« Cupules en Montagne noire »
lundi, 24 décembre 2007
Cupules en Montagne noire
Les cupules sont des petits trous faits de main d'homme dans de grandes pierres.
Souvent, ces trous n'ont que trois centimètres de diamètre et de profondeur. Parfois ils peuvent devenir des bassins relativement vastes.
Le plus souvent, ce sont des trous simplement ronds, mais ils peuvent aussi être équipés de ce qui ressemble à un bec verseur. Les cupules sont assez rarement solitaires. On les rencontre fréquemment par groupes inférieurs à la dizaine, mais leur nombre peut être beaucoup plus grand, et, sur une même pierre, on peut compter plusieurs petits groupes.
Des mégalithes portent des cupules. On en remarque sur des menhirs ou sur les différentes parties des dolmens. Cependant, le plus souvent, les mégalithes ne portent pas de cupules, mais il est fréquent de rencontrer des cupules dans les zones proches des implantations mégalithiques.
Certainement, quelques cupules sont contemporaines des mégalithes. Beaucoup leur sont postérieures. Il est possible que certaines leur soient antérieures.
On ne sait pas quels rôles ont pu être assignés aux cupules. Certains y voient des représentations du ciel, d'autres des repères terrestres. On a pu les associer à des sacrifices plus ou moins sanglants. Les traditions désignent régulièrement les pierres à cupules comme des pierres maudites, sanguinaires, qu'il a fallu christianiser.
Dans l'Europe entière, de l'Irlande à l'Espagne, de l'Arménie à la Bretagne, des cupules sont présentes. Elles ornent de grandes pierres, souvent très dures, sur des mamelons, en des lieux d'où l'on voit loin, mais aussi sur des pierres non dominantes. Peut-être en fit-on sur du bois, ou sur des roches tendres, mais la nature nous en prive.
La Montagne noire, du moins son versant sud, ne manque pas de pierres à cupules. On cite depuis longtemps la Pierre sanguinaire de Lacombe, le rocher de Peyremale, les pierres de Cupservies ou de Fournes Cabardés. Quelques recherches menées par Jean-Pierre Pautou, Jean-Pierre Nizet et par l'auteur de ces lignes, nous ont permis d'en reconnaître beaucoup d'autres. C'est ainsi que les environs de la ferme de Peyremale et du Château de Villeneuve se sont révélés beaucoup plus riches en pierres à cupules que nous ne l'attendions. Dans le village même de Montolieu une remarquable pierre calcaire, ornée de force signes, a été remarquée sur le mur d'une maison. Ces derniers jours, nous avons repéré plusieurs pierres de toute beauté au dessus de Cennes Monestié, vers Villemagne. Ainsi se révèle un vaste ensemble dont nous désirons poursuivre l'inventaire. Toute aide sera bienvenue.
Les cupules ne sont presque rien, mais elles forment parole sur des pierres. Qu'elles figurent le ciel, des nombres, des directions, ou tout autre chose, elles sont les signes discrets d'un langage éparpillé. Nous ne les comprenons pas, mais nous pouvons en quelque manière les entendre. Nous ne les déchiffrons pas, mais nous en savourons l'énigme. Nous ne savons presque rien d'elles, mais nous pouvons par elles élaborer un savoir actif de nous. Parmi le flot contemporain des images colorées, sympathiques, communicantes, les cupules font résistance. Elles sont les yeux vides et les bouches muettes des pierres. Elles accueillent notre désir de paix.
Quand nous marchons dans les bruyères, à leur recherche, nous vivons la joie d'entrer en partage avec des hommes, morts depuis longtemps, dont nous ignorons presque tout, mais dont nous sentons la présence logique. Soudain, quand nous trouvons leurs pierres, nous les reconnaissons, et nous nous reconnaissons, ayant présumé de leur choix et nos pas nous l'ayant fait éprouver. C'est ainsi qu'à la nuit tombante, quand sous la jeune lune blanche, nous paraît, pour la première fois, une grande pierre à cupules dont nous ne savions rien, il nous semble entrer dans la magie des rencontres, celle même que l'amour propose. La pierre est un visage muet, mais plein de pensées, que notre regard anime et dont nous constatons l'ordre médité.
Nous ne sommes pas des archéologues. Nous sommes des chercheurs d'ombre et des veilleurs. Il nous semble judicieux de marcher vers les constellations de petits trous sur des pierres pour protester contre les éclats d'écran. La connaissance exacte n'est pas notre salut, mais il est exact que nous aimons vraiment le réel.
Ce n'est pas le sens que nous cherchons. Nous ne sommes pas affamés de panneaux indicateurs et de stabilités. Nous ne souhaitons pas traduire la parole des cupules en termes de gourous. Notre marche n'est pas religieuse. Elle ne vise pas à lier, mais au contraire, à laisser monter vers nous les questions ouvertes de cet ancien langage que nous ne fixerons pas. Notre marche cherche la rencontre, et pas la conclusion. Elle est toujours ardente à la brisure. Elle est pour nous un poème, et plus précisément, un Evangile.
Nous ne croyons pas nous détourner de notre choix en Christ par la considération que nous accordons aux pierres qui ne roulent pas, contrairement à celle du Sépulcre, mais dont les trous sans preuve, mieux que les Noëls de consommation, font appels à notre communiante humanité.
...............................Toulouse, jour de Noël, 2008
Yves Le Pestipon |
16:44 dans
Archéologie
1 commentaire est apparu (en écrire un autre ?)
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1.
Cest extraordinairement beau, sincère et vrai !!! Merci j'ai été transporté par vos mots. Soyez éclairé dans vos recherches
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