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« Pour une politique urbaine des fruits et des légumes »

vendredi, 4 mai 2007

Pour une politique urbaine des fruits et des légumes

Se constatent dans les villes françaises des arbres, des herbes et des fleurs. Les peupliers, les platanes, la magnolias, les prunus y abondent. Une foule de places et de ronds-points s'y adornent de pelouses et de bordures, où l'on reconnaît les pensées, les chrysanthèmes, les oeillets... Le citoyen peut en jouir. Parmi ces végétations, il a droit d'admirer, de rêver, de se déclarer ou de se photographier. Le chien volontiers y chie tandis que l'enfant joue. Les joggeurs courent sous les ombrages où bavardent les philosophes. Les vieilles filles s'y émeuvent tandis et les exhibitionnistes s'y préparent. Arbres et fleurs sont ainsi célébrés par la Droite, la Gauche, les habiles, les demi-habiles, les Verdurin et la médecine.

Par leur action, toutes les muncipalités favorisent les espaces verts, les coulées vertes, qui constituent, en dernière analyse, le patrimoine vert.

Ce patrimoine, malheureusement, ne se mange pas.

Nulle municipalité ne songe à planter des cerisiers, des pommiers, des poiriers, des abricotiers, des carottes, des radis, des choux, des salades, des haricots, des concombres... Admettons que les légumes demanderaient beaucoup de soins et que le contribualble rechigne à entretenir en grand nombre les jardiniers...

Mais les fruitiers ?

Que demande un cerisier sinon qu'on le plante ?

Qu'exige un figuier ?

Quelles sont les revendications d'un noyer, ou d'un amandier ? De pauvres terres les accueillent. Les grasses pelouses de maints espaces verts leur conviendraient sans peine.

Si les villes accueillaient les cerisiers, les figuiers, les pommiers, les noyers, les amandiers, on verrait à la saison le citoyen cueillir force fruits. Quel enthousiasme n'aurait-il pas !

Chacun récolterait des fruits gratuits, partout, devant chez lui ou aux carrefours. L'abondance régnerait aux jardins publics. Quel avantage pour la santé ! Quelles économies pour les plus défavorisés ! Quel espace d'échanges et de lien social deviendrait le pied des arbres ! Que ce serait sympa !

Les municipalités objectent que les fruits souilleraient le sol. Mais les chiens ne le souillent-ils pas ? Faut-il définitivement préférer les excréments canins aux poires ? Faut-il que les merdes seules fassent le trottoir tandis qu'on le refuse aux pommes ?

En vérité, si l'on refuse l'installation des fruits, voire des légumes, dans nos villes, c'est que l'on refuse l'abondance gratuite des choses naturelles. Il faut apparemment, selon toute morale, travailler dur pour avoir du fruit. Le péché d'Eve, c'est qu'elle a désiré prendre la pomme sans travailler. Bien sûr, elle a été punie. Il lui a fallu, à elle, ainsi qu'aux hommes, durement, durablement, et en tous sens, travailler.

Sous le couvert de l'élégance gratuite, propice à la méditation des essences que constitue l'ostension permanente en nos villes des arbres non fruitiers, se cache un refus têtu de la jouissance libre et collective. On craint la partouze potagère et citoyenne... L'idéalisme des peupliers est une interdiction en actes du matérialisme ludique des figuiers ou des amandiers. Chacun des arbres de nos villes manifeste ainsi, avec l'accord général des travailleurs, l'exclusion du jardin d'Eden. Il est un manifeste de Dieu, si l'on entend par Dieu un assez méchant Vieillard qui ne veut pas qu'on goûte paresseusement des fruits. Mais un autre Dieu est possible !

C'est un acte essentiellement, donc théologiquement, révolutionnaire que de planter des arbres fruitiers et des légumes en ville.

Un habitant remarquable du quartier du Mirail à Toulouse en a fait son objectif. L'Astrée, quant à elle, entretient des radis place Pinel.

Que cent pêchers s'épanouissent !

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Pour une politique urbaine des fruits et des légumes 10:01 dans L'époque , Théologie

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