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« Non bouche des statues-menhirs »

vendredi, 28 septembre 2007

Non bouche des statues-menhirs

Rares sont les statues-menhirs à bouche.

On en connaît trois.

Plus de cent trente statues-menhirs maintenant trouvées dans le Tarn et dans le sud de l'Aveyron, et seulement trois bouches.

La bouche de la statue-menhir de Reganel I, la bouche de La Jasse du Terral 2, la bouche de Jouvayrac.

Trois bouches, pas d'oreilles.

Les trois bouches béent sur trois statues-menhirs féminines.

La plupart des statues-menhirs masculines découvertes n'ont pas de bouches.

Le 16 septembre, au Musée archéologique de Saint Pons, l'homme du lieu affirmait qu'un masque expliquait l'absence de bouche. Les êtres figurés par les statues-menhirs porteraient des masques.

L'homme était satisfait. Il allait publier un article. Enfin, la vérité.

Pas de bouche à la statue-menhir de Pailhemalbiau, dont le moulage habite son musée. Il montrait : pas de bouche, donc un masque.

Mais pourquoi sans bouche ? Tant de masques, depuis la création des statues-menhirs, en ont. Et certains sont fabriqués pour la bouche.

L'homme parlait. Ca fait parler ce manque de bouche. Mais parfois ça ne dit rien.

Dans le Gard, en Corse, en Italie du Nord, en Sardaigne, souvent les statues-menhirs n'ont pas de bouches. Quelques milliers d'années avant Le Christ dans toutes ces régions, on aimait sculpter des figures sans bouche, et sans oreilles.

Les archéologues sont muets quant aux raisons. Ils se refusent à surinterpréter. Ils évitent les délires.

Mais les statues qu'ils collectent, un ordonnateur des Rencontres des Bouches les voit. Tant de pierres autrefois dressées dans les montagnes qu'il aime et si peu de bouches, et pas d'oreilles !

A Rosslyn Chapel, près d'Edimburg, récemment, je voyais de nombreux green men. Ce sont des sculptures de têtes d'hommes, environnées de feuilles, bouche ouverte, avec du souffle qui sort et entre. On enseigne que les green men remontent, à travers l'ère chrétienne, à des figures païennes.

La bouche est ouverte. Les flux du monde s'y enfoncent, et en jaillissent. Les feuilles sont des oreilles multiples. Les green men grimacent, rigolent, s'agitent.

Les statues-menhirs sont des statues précisément statues. Stables, sans image de mouvement, elles ne s'ornent pas de feuilles, de fleurs, de branches. Elles ne portent pas d'éléments de nature, et elles n'ont pas de bouche, ni d'oreilles. L'influx vital ne passe par elles. Elles n'accueillent pas le verbe des végétations. Elles ne le restituent pas. Elles ne sont pas de ce paganisme là.

Les yeux seuls font vraiment trous dans leur surface.

Ils sont deux trous dans tous ces visages.

Je me dis que les statues-menhirs nous constatent parler. Je me dis que nous parlons devant elles, que nous pouvons lancer des phrases, une théorie de leur quasi non bouche.

La murmurer, ou la lancer.

C'est une imagination.

On peut inventer une belle théorie de la théorie des pierres sans bouches, ni oreilles, la mettre au mur.

Ces statues constateront. Elles sont devant la parole. Pas dedans. Et elles ne la portent pas.

Elles ne l'entendent pas.

Pas de bouches, Pas d'oreilles. La parole est devant elles. Nous la lançons.

Nous la lançions déjà quand nous étions préhistoriques.

Ces oeuvres sont des frontons. La parole y rebondit, ravivée, jet d'évangile.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Non bouche des statues-menhirs 20:36 dans Archéologie

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