zèle la terre de la place Pinel en divers lieux du monde. Elles la recueillent, la font voyager avec respect, et l'installent selon leur goût, dans les dunes du Xingyang, à la pointe de l'ïle Saint Louis, dans les dolmens d'Estremadure, au Vatican, au large de l'Ile du Prince Edouard, à Brandon Point, ou sur un cochon noirâtre du London Zoo... . Ces pinélisations multiplient la place Pinel par distribution rituelle de la terre.

Une question se pose : qu'est-ce que la terre de la Place Pinel ?

Ne parlons pas de ses vertus ou de l'efficacité des rites. En parler serait aussi vain, pour l'heure, que discuter la force de l'hostie. Nous prêterons oreille, plus tard, s'il nous plaît, aux ricanements de Voltaire.

Qu'est-ce que la terre de la place Pinel ?

Apparemment, c'est la terre récoltée place Pinel. Là, dans ce carré délimité par des rangs de villas, toute terre est terre de la place Pinel. Il suffit d'en recueillir quelque partie pour en avoir un échantillon. La nature de la terre dépend donc de son lieu. Un droit du sol fonde son nom.

Les équipes d'Astrée partagent cette philosophie : elles garantissent la nature pinélienne de la terre par l'emplacement de son extraction.

Cependant, lors des travaux de construction de la nouvelle aire de jeux, la Ville de Toulouse a procédé à un apport de terre place Pinel. Cette entreprise visait à protéger les enfants des miasmes du terrain, ce dont les gravillons couvrant la primitive aire de jeux se montraient apparemment incapables. La Ville a édifié la nouvelle aire de jeux, à quelques pas de la première, en couvrant son sol d'une couche plastique verte, plus ou moins molle, barrant définitivement aux miasmes la voie des chairs d'enfants. Ce faisant, elle a dû arracher les gravillons, et les remplacer par une terre nouvelle destinée à accueillir la pelouse qui s'étale désormais en lieu et place de la primitive aire de jeux.

Cette terre nouvelle, brillamment engazonnée, est-elle de la terre de la place Pinel ?

La question se pose.

Si toute terre, place Pinel, est de la terre de la place Pinel, cette terre est de la terre de la place Pinel. Cependant, en ce cas, il suffit d'apporter place Pinel de la terre de quelque partie du monde pour immédiatement la transformer en terre de la place Pinel. Dès lors, toute terre de tout lieu est potentiellement une terre de la place Pinel, et la notion perd contenance.

Pour sauver l'identité de cette terre, il faudrait admettre qu'existe place Pinel de la terre qui n'est pas de la terre de la place Pinel. En ce cas, comment reconnaître la vraie terre de la place Pinel, la vraiment naturellement terre de la place Pinel, la ur terre ? En effet, si l'on peut politiquement affirmer que la terre de la pelouse située entre le kiosque et le boulodrome n'est pas de la terre de la place Pinel, puisque nous avons assisté aux travaux de la Ville, on peine à certifier qu'en tout autre lieu de la place d'autres apports de terre, modestes ou massifs, n'ont pas eu lieu.

D'ailleurs, à bien y songer, ces apports ne cessent pas. Les chiens, pour ne citer qu'eux, chient sans cesse. La réalisation de l'espace canin par la Ville ne les a pas empêchés, malgré le zèle dont témoigne cette initiative hygiénique, de conchier la place à leur fantaisie. Il demeure possible d'y mettre n'importe où pied sur crottes ! Or, ces crottes, dès que chiées, sont-elles pas déjà de la terre de la place Pinel, ou, du moins, en voie de l'être ? La bâtardise n'est-elle pas, plus même qu'en voie, en place ? D'autre part, les promeneurs qui ne craignent pas de venir place Pinel avec des souliers sales n'amènent-ils pas, certes involontaitement, mais continuellement, en cette place des parties d'autres terres, voire de la terre entière ? Si nous avons pu trouver, dans l'ancienne aire de jeux, grâce à un détecteur de métaux et en présence de Marie de Marcillac, une pièce de monnaie turque, rien n'assure qu'un peu de terre turque n'ait pas déjà envahi. Il n'est pas jusqu'au vent qui n'apporte du désert, certains jours, des sables rougeâtres qui se mêlent à la terre locale, la rendant suspecte.

Faut-il,donc revenir à une définition géographique, voire géométrique, de la terre de la place Pinel ? Doit-on soutenir que toute terre est terre de la place Pinel dès lors qu'elle est en place ? Nous le voudrions. Mais nous devrions alors en tirer toutes les conséquences. En effet, si toute terre passant place Pinel devient de la terre de la place Pinel, il faut admettre que la terre de la place Pinel, passant en n'importe quel autre lieu, devient immédiatement de la terre de cet autre lieu. Ainsi, la terre de la place Pinel mise en terre d'Irlande est immédiatement de la terre d'Irlande de sorte qu'il est impossible de photographier de la terre de la place Pinel en Irlande malgré les prétentions de la photographie. Il n'y aurait nulle part de terre de la place Pinel, hors justement place Pinel et toute terre, hors la place Pinel, serait potentiellement terre de la place Pinel, voire mémoire de la place Pinel. Ainsi la terre de la place Pinel finirait par être partout, sauf place Pinel, puisque toute terre aurait vocation à être de la place Pinel, sauf la terre de la place Pinel, tandis que cette terre là serait constamment au point de ne l'être plus. Or la vertu d'être a plus d'être que l'être, surtout quand ce dernier vire au néant... En somme, le monde est constamment en pinélisation tandis que la place Pinel, vivante partoute, et mourante en son lieu, est perpétuellement le lieu de la dépinélisation. Tout serait affaire de point et de perspective renversante. Tout serait effectivement affaire de temps. La place Pinel, malgré Mallarmé, ce serait le temps. La terre de la place Pinel serait un moment de la terre, et ce moment serait la parole.

Or si la terre est un moment, on n'est pas loin de penser qu'elle ment. Le trouble prend comme aux putains.

Maréchal nous voilà loin !

Disons que la terre est un effet du verbe.

Au commencement de la terre de la place Pinel était le verbe.

La terre d'Astrée, c'est le verbe.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La terre, un moment 21:29 dans L'époque , Place Pinel

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