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« La plaque disparue »

dimanche, 24 juin 2007

La plaque disparue

La place Marius Pinel s'ornait jusqu'à ce jour d'une spectaculaire erreur.

Cet heureux temps n'est plus.

Un jeune américain et moi, avons pu le constater : une plaque manque à la Place.

Cette plaque était dite plaque du double glissement Bébel. Seul un mât vide, devant les locaux du Pinel Pétanque Club, témoigne.

Heureusement, l'Astrée, site de mémoire, montre ce qui fut. Voici la plaque présentement disparue, telle qu'elle apparaissait encore, ces dernières semaines.

Cette plaque était remarquable entre les sept plaques de la Place. Les six autres, en effet, affirmaient que Marius Pinel était un adjoint au maire de Toulouse (1864-1928), ce qui ressemble fort à ce que dit l'histoire. Or, cette plaque le présentait comme un sociologue, né en 1840 et mort en 1913.

Cettte admirable singularité, ce roman réel, cette métaphore, résultait de l'activité des employés municipaux. Une rue, donnant sur la place Pinel, se nomme, en effet, rue Ferdinand Bebel. Ce personnage, qui fut un des premiers partisans de Karl Marx, répondait au nom d' August Ferdinand Bebel, avait dit que Le socialisme des imbéciles, c'était l'antisémitisme, et n'avait rien d'un sociologue... Les employés municipaux, peut-être pour l'assimilier au pays de La Dépêche du midi, où paraissent depuis longtemps les incompréhensibles aventures de Ferdinand, ont un peu modifié son prénom et l'ont rendu aimablement savant en sociologie. C'est ce que tous les experts de la place Marius Pinel appellent le premier glissement Bébel. Quant au second, c'est celui qui s'affichait sur la plaque disparue. Pinel y avait récupéré les dates vraies et le métier fictif de Bebel, achevant d'un coup la pinélisation de Bébel, par une bébelisation de Pinel, double visitation assez biblique, comme en témoigne la fin en el.

Cette septième plaque a disparu.

Telle Albertine, la Chaise de Giscard, et la Culotte de Mallaury Nataf, elle apparaît donc à notre pensée et à nos yeux.

Nous élevons notre considération vers les hauteurs rendues béantes par son absence.

Le ciel se déchire. Quelque apocalypse se manifeste. Les parties hautes de l'Enterrement du Comte d'Orgaz ne sont rien devant ce que montre le mât sans plaque de la place Pinel.

Qui soupçonner ? La Municipalité elle-même, rendue consciente par nos recherches publiques, de l'importance cardinale de la place Pinel, et voulant la normaliser. Jean-Luc Moudenc au pied boîteux haïssant soudain toute boîterie des signes ? Quelque membre du PPC rendu furieux par l'évidence de l'erreur devant des locaux où l'on vise exactement au cochonnet ? Des fétichistes ou des théologiens ? Un collectionneur avide de cette pièce unique ? En vérité, chacun.

A tous, d'un seul élan, nous lançons un appel.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La plaque disparue 19:06 dans Place Pinel

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