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« Monsieur de Saint Amand et moi »

mercredi, 10 janvier 2007

Monsieur de Saint Amand et moi

Pour cinq euros, place du Capitole à Toulouse, ce mercredi 10 janvier 2007, je me suis procuré un Traité des quatre dernières fins de l'homme auquel s'adjoint un Traité de la vigilance chrétienne. Le tout a été approuvé le huitième jour de février 1678 par les docteurs en théologie A. Le Vailland et Thomas Roulland.

On peut y lire ceci (p.11): Le diable ne dit plus aux hommes comme il le fit à nos premiers parents : "Vous ne mourrez point". Cette tentation serait trop grossière, et elle ne tromperait personne. Mais il leur dit : vous ne mourrez pas sitôt. Vous avez encore bien du temps à vivre. Et par là il trompe presque tout le monde, parce qu'il trouve dans le coeur des hommes une inclination à se laisser flatter par cete vaine espérance, dans le désir qu'ils ont de jouir plus tranquillement des choses sensibles auxquelles ils sont attachés".

Cinq euros n'est pas assez cher pour cette phrase seule. Le prix des choses est souvent un scandale.

Le cas du bouquiniste s'aggrave de l'inscription manuscrite présente au dos de la couverture :acheté à Tolose, le 25 juin 1728 au prix de cinq s De St Amand.

Cela éveille vigilance.

Quelle était la couleur du jour le 25 juin 1728 ? Faisait-il aussi beau que ce 10 janvier 2007, où par suite, peut-être, des circulations automobiles planétaires règne sur Toulouse un doux ciel bleu ?

De quoi avait-on peur ? Qui allait-on pendre ? Dans quelles maisons baisait-on ? De qui était-ce le dernier jour ?

Mon jour vaut bien ce jour, qui valait bien mon jour, et les deux pour jouir, mais je jouis de ce jour qui naît au mien par la fine écriture de monsieur de Saint Amand.

Ou mon oeil.

C'est selon. C'est les deux.

Monsieur de saint Amand et moi à livre ouvert sommes complices.

Notre divertissement partagé est un effet du diable moderne, que signale le Traité, et même d'un diable postmoderne. : Vous avez bien du temps à vivre, puisque vous pouvez vivre aussi le temps perdu...

Je me suis promis diaboliquement, un instant, d'écrire le 25 juin 1728.

Et pourquoi pas le 8 février 1678 où les docteurs de Sorbonne se sont penchés sur le précieux livre ? Je ressusciterai ces rares moments. Je tendrai des cordes de jour à jour et sur elles, comme un arc-en-ciel, je danserai.

Grand oubli alors des quatre dernières fins de l'homme, traité dont j'ignore l'auteur, et que ne m'apprend pas le site de la bibliothèque de Dickinson College, à Carlisle, Pennsylvanie, où j'ai récité des poèmes de poubelle, voici deux ans, et qui m'a, je suppose, oublié.

C'est la seule mention de ce Traité sur la toile, jusqu'à l'Astrée, cette nuit, et pour durée de site.

Il est en Pennsylvanie. Il est sous mes yeux. Sa présence fait signe en toile.

Monsieur de Saint Amand l'a eu dans sa bibliothèque. Je l'ai dans dans la mienne. Nous nous aimerions, peut-être, monsieur de Saint Amand et moi. Ou pas. Ou nous nous intéresserions fort peu, comme chacun. L'un est mort, l'autre ne l'est pas : Qu'il est étrange que les hommes ayant toujours la mort devant les yeux, et ayant tout intérêt d'y penser, y pensent néammoins si peu. (p.1)

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Monsieur de Saint Amand et moi 22:39 dans Coïncidences , L'époque , Théologie

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