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« Rencontre à l'Union »

dimanche, 23 septembre 2007

Rencontre à l'Union

L'Union est une commune qui touche à Toulouse. L'habitat y est essentiellement composé de villas. Les rues portent des noms de fleurs, d'arbres, de montagnes, mais jamais de personnages. A l'Union, Victor Hugo, Voltaire ou Gambetta ne sont pas des adresses.

Cet apolitisme, sans doute unique en France, suffirait à rendre l'Union captivante.

Son nom même étonne.

Selon les historiens, il résulte de la fusion de deux communautés : Belbèze et La Cornaudric.

L'Union voile deux noms dont les consonnances stupéfient. Là où Rome absorba Albe, là où Fougax-et-Barrineuf étala ses origines discordantes en un nom qui fascina Samuel Beckett, l'Union préféra cacher sous le titre de son acte fondateur le comique de sa double origine. Telle est sa singularité.

L'Union, d'un coup, s'éleva au concept. Ab Urbe condita nul ne songea à l'appeler Union ou une union, ce qui l'aurait placée parmi la foule des unions possibles, dans le moutonnenment des existants. L'Union se préféra modèle de toute union, l'union en soi, telle que l'Eternité ne la change pas, parfait concept, essence. Toute Union au monde n'est qu'approximation seconde de l'Union.

Voilà donc un lieu où s'associent la plus vive singularité, et l'universalisme le plus haut. Il fallait le rencontrer. Nous l'avons fait.

Sébastien Lespinasse, Champignon et moi avons une forte mémoire de l'Union. Nombreux y furent nos échecs amoureux. Il faut dire que nous n'avions pas de mobylette, matériel nécessaire à l'Union pour espèrer goûter lèvres exquises.

Selon un spécialiste : sans mobylette à l'Union, on n'est rien .

Nous l'avons vérifié à des époques diverses, moi dans les années 70, Champignon et Lespinasse dans les années quatre vingt, en dépit, ou à cause de la multiplicité de nos poèmes, l'absence de mobylette nous a condammés à l'Union au soliloque.

Nos échecs amoureux nous firent voir les lieux. Il nous rendirent géographes. Les larmes versées par nous dans les ronds-points nous les révélèrent. Nos errances pédestres rue du Lac d'Oo ou rue des Myosotis nous permirent d'en goûter les portails. Le rire des cruelles nous amena à l'église, au cimetière, aux arrêts de bus, aux boulodromes, et aux terres-pleins.

Céladon ne visite-t-il pas la forêt grâce aux mépris d'Astrée ? Quels bolets ne leur doit-il pas ?

Nous avons voulu revoir cette zone pavillonaire.

La posture lacustre lamartinienne, pourtant, ne nous convenait pas :

- l'Union a changé. Mieux qu'Ovide, elle multiplie ses métamorphoses. Loin d'être cette pierre où le poéte des Méditations revient s'asseoir, l'Union a vu surgir la Farfouille, un Casino, des ronds-points, une halle, des mégalithes, un sodomisateur géant d'extraterrestres, et un olivier millénaire. Si la forme d'une ville change plus vite hélas que le coeur d'un mortel, L'Union démontre Baudelaire.

- nous désirions rire collectif et inventer. Nous voulions rencontrer l'Union nous rencontrant, en inventant le poème philosophiquement rigoureux d'une géographie des êtres.

Sébastien Lespinasse eût l'idée d'une Rencontre de Bouches à L'Union. Il en formula le programme. Ces deux derniers jours, malgré le rapt de Champignon par Paris, nous l'avons exécuté aux lettres.

Nous dirons tout.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Rencontre à l'Union 20:35 dans Méthodes

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