« Voies et voix et du OU »
jeudi, 12 juillet 2007
Voies et voix et du OU
Quand la Rencontre des Bouches 2007 a pris forme dans ma tête, le OU est apparu. Je n'y avais pas songé. Il était là, faisant retour dans l'ombre.
D'abord, j'avais imaginé que nous partirions trois jours de suite du boulodrome de Saint Antonin Noble Val. Sébastien Lespinasse et moi, nous avions marqué sur le Programme que nous ferions alors Parole des boules.
Nous ne savions ce que seraient ces Paroles des Boules, mais le titre nous plaisait. Souvent, place Marius Pinel, nous avons pratiqué et philosophé sur le boulodrome.
Voilà donc le OU de boules mis bout à bout au OU de Bouches. Des boules au bouches, l'accord m'enchantait.
Puis j'entendis les Gourgues. Le dernier jour de la Rencontre devait être Cap aux Gourgues, qui sont source et grottes à gours, proches de Saint Antonin. Les Gourgues m'attiraient car proches du GA, du Gars, de Garonne, de Gargantua, de Gourgandine, de Gorge, de toutes sortes de trous sans âges par où poésie gicle.
Des boules aux Gourgues naturellement passage s'ouvrait. Il y avait aussi Louis XIII, qui faillit mourir en 1622, d'un boulet qui lui passa à quelques centimètres au dessus de Saint Antonin.
Des boules au boulet, nouveau jour.
La grotte du Trassadou devait nous accueillir. Autre OU. Jean-Pierre Nizet proposait de faire chant avec l'oeuvre de Pascal Lambert : il y a des jours. Encore un OU. Et nous irions de trou en trou, par tours et retours, en disant régulièrement ensemble tout devient possible.
Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse au pied blessé, sera un de nos cris. Sébastien Lespinasse appellerait partout à Bayrou.
Lui-même annonçait qu'il poserait régulièrement sa question tant humaine : qu'est-ce qu'on fout là ?
C'était fou tellement de OU !
J'avais demandé à Bruno Guittard de me rapporter ma peau d'ours, car j'imaginais l'employer dans la grotte du Trassadou.
Le OU tournait en moi, sans que j'y donne sens, avec ses deux lettres dont la première dit la complétude du mouvement que la seconde ouvre à l'infini, comme pour défaire le cercle, aventurer l'échange... Le OU est double de O et U, et leur mélange fait terme terne, tout autre son, houle douce.
Fallait-il ou non un accent au OU ? Fallait-il choisir ? Fallait-il un lieu pour l'accent ? Où être avec OU ? Ce flottement m'enchantait. Le sol devenait peu sûr, donc terre à sources.
Et je songeais, ouvert, au bouquet de houx vert et de bruyère en fleur... Comme Hugo fait OU !
Demain dès l'aube...
C'était à Toulouse, terre du OU. Je le découvre maintenant.
A Saint Antonin, le OU, en effet, nous attendait. OU des boules; OU des sources. OU des Gourgues. OU de Louis XIII et du boulet.
Nous nous sommes laissés porter au OU, sans insister, sans accentuer, hors projet.
Chaque matin, Parole des boules. Nous en reparlerons en un autre article, tant nous importent les boules.
Chaque soir, dans la nuit, rite et route. La Ur sonate, très souple, en tout oubli des fixateurs.
J'ai enfilé la peau d'ours dans une bergerie. J'ai fait l'Ours, ou le Loup. Sébastien Lespinasse et moi, nous avons roulé le OU, dans la nuit tout autour. Un chien aboyait. La nuit était grosse de nos songes.
Tout autour de Saint Antonin, nous avans vécu le OU, le choix toujours renouvelé, les chemins ouverts, la charme troublant des stations.
Marcheur parmi le groupe, Bruno était graveur sur pierre.
Il avait gravé pour une Rencontre des Bouches sur une dalle à Larresingle.
En marchant, l'idée me vint de lui proposer le OU.
Oui me dit-il de toute sa bouche, mais nous avons passé le Trassadou, le premier jour, sans graver. Nous n' avons pas gravé au boulet de Louis XIII, le second jour, et nos chemins ne nous ont pas montré la bonne pierre.
Où mettre OU ? Nous y songions. Nous n'y songions pas.
Le troisième matin, j'imaginais le cirque de Nibouzou où jaillit une source du nom d'Ecoute s'il pleut. Un cheval y écouta le poème de Jean-Noël Hislen.
Mais c'était le matin. Et il n'y avait pas la bonne pierre. Et il se mit à pleuvoir, et nous avons oublié, et nous avons marché.
A la fin du troisième jour, les Gourgues se sont présentées. Il fut obscurément clair qu'elles voulaient le OU.
Les hommes ont taillé l'entrée de la grotte pour s'abriter. Ensuite, la galerie s'enfonce, parmi de multiples gours.
Quand nous nous sommes approchés, des enfants venaient de sortir. Ils portaient de la boue aux joues et dans des boîtes, car les Gourgues en fournissent une souple et douce à modeler. Ces enfants venaient d'un Centre d'adaptation. Leurs rires étaient comme les nôtres.
Gourgues, trou à boue au bout de la Rencontre.
Bruno a choisi une pierre assez plate, une vaste pierre bien installée devant la grotte.
Il s'est mis à graver avec un petit burin le O du OU.
De n'importe où, l'idée m'est venue que, tous ensemble, nous pouvions, pendant qu'il oeuvrait, dire OU.
Et nous avons fait OU. Nous l'avons modulé, psalmodié, entonné OU longuement à l'entrée des Gourges, OU de Sébastien, OU de Michelle, OU d'Yves, OU de Vincent, OU d'Inès, OU de Philippe, OU d'Albert, OU de Bruno, OU de Jean-Noël... Force OU sortant de bouches envoutant le geste du graveur...
Tant qu'il a gravé, nous avons dit OU.
Tant qu'il a travaillé à inscrire sur la pierre les deux lettres, nous avons formé le son.
Le poème s'est ainsi construit, au présent, de nos bouches, des Gourgues, et du labeur de Bruno, dont les voyelles, comme en Hugo, composent le OU.
Cet acte nous a bouleversés. L'accomplir n'était pas l'imaginer. Personne ne l'a imaginé. Il s'est imaginé en bouches.
Si l'on est esclave d'un rêve, l'acte délivre le multiple, comme le Prince le corps de la Belle.
Nous agissions sans pourquoi.
Le OU procédait du souffle et des coups de masse, parmi les Gourgues pour le présent.
Inventons maintenant les commentaires. Affirmons que nous avons communié en poème, mais, enfants fous, nous ne savions ce que nous faisions. Nous malaxions la boue du souffle. Heureux, par l'écoute, nous recevions les Gourgues.
Yves Le Pestipon |
15:15 dans
Coïncidences
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