« Roubaud, Montaigne, Runyon et rien »
vendredi, 26 octobre 2007
Roubaud, Montaigne, Runyon et rien
Le centre de Quelque chose noir est blanc. Nous l'établissions dans un précédent article.
Nous y notions que la structure du recueil de Roubaud paraissait analogue à celle du Premier livre des Essais de Montaigne. Nous fondions, sans le dire autrement que par un lien hypertexte, notre rapprochement sur un article de Randy Runyon, qui, prolongeant Michel Butor, démontre que ce Premier livre a pour centre, au chapitre 29, la série des 29 sonnets d'Etienne de La Boétie, que cette série de 29 sonnets a pour centre le sonnet 15, et que cet ensemble de 29 sonnets a pour centre syllabique l'espace qui sépare les syllabes 28 et 29 de ce sonnet, soit l'espace entre rien et que.
Le premier livre des Essais de Montaigne a un centre. Ce centre est vide.
Runyon tirait de son analyse deux conséquences :
- Montaigne n'écrivait pas seulement par sauts et gambades, mais se souciait de forme. Montaigne composait. Il avait un art formel.
- Le vide central du premier livre fait image et sens. Ce livre est bien le Tombeau d'Etienne de la Boétie, l'ami dérobé par la mort. Qu'en dire sinon construire, montrer et voiler ce vide ?
Cet article n'a guère été lu.
Il est vrai que Randy Runyon est américain, et de l'Ohio.
Or ce lecteur de l'Astrée signale qu'il a publié son article en 1973, dans la revue Change 16 17. Le comité de rédaction du collectif Change comprenait alors Jacques Roubaud, et ce dernier a publié dans le même numéro que Randy Runyon, juste avant, un article intitulé : Généalogie morale des Rois Pécheurs.
Il est donc quasi sûr que Roubaud a lu Runyon.
S'en est-il précisément souvenu en écrivant Quelque chose noir ?
La preuve par neuf, ici, ne sera pas convoquée...
L'inconscient a pu travailler, ou d'autres forces. Pourquoi avouer ?
Il ne nous appartient pas de creuser Roubaud.
Nous préférons méditer l'espace qui sépare rien de que dans le texte de Montaigne, qui est et qui n'est pas le texte d'Etienne de la Boétie : Montaigne, beaucoup plus fort que Pierre Mesnard, fait surgir l'espace, dans le texte même de la Boétie, en construisant le dispositf de son livre. Il réécrit La Boétie, sans en changer un mot, en fendant l'invisible visible vide central.
Or Quelque chose noir construit un vide analogue.
Et ce livre vise au rien, car tel est le non titre titre de son dernier poème, et son dernier mot. Rien ne permet de le nier...
D'autre part, une tension s'élabore entre le titre - Quelque chose noir - qui inaugure le livre et rien, son dernier mot. Ne retrouve-ton pas, mais inversé, et cette fois rempli du livre, l'espace entre rien et que ?
Entre rien et que le vide, la mort même.
Quelque Ptyx, si l'on veut, a propos de la mort d'Alix.
Entre les mouvements et l'étendue vide et grise, ce vide. Entre nécessairement et idéalement, la mort.
C'est là, exactement, sur cette scène, autel invisible et visible pour le cadavre d'une anti Leçon d'anatomie, et sans vanité, un scénario de méditation...
Yves Le Pestipon |
20:33 dans
Cet article est incommenté. (le commenter ?)
Ici, vous pouvez écrire un nouveau commentaire...
Merci de votre inscription, . Vous pouvez maintenant écrire votre commentaire. (déconnexion)
Quelques commentaires sur les commentaires
Les adresses e-mails ne sont jamais affichées sur le site.
Les passages à la ligne et sauts de paragraphes sont automatiquement convertis — inutile d'utiliser les tags <p> ou <br/>. De même, les accents, la ponctuation, les apostrophes, etc... sont automatiquement convertis en code HTML.
Créez des liens en utilisant la balise HTML standard <a href="http://mon.url.ici"></a>. Les balises HTML suivantes peuvent être utilisées strong, em, cite, code. Les autres seront détruites.
Rechercher sur L'Astrée
« octobre 2007 »
| dim | lun | mar | mer | jeu | ven | sam |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 5 | 6 | |
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 |
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 20 |
| 21 21 | 22 22 22 | 23 23 | 24 24 24 | 25 | 26 | 27 |
| 28 | 29 | 30 | 31 |
Des écrits, il fut dit...
-
Sébastien
écrivit : « La place Pinel est le plus court chemin ... » Lire →
-
Sandrinou81
écrivit : « Cest extraordinairement beau, sincère ... » Lire →
-
rotko
écrivit : « bonjour, :-)
Le tout est de savoir si, ... » Lire →
-
flore iborra
écrivit : « Dimanche. Soirée festive sur la place d... » Lire →
-
Sébastien
écrivit : « Supérieurement ridicules... !... » Lire →
-
Laurent Duval
écrivit : « " [...] voila ce qui arrive quand on sac... » Lire →
-
Catrine
écrivit : « Rue de la providence les planchers des m... » Lire →
-
Marie Martin
écrivit : « C'est l'inquisition au bout de la plume,... » Lire →
-
Laurent-duval.blogspot.com
écrivit : « Sur la planche, au-dessus de l'abîme, il... » Lire →
-
Sébastien
écrivit : « Fragments d'Héraclite d'Ephèse à méditer... » Lire →
Ce qui fut dit récemment
La Fontaine, l'Agrégation interne et la bêtise
le 30 janvier 2012
|
tel quel
Le christianisme érotique de La Fontaine
le 22 janvier 2012
|
tel quel
Philippe Vercellotti aux Toulousains de Toulouse
le 9 décembre 2011
|
tel quel
De Gaulle, toujours au programme
le 30 novembre 2011
|
tel quel
Je plie et ne romps pas
le 18 octobre 2011
|
tel quel