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« La voie des Vénus Lascives II »

mercredi, 6 décembre 2006

La voie des Vénus Lascives II

A trois heures, les deux aventuriers apparaissaient devant la maison templière de Dandelion trust. Anne, dont le prénom leur évoquait la mère de Marie, les emmena, par un sentier, vers la grotte de la Magdeleine. C'était d'abord, dans une petite falaise, une double grille et des voiles. Un panneau annonçait un monument historique interdit au public. Anne ouvrit et pénétra dans la grotte où les photos étaient refusées. Son chien noir, du nom de Darius, resta devant l'entrée.

Les deux aventuriers passèrent le voile et les grilles. Ils virent immédiatement, sous la direction d'Anne, à droite de l'entrée un magnifique cheval gravé qui regardait vers l'extérieur. Cette image les bouleversa. Ce cheval semblait les attendre, tout attendre. A deux mètres au dessus des têtes humaines, son corps, en rond-de-bosse, montrait sa forme splendide. On ne pouvait que constater.

A quelques mètres vers l'intérieur, dans une zone que la lumière du jour atteignait encore, au bord de l'ombre ultime, Anne leur fit apparaître, avec sa lampe, les corps des deux femmes nues, dessinées comme des Matisse, et regardant plutôt vers l'entrée. Celle de droite appuyait sa tête sur son bras, et ses seins immenses pendaient. Celle de gauche, cuisses ouvertes, triangle pubien bien en évidence, étalait aux yeux son immense corps. Les deux aventuriers, sous la conduite d'Anne, étaient entrés dans un temple de la femme.

A gauche, sous les cuisses et le triangle pubien, un grand bison semblait regarder vers l'intérieur de la grotte. Des signes sur son corps portaient des traces de flèches, comme s'il avait été chassé.

Plus proche de l'entrée, sur la droite, Anne fit apparaître une autre petite femme gravée, récemment découverte. Anne faisait surgir les femmes. Au dessus de la gravure, les yeux d'un aventurier crurent reconnaître une tête et un corps de Lion.

Je le vois aussi, disait Anne, mais il n'est pas expertisé.

Personne alors dans la grotte ne pensait aux dents de Lion.

Anne montrait aux aventuriers des os fossiles et des dents dans les brèches de la paroi.

Les voilà donc dans le lieu, dont ils rêvaient, sans l'avoir imaginé possible. Partis de Toulouse au matin pour inaugurer leur canot gonflable, ils inspectaient avec Anne une des plus fascinantes grottes qu'ils connaissaient, et dont ils n'avaient jamais entendu parler. Les corps des Vénus lascives apparaissaient et disparaissaient au gré de la lumière. Sur l'autre rive, par delà l'Aveyron, qu'ils avaient traversé, était vraiment leur rêve.

L'un d'eux se rappelait ce vers de Gérard de Nerval : Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron. Il remplaçait l'Achéron par l'Aveyron, en contemplant ce qui semblait demeurer entre ces pierres des soupirs de la sainte et des cris de la fée.

Anne guida ses visiteurs dans d'autres grottes au dessus de l'entrée principale. Une main apparut. Un fauteuil de vision s'offrit aux fesses d'un des aventuriers. Il y eut aussi une croix, et un petit visage gravé... Les chauves-souris s'effarouchaient dans les salles. Anne ne disait que l'essentiel, avec charme, juste le nécessaire pour susciter encore davantage la présence du lieu. Visiblement, cette femme aimait venir se recueillir, là, seule, et méditer. Elle dévisageait interminablement les profondeurs de la falaise et de l'histoire. Elle en savourait le sacré.

Quand ils redescendirent vers la maison des templiers, elle voulut encore leur en montrer l'intérieur. Là, passée une porte voûtée, ils se trouvèrent dans l'ancien musée que les propriétaires du lieu avait constitué, pour faire quelques visites, et glaner des sous. Dandelion trust comptait réamménager le lieu pour y accueillir. Mais, ce musée, vide de tous ses objets, emportés par les propriétaires, et plongé dans l'ombre, montrait en désordre une tombe soudanaise reconstituée, un chat momifié récupéré dans les fondations d'une maison, une figuration des fresques de Pompéi, une installation faisant voir l'intérieur de la grotte, des présentoirs à objets archéologiques, le tout vidés de tout vestige, et pratiquement effondré... Les deux aventuriers se croyaient en paradis. Ils soutinrent à Anne que Dandelion trust devait garder ce musée tel quel puisqu'immensément supérieur à tous les musées archéologiques pleins et surtout aux musées d'art contemporain, et même aux cabinets de curiosités les plus riches en objets strictement ordonnés. La disparation de ses trésors en faisait la force. Leur désastre créait l'éclat. L'effondrement des présentoirs et le dérisoire des inscriptions garantissait la poésie. C'était une machine merveilleuse, dont Anne était la fée.

Devant ce musée se dressait une statue de Lion. Les deux aventuriers, pour l'heure, ne la remarquèrent pas.

Ils quittèrent les lieux après avoir longuement parlé avec Anne du pissenlit, le dandelion jaune, alors que le soleil commençait à finir. Ils ne savaient comment vivre en leur âme tant de grâces. Ils se répétaient combien ils avaient dû se rendre vers l'autre rive, par leur esquif, pour vivre au réel le rêve...

Quand ils virent, dans la soirée, sur internet, que la grotte de la Magdeleine des Albis existait bien pour des gens ordinairement graves, mais que la toile ne montrait que d'ignobles images de ces Vénus lascives, ils surent qu'il fallait taire hors les voies rares de lastrée leur secret de profonde terre.

Le dandelion par sa racine nourrit de loin leur aventure.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La voie des Vénus Lascives II 16:47 dans Coïncidences , Méthodes

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