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« Le mort en oranges vertes »

mardi, 5 décembre 2006

Le mort en oranges vertes

A la fin octobre 2006, deux spécialistes se sont rendus aux Alyscamps à Arles.

La journée était belle. Les anciens cimetières sont toujours désirables. L'Inspection générale elle-même travaille à rendre inévitable la culture antique. Les Alyscamps s'imposaient.

Les deux spécialistes ont abordé cet magnifique lieu par son entrée ordinaire. Ils se sont dirigés dans l'allée entre les sarcophages vers l'église romane ruinée. L'un d'eux aurait bien dérobé quelque chose, mais le seul bout de marbre intéressant se trouvait dans un ruisseau bourbeux. L'heure n'était pas au vol, et le temps ne suspendait rien.

Leur visite à peu près faite, revenant donc vers l'entrée, les deux spécialistes constatèrent la présence de la reproduction d'un tableau de Van Gogh, représentant les Alyscamps. Il fallait se rappeler que Van Gogh avait peint là, comme il a peint plus loin au notable espace Van Gogh. Il était nécessaire d'en être informé, et de vérifier, parmi les choses, invitées à s'effacer, leur preuve par l'art. Les deux spécialistes considérèrent cette reproduction infligée et échangèrent, en spécialistes, des considérations.

De grosses boules vertes, d'origine manifestement végétale apparaissaient également entre les sarcophages. Certaines étaient pourries. D'autre pas. Les prendre à la main pouvait dégoûter, tant ces sortes d'éponges semblaient douteuses de structures, mais ce contact s'avéra nécessaire aux spécialistes. Qu'était-ce ? D'où cela venait-il ? Quelle exotique nature avait chié là, sans Van Gogh, ces masses ?

A mesure que les deux spécialistes approchaient de la sortie, ils constataient la multiplication de ces boules, formant des amas plutôt ignobles entre les sarcophages. On aurait dit, mais en vert, en vraiment vivants, et en possiblement puants, car pourrissables, les boules vouées à l'éternel que Jean-Luc Parant multiplie pour les institutions qui le financent. On aurait dit aussi les cerveaux verts des crânes manquant à l'appel dans ce cimetière sans morts.

Les spécialistes jugèrent bon d'interroger la vendeuse de tickets qu'abritait une cabine voisine de la grille. Quelque parole les nourrirait, peut-être comme une manne, dans leur traversée des questions. Un visage formulerait l'histoire de ces boules. L'accent d'Arles envelopperait leur étrangeté végétale. Belle espérance, mais déçue, car tout était prévu.

Sans doute lassée par les questions sur les boules vertes, la vendeuse d'entrées, ou la société des vendeuses d'entrées, ou l'Inspection générale, avait collé sur une vitre une page internet qui expliquait : ces boules étaient des boules de Macluras, autrement dits orangers des Osages.

L'image d'Internet s'affichait à cent mètres du culturel Vangoghisé. La reproduction travaillait à ciel ouvert les magnifiques Alyscamps. Il fallait reprendre contenance. Photographier ne suffisait pas.

Un acte d'indien, vite !

Des oranges vertes des Maturas furent ramassées. Elles furent installées dans un sarcophage proche de l'entrée, et elles formèrent l'image d'un mort. Voici l'image de cette image en oranges vertes.

Ce mort est une protestation.

Il est un des aléas possibles qui maculent et maturent parfois en l'allée vive des Alyscamps. Il est oeuvre folle d'orange Osage, travail d'indien.

La vanité des sarcophages, le manque provoquant de reliques, l'impossibilité de dérober, l'invasion institutionnelle de l'art, et l'affichage internautique, rendaient nécessaire à Arles ce charlatan acte.

Quelques jours plus tard, un des spécialistes, visitant avec encore un autre spécialiste, le village de Montréal dans le Gers, rencontra un autre sarcophage, dans la rue contre l'église. Il y avait là un vrai squelette sous une vitre vite ouverte. Le nouveau spécialiste proposa de dérober le crâne, mais une vieille dame, passant par là, rendit le vol difficile, et l'éthique, comme le bon goût, l'interdisirent, le rendant plus désirable encore.

Les deux spécialistes photographièrent ce vrai squelette de Montréal, comme l'avait été, à Arles, le faux mort en vraies oranges vertes.

Ainsi l'Art par boules, comme à la pétanque, lance ses coups qui ne sont pas toujours de dés, et le retournement des vanités laboure à vif la mort trop bien installée.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Le mort en oranges vertes 16:56 dans Méthodes

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