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« Histoire de l'étincelle »

vendredi, 7 décembre 2007

Histoire de l'étincelle

A peine mort, Cyrano de Bergerac eut un biographe.

Dès 1657, Henri le Bret, son ami de trente ans, rédigea une histoire comique de sa vie.

On y apprend que Cyrano avait écrit une Histoire de l'étincelle, mais qu'un voleur ayant pillé son coffre durant sa maladie, le texte en a disparu.

Reste le titre : Histoire de l'étincelle.

Béni soit le voleur, car loin d'éteindre notre désir, son acte le met en selle, et nous voilà, nous enlevant du sol vers l'écriture...

Nous ne livrerons pas de nouveau l'histoire de l'étincelle. Jamais nous ne ferons ce que fit Patrick Rambaud d'un projet de Balzac sur la bataille d'Essling... Notre immoralité ne va pas si loin.

Nous visons plus vif.

Quoi de moins vif que la critique ? D'aucuns objecteront... Tant de raisons...

Mais critiquer l'histoire de l'étincelle est indéfendable. Un texte que nous n'avons pas ! Quel vice ! L'Université, le bon sens, le commerce... Pas la moindre possibilité d'ourdir une note de bas de page, une préface, une édition savante, un colloque, une journée d'étude, une thèse, un épithétique compte rendu pour les mélanges d'un Professeur illustre et incinéré.

Laissons les morts entexter les morts ! Volons au vif.

Légère de son texte, l'Histoire de l'étincelle brille.

Son art est d'avoir inventé son voleur, en l'écrivant, par la main d'un autre, et d'apparaître par hic fuit ! Quel est l'auteur ? Cyrano ? Le Bret ? Ou le voleur ? Le livre invente l'auteur qui l'invente, donc le dérobe. Il complote, en tout cas, à l'oeuvre de Proust, cette durable Recherche du Temps perdu qui se boucle sur sa lecture, à l'infini, et se joue, dans le retour, dont l'invite l'invente et l'évite sans loi.

Ces livres lévitent.

Convenons que Proust est long, et que l'étincelle mène plus vif.. Lévitation immédiate, et sans icosaèdre...

Ceci n'est pas une pointe, et l'on n'est pas pipé.

La pointe s'anéantit en se formant, elle diminue à force de croître. Elle tend au point.

Tel le Cyprès, selon Cyrano, dressé au ciel, s'amenuisant.

Mais l'étincelle rayonne en tous sens. Elle diffuse. Son éternité éclate. Quelle histoire ! Belle illumination !

L'histoire suit toujours quelque ligne, mais elle éteint son pauvre sens monomaniaque à l'étincelle. Elle y vit son explosif ridicule par dessus tête. Trêve du récit : feu partout, et nulle part ! Et cela vient de soi, même pas d'un soleil, comme aux grains de poussière que médite Lucrèce. C'est un lux fiat fuit !, l'étincelle d'or de la lumière nature.

L'histoire de l'étincelle est l'acte éclatant du vol de l'histoire. Elle est. Elle n'est pas. Elle naît de son néant, léger pied de nez.

Disparue, cette oeuvre est sa forme.

L'absence est sa figure. Son manque fait sa présence. Nous la goûtons de n'étre pas, sans piperie. Quoi de plus honnête ! Vraiment, elle est introuvable. Le Bret le dit. Elle brille ainsi. La Rochefoucauld le maximisera un jour : le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. Mais tout est ici plus léger, voleur d'histoire.

Rions du temps.

Cyrano de Bergerac a médité Francis Ponge. Qui l'ignore croit sérieusement à l'histoire... Pauvre drôle ! Cyrano prouve sa lecture de Ponge par sa Description d'un Cyprès, qui est critique en acte du Parti pris des choses.

Cyrano joue l'objeu avec joie. Avant ? Après ? Qu'importe ! Mais le Cyprès précèdant L'Histoire de l'Etincelle, Cyrano y est tout imprégné du premier Ponge, enraciné dans la terre des choses. Il n'a pas encore lu Le Soleil placé en abyme. Il n'a pas pensé l'envol.

Quand il compose l'Histoire de l'Etincelle, il sait Le Savon qui fait des bulles à sa consommation, et dont la disparition triomphe, par les lectures, comme aux baignoires, en multiplication de délicieuses sphères. Il sait le soleil. Il sait que la racine de ce qui nous éblouit est dans nos coeurs. Il lâche donc racine, multiplie les pointes en tous sens, met en pièces l'histoire, et s'élève.

Voilà, tel quel, le bouquet, cet astre à traits divers.

L'étincelle, par dérobade, se rit de l'histoire, et brille de Le Bret, de Ponge, de Rimbaud, son éclatant voleur

Il est à souhaiter que son Histoire soit mise au programe de l'Agrégation de Lettres pour l'étude de tous les siècles. L'Astrée seule y songe.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Histoire de l'étincelle 19:51 dans Littérature

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