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« Mots lierre »

samedi, 13 janvier 2007

Mots lierre

Tout à l'heure, j'ai entendu Molière. C'était mots lierre.

Comme une voix au téléphone me disait hier penser à la mort de Molière, dont la critique moderne ne dit guère, Molière en mon oreille sans doute est demeuré.

Aussi j'entends mots lierre. Jamais, je ne l'avais entendu, et je l'entends, par cette voix, pour l'heure, liée à mort.

Du mot lierre, je n'ai rien à dire, sauf que j'observais ce matin à ma fenêtre un lierre, autrefois planté par moi, enlaçant le tronc d'un arbre maigre, qu'il pourrait un jour étouffer. Je me suis dit qu'il faudrait tailler ce lierre pour éviter la mort à l'arbre...

Mais Molière est loin de mon arbre, dont la mort, pour moi, n'est pas le pis des maux.

Maux lierre...

J'aurais tout oublié si, écrivant, je ne faisais mémoire et désir, comme exercice, pour l'heure, de Molière et Mots lierre, ces deux enchantements de lettres et de sons, qui font en moi constellation.

Qu'est-ce qui fonde la Grande Ourse, sinon notre oeil ?

Mots lierre et Molière en mon oreille font au ciel de mes songes un grand chariot d'aventures, une Astrée.

Les mots de Molière montent partout, se lient à tout, prennent toute racine, l'exaltent.

Molière est fidèle aux mots. Les mots lui sont fidèles. Ils ne lui manquent pas. Il ne les diminue pas.

Les mots de Molière sont toute la langue multipliée de la terre jusqu'aux branches, et ils nouent aux éclats leurs pactes.

Rien n'est fidèle comme Molière, sinon le lierre, et même à la mort. Et la voix de Molière, enveloppée d'elle, visitée d'elle, a dit les mots, aux derniers feux du mal, sur scène.

J'aime que la voix qui m'appelait hier, évoquant la mort de Molière, soit d'une âme fidèle, accompagnant l'amie qui peut-être va mourir...

Aux cheveux de Bacchus même, emblème éternel des fidèles, le lierre est semblable aux mots quand ils sont, par oeuvre belle, vieux et vifs.

Subtils liés, jusqu'aux bords de la mort, empoisonneurs et étouffeurs, on en vit.

Vivat !

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Mots lierre 19:53 dans Littérature

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