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« Pied de Moudenc et pied de mouton »

vendredi, 15 juin 2007

Pied de Moudenc et pied de mouton

Un pied de Moudenc est victime du foot.

Moudenc ne proteste pas. Chose admirable !

J'ai voulu voir ce pied. Je l'ai vu. Il est . L'Astrée ne pouvait le retenir.

C'est Champignon, le premier, qui nous a informés, Sébastien Lespinasse et moi.

Nous étions loin de Toulouse. Nous avions vanté les vertus de la place Marius Pinel devant un public qui, sans doute n'y mettrait jamais sa viande. Nous nous reposions. Nous jugions avoir bien mérité de la Ville rose. Nous étions heureux, mais Champignon a fait savoir la nouvelle : Jean-Luc Moudenc était blessé. Des footballeurs toulousains vainqueurs l'avaient précipité dans trente centimètres d'eau de piscine.

Jean-Luc Moudenc !

Le corps de Jean-Luc Moudenc, sympathique et pâteux, ce corps plein de viande, rose, ce corps vivant avait été atteint !

Loin de Toulouse, sans davantage de nouvelles, nous avons connu l'angoisse. Nous étions prêts à nous battre pour massacrer les salauds sacrilèges. Qu'on les pende ! Qu'on les essorille ! Qu'on leur arrache la langue comme à Vanini. Qu'on les broie sur la roue comme Jean Calas ! Comme Damien, qu'on les écartèle !

Nous nous sommes postés devant un ordinateur. Google sollicité nous confirma l'événement : Jean-Luc Moudenc avait la malléole brisée. Il ne monterait pas lui-même les escaliers de la campagne électorale. Les vainqueurs de Bordeaux, tout à leur joie, l'avaient brisé dans un peu d'eau.

Qu'on leur arrache la barbe et le sourcils ! Qu'on leur éclaboute le sexe.

C'est alors que nous admirâmes.

Depuis longtemps déjà, sous la férule de Champignon, nous nous initiions au culte, mais nous doutions. Notre foi en Jean-Luc Moudenc était faible.

Devant un Mac nous avons compris la réalité de son double corps.

Le corps humain, d'abord, qui probablement souffrait, puisque la malléole était brisée.

Le corps glorieux, tel celui du Roi, qui ignorait toute souffrance.

Or, ce corps glorieux parlait. Dans les dépêches internet, il félicitait les footballeurs pour leurs exploits. Il parlait de bonne humeur. Il les remerciait presque pour son immersion. Aucune amertume. Aucune indignation. Qu'on l'écoute :

J'ai négocié d'enlever ma veste pour préserver mon portable et ma carte bancaire. Ils m'ont jeté dedans presque debout. J'ai tapé sur le pied au fond de la piscine.

Doé et Manasér (les deux auteurs du forfait) étaient tout penauds après l'incident a ajouté Mr Moudenc précisant qu'il allait recevoir avec des béquilles au Capitole les joueurs pour fêter leur qualification.

Heureux malgré tout.

Je suis heureux de la victoire, de ce qui est arrivé. Personne n'y croyait. Nous sommes tous contents, c'est extraordinaire.

Qu'ajouter ?

C'est le foot même, en sa bonté, qui parle par la bouche de l'homme au pied blessé. Non content de lui avoir brisé la malléole, le foot semble l'avoir délivré de sa langue terrestre, celle qui aurait dû crier et maudire. La bouche de Moudenc ne crie pas. Elle est heureuse. Elle nous appelle à croire.

De mauvais esprits remarqueront que Jean-Luc Moudenc a subi le fascisme sportif et plus spécialement footballeur. Il a dû nier son corps pour approuver le crime. Il s'est soumis à la loi qu'il croit respectable pour ses électeurs. Il a sacrifié son cri en échange d'éventuelles voix. Il a fait le mouton de sacrifice. Il a montré, non patte blanche, mais pied de mouton.

Notre ami Champignon n'approuvera pas ces méchants. Il louera toujours Moudenc, son grand courage. Il vantera sa hauteur d'âme. Il verra dans son pied blessé la preuve de sa force, et non le signe d'une faiblesse. Moudenc sera pour lui un Achille supérieur. Même, il entendra dans sa parole, après baptême, dans ce superbe appel à croire et à pardonner, dans ce véritable évangile, la marque de ce que Jean-Luc n'est pas un fesse-mathieu.

Gloria in excelsiis

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Pied de Moudenc et pied de mouton 21:35 dans L'époque

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