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« Tombeau de Jean Bennassar »

mercredi, 27 décembre 2006

Tombeau de Jean Bennassar

Cet homme a lancé son corps en mort le 11 novembre 1979.

Le train était un train ordinaire qui transportait des êtres et des biens.

Nous sommes plusieurs à nous souvenir de ce train, de l'homme, des poèmes, et des actes.

Jean Bennassar était un poète puissant qui inventait des mondes face à l'ordre des discours. Il traversait la cour du lycée Raymond Naves à Toulouse où nous étions ensemble élèves avec son regard vif et son agitation. Il lisait des livres que nous ne lisions pas. Il connaissait des rives dont nous n'avions qu'à peine entendu parler. Il ramenait de ses errances des cornes d'abondances dont il nous offrait la fête.

Ensemble avec d'autres, nous avons inventé un journal qui s'appelait Le Caveau de famille. Nous y mettions nos poèmes, nos batailles, nos divisions. Nous échangions des vocabulaires.

Ce caveau travaille plusieurs de nos vies.

Jean Bennassar a vécu des chemins étranges dans l'utopie du poème. La dernière fois que je l'ai vu, place du Capitole, à Toulouse, il m'a parlé de baignoires merveilleuses à plusieurs places, de peyolt, de Serge Pey, de Mexique.

Quelques jours plus tôt, à la Bibliothèque universitaire du Mirail, il tournait autour d'une chaise.

Jean Bennassar était un corps singulier. Il était maigre, petit, noué, mais élancé, gracieux, bondissant, allègre. Il brûlait de vertu d'être à tous les angles de son visage. Ses mains étaient longues. Elles aventuraient des lignes parmi les éclats et le vide.

Leur disparation a peuplé de nuit un petit groupe d'individus qui s'éloignent.

A ce vide, qui n'en finit pas, plusieurs se demandent s'il s'était trompé. Poète, peut-on vivre ? Poète, doit-on, au contraire, vivre ? La mort est-elle le sceau ou la fuite de l'oeuvre ? Doit-on se lancer contre le train des choses, à en mourir ? Ce train n'est-il pas la matière du chant ? Doit-on s'y enfoncer ? Doit-on en faire un mur d'où rebondir ?

Nous pouvons lire les poèmes de Jean Bennassar contre le mur de sa mort.

Après presque trente ans de cette mort, ils résistent. Ils se redressent. Ils font sonner vers moi leur rire, leurs rythmes, leurs détermination, leur corps. Ils sont des présences à vif.

Et nous sommes vivants. Et ils le sont. Et nous ne nous retournons pas vers eux, comme Orphée, trop vite, dans l'ombre encore de la mort. C'est vif à vif que nous les aimons.

Quelques uns, survivants à la destruction d'ensemble que Jean avait entreprise, ont été publiés dans un livre, désormais presque introuvable, et qui s'appelle Utopies..

Je voudrais qu'Astrée en mette en toile un certain nombre contre le train des choses, avec ce train, entrain, comme en étoiles.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Tombeau de Jean Bennassar 15:16 dans Tombeaux

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