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« Les enfants occidentaux »

mardi, 11 septembre 2007

Les enfants occidentaux

1 ) Ils ont disparu,

2 ) Ils sont insupportables.

La disparition des enfants occidentaux est patente, et, pourtant, des femmes accouchent. On signale même ici et là des frémissements sexuels producteurs de gosses. Des fécondations adviennent. Des ventres enflent. Des couches-culottes sont consommées. Des instituteurs sont recrutés. Et les ogres, parfois, trouvent gibier à leur goût. Mais les rues sont vides d'enfants. Les cours, les places, et même les campagnes sont désertés par leurs éclats. Si, par bonheur, on aperçoit un visage, un adulte, au moins, le garde.

Nul ne hurle.

Les enfants, comme les vieux, sont enfermés dans des maisons, dans des centres, dans des lieux. Ils sont occupés. Des activités les tiennent. Ils sont au trou. On a purgé les villes d'enfance et de mort.

Il est vrai qu'en Angleterre, comme dans mon quartier, on tremble pour la chair fraîche. Des pédophiles rôderaient.

Pensez aux enfants me clama un jour un homme qui exigeait l'installation d'une grande barrière dans la "résidence" où nous logeons. Pensez aux enfants.

Nous allons mettre une barrière. Nous mettrons des barrières partout. Mais toujours pas d'enfants.

Un jour, qu'au bord d'une rivière, j'avais vu une petite fille qui tentait d'attraper des poissons à la main, j'ai voulu lui apprendre la technique du sac en plastique. Elle riait, ravie de ses premières prises, mais la mère surgit : Que faites-vous ? Qui êtes-vous ?

Elle avait vu le danger.

Elle emporta la petite fille.

Au Mexique, en Arménie, au Tchad, au Soudan, au Guatémala, on rencontre des enfants. Dans les caniveaux, dans les flaques, dans les rues, ils rient, pleurent, chantent, sourient, sont pleins de morve, de trognons, se battent, torturent les brins d'herbe, font des jouets. Parfois, ils sont difformes. Plusieurs vont mourir.

Quand on les aborde, quels sourires ! Et quelles scandaleuses joies !

Pas de psys. Pas de sécurités.

Si d'aventure on trouve quelques uns de ces enfants dans une salle, un train, un car, ou un bateau, quelle paix !

Si on les rencontre à l'Orphelinat numéro 2 de Kapan, en Arménie, où ils ont force poux, et toute la misère, c'est l'île d'Utopie. Si d'aventure, ils se trouvent dans une étable, quelle paix ! Que ces enfants non occidentaux sont discrets, avenants, apaisés. Quels anges ! Ils n'ont visiblement pas à se venger.

Qu'un enfant occidental surgisse dans un bus, ou dans un train, ce sont cris, cris, cris. On souffre. Ils nous font payer leur disparition.

Ils se vengent de l'interdiction de mourir.

Chacun sait de pauvres parents, bien idolâtres de leurs enfants occidentaux, martyrisés par eux, voués à torturer leurs amis.

L'enfant occidental quand il paraît - chose rare - fait expier le prix infini qu'on lui inflige.

Où sont passés les putti grouillants, culs nus, rieurs, à la périphérie des miracles ?

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Les enfants occidentaux 21:02 dans

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