« Le centre blanc de Quelque chose noir »
mercredi, 24 octobre 2007
Le centre blanc de Quelque chose noir
Quelque chose noir a été publié en 1986 par Jacques Roubaud. C'est un recueil qui évoque la mort de sa femme Alix Cléo Roubaud, en 1983, et ce qui suit pour le sujet.
Ce recueil comporte neuf parties, suivies d'un poème solitaire intitulé Rien.
Chacune de ces parties comporte neuf poèmes.
Chacun de ces poèmes comporte neuf alinéa.
Neuf fois dans chacun des neuf poèmes qui composent chacune des neuf parties, Jacques Roubaud revient à la ligne. Le dernier poème - Rien - comporte aussi neuf alinéa.
Il devrait donc exister un alinéa central. Il devrait se trouver entre le cinquième alinéa du cinquième poème de la cinquième partie. Là est le centre théorique du livre, si on laisse de côté le tout dernier poème, hors grande partie, Rien.
Rien de tel : le cinquième poème de la cinquième partie, qui s'intitule, scénario de la méditation, n'a que huit alinéa.
Son centre est donc l'espace blanc entre le quatrième et le cinquième alinéa.
Le centre de Quelque chose noir est blanc.
Cela se passe page 81 (9x9) dans l'édition Poésie Gallimard, qui s'ouvre page 11.
Cela se passe entre Ce qui fait qu'il y a aussi nécessairement des déplacements et Dans un espace qui serait idéalement étendue vide et grise
De même que Montaigne montre et voile le centre du premier livre des Essais, Roubaud voile et montre le centre de son recueil. Quelque chose noir est une monstration secrète du blanc.
Cela s'opère par neuf.
Neuf joue sur double sens en français du nombre et du nouveau. Comme nous l'écrivions dans Samuel Beckett à Fougax-et-Barrineuf, tout poème est dit neuf. Roubaud, quant à lui, emploie la même amphibologie p. 85 de l'édition sus citée : ces phrases de neuf que je nomme poèmes.
Le dix-neuf, qui apparaissait dans notre livre, sous la forme du fameux Concentrateur cosmique dix-neuf trous, revient ici, page 56 : Elle colla leurs deux noms sur la porte, avec la date en dessous, suivie d'un point d'exclamation : 19..!
Dix-neuf dit dit neuf, donc la mort, donc la vie, mais plus encore comme il appert de la méditation de ce chiffre telle que nous l'avions déjà menée dans notre livre.
Neuf, chez Roubaud, figure en Alix Cléo Roubaud. D'abord dans les lettres, où on le repère en Alix. Ensuite par le jeu triple des mots qui composent ce nom, et qu'évoque le poème Je vais me détourner, p 61 et 62 de l'édition sus citée. Il faudrait encore méditer la Méditation de l'indistinction, de l'hérésie, qui affronte puissamment le nombre trois, dont ont sait qu'il compose triplement le neuf, par substance, addition, et puissance. La triple présence du neuf aux trois éléments structurant du livre, redit encore la présence du trois, dont les lecteurs de Dante savent la vertu, et donc du neuf.
Le neuf, quand on emploie la base qui nous sert à compter, est le dernier chiffre avant le dix qui ramène les chiffres du départ : O1 devient 10. Au 9 cesse un mouvement. Un autre commence, celui de la répétition.
Au final du neuf, l'élan vers la dizaine dit aussi le retour premier. C'est là que sort évidemment l'évidence du rien.
Comment le nier ?
L'Astrée, quant à elle, se recueille par sept. Un triple as noir en est le centre. Roubaud au coeur de Rien a mis Du rouge encore (p.147)... Chacun ses nombres et ses couleurs, mais la tenue est nécessaire.
Yves Le Pestipon |
12:57 dans
Littérature
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