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« La onzième anagramme »

mercredi, 24 octobre 2007

La onzième anagramme

Certains artistes ont l'inconvénient d'être vivants.

On a beau en tuer, ils persistent. L'Université, les Ecoles, toutes les Inspections générales, le marché, les guides de Musée, les conversations d'exposition, la Star Académy, rien ne les achève.

On a pourtant besoin de leur mort.

Naturellement, on ne se contenterait pas d'un blanchiment à la Blanchot pour qui l'artiste est déjà mort. Foutreries ! On veut l'artiste indiscutablement mort. Qu'on le tienne, dans notre bec, éternellement, comme un fromage.

Le monde hélas n'obéit pas à nos désirs. Il pleut quand on veut le sommeil. L'Amour paraît quand on envisage de travailler. Et des artistes vivent malgré nos assassins.

C'est ainsi que Philippe Vercelotti persiste.

On a tout essayé. Le mépris des critiques, l'indifférence des musées, la multiplication des Printemps de Septembre, l'exposition des anus roses, des cubes rouges, tout aurait dû le plonger dans une grande mélancolie, celle-ci déboucher sur une dépression, qui aurait fini en cancer, pleurésie, grippe, rhume ou suicide. On aurait enfin pu en parler.

Mieux, on aurait généreusement pu faire monter ses prix.

L'Ingrat s'obstine. Il persiste et signe. Pis même, j'en suis victime : la théorie est toujours pourrie par la vie, les turlubences secouent le concept, l'existence s'avère comme un labour plein de vers incertains, le refus de mourir produit à jets des métaphores. Seule la mort permet durablement à la vérité de tenir, comme un fromage, au bec d'un Corbeau empaillé.

Sinon, ça palpite.

Ces considérations mènent au fait.

J'avais proposé hier un texte - désormais classique - sur les neuf anagrammes de Vercellotti, sortis du titre de son tableau : Le Secret de la Boutique aux Vapeurs.

Or, dès ce matin, il m'en envoie une onzième, qui pointe, naïve, rebelle, maline, perverse, abusive, au pré carré de mes concepts :

AUX QUATRE BLEUS D'ETOILES PEREC A VU

Que faire ?

Rien.

Si la Mort a privé Perec d'achever sa Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, le vif Vercellotti multiplie, comme des vers sous les labours du jour, le grouillant jeu des anagrammes. Passant de dix à onze, et peut-être à douze, son oeuvre s'abonde pour les repas de l'infini.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : La onzième anagramme 14:27 dans De pictura , Philippe Vercellotti

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