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« Petites anecdotes »

lundi, 3 décembre 2007

Petites anecdotes

Ce que j'aime chez Charles, c'est qu'il raconte de petites anecdotes.

Issue d'une femme que je ne vis pas, cette phrase m'atteignit, place du Capitole à Toulouse, vendredi dernier, alors que je rentrais de Lyon, et que je me rendais au Lycée Pierre de Fermat pour parler une fois de plus des horreurs que disent impunément les grands classiques français.

J'allais donc continuer à démoraliser des jeunes filles. Il faisait froid, place du Capitole. Je portais une grosse casquette lourde achetée l'an passée en Irlande, et une écharpe à carreaux marron entourait mon cou.

Je suppute que je n'étais pas beau.

Or, cette phrase, alors que je marchais d'un pas vif tant il faisait mauvais, m'atteignit devant le lieu d'exposition d' Art Contemporain de la Caisse d'Epargne, où, une fois, j'avais vu un cul.

Cette phrase, une voix jeune l'avait dite. Elle devait avoir vingt ans.

Il s'agissait donc de Charles, et ce qu'aimait la diseuse, c'était qu'il racontait de petites anecdotes.

Sans doute parlait-elle à une autre jeune femme. Mais j'étais pressé, je n'ai pas vérifié. L'enseignement de la littérature et de ses abominations exigeait ma présence trois cent mètres plus loin. Pourtant, à mesure que je marchais, dans cette journée déjà pour moi chargée du voyage ferroviaire depuis Lyon, où j'avais parlé plus de deux heures de la dernière partie de la dernière phrase de La Princesse de Clèves, la voix de la jeune femme résonnait : Ce que j'aime chez Charles, c'est qu'il raconte de petites anecdotes.

Cela me peuplait.

J'enviais Charles.

J'ai toujours envié Charles. Je l'envierai toujours.

Quand j'étais élève au Lycée Raymond Naves, les filles adoraient déjà Charles. Charles... Oh, Charles s'exclamaient-elles ... Je n'ai jamais vraiment su ce qu'elles lui trouvaient, mais je savais que je n'étais pas Charles.

Considérant combien cela continuait, je marchais vers mon labeur, place du Capitole dans le froid. Et j'aurais haï Charles de toute mon âme, si la vérité ne m'était apparue :

Ce que la voix aimait en Charles, c'est qu'il racontait de petites anecdotes !

Charles pouvait être beau, riche, savant, musclé, catholique, bronzé, moustachu, gauchiste, excellent chanteur, parfait connaisseur en girolles, informaticien reconnu, remarquable valseur, galant homme...

Ce que j'aime chez Charles, c'est qu'il raconte de petites anecdotes.

Entendons bien : non pas qu'il raconte tout simplement... Non. Non. Charles n'est pas Homère ou Georges Duby. Il ne raconte pas l'histoire du Moyen Age ou de Troie. Il n'est pas non plus Proust, ou Schéhérazade.

Charles raconte de petites anecdotes.

Pas de petits faits vrais, comme Stendhal.

Ce que Charles raconte est évidemment petit, multiple, mais c'est secret, comme chez Procope, voire italien, et même florentin, et pas nécessairement vrai. La vérité, l'âpre vérité, la voix s'en tait...

Ce qu'elle aime chez Charles, c'est qu'il raconte de petites anecdotes.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Petites anecdotes 19:29 dans L'époque

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