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« Sermon sur Babel »

vendredi, 7 décembre 2007

Sermon sur Babel

Ce texte de Jean-Pierre Nizet s'appuie sur la traduction de Henri Meschonnic. Il fut dit et mis en acte devant une égise ruinée de la Contre Réforme à Saint Antonin Noble Val, au dessus du lieu où Louis XIII faillit perdre la tête. Le Pasteur usa sans barguigner de son corps, de toute sa voix, d'un fromage babybel et d'un peu de terre de la place Pinel. Chacun des participants se souvient de ce moment comme grand.

1 Et il y a eu la terre langue une

Et des paroles unes

2 Il y a eu dans leur voyage vers l’orient

Et ils ont trouvé une plaine au pays de Chinear

Et là ils ont fait leur demeure

3 Et ils ont dit l’un vers l’autre allons faisons blanchir des briques

blanches et flambons à la flambée

4 Et ils ont dit allons bâtissons-nous une ville et une tour et sa tête dans le ciel et faisons nous un nom

Sinon nous nous disperserons sur la face de toute la terre

5 Et Adonaï est descendu voir la ville et la tour que bâtissaient les fils de l’homme

6 Et Adonaï a dit si le peuple est un et la langue une pour eux tous et cela ce qu’ils commencent à faire

Et maintenant ne pourra être retranché d’eux rien de ce qu’ils méditeront de faire

7Allons descendons et là embabelons leur langue

Qu’ils n’entendent pas l’un la langue de l’autre

8 Et Adonaï les a dispersés de là sur toute la face de la terre et ils ont cessé de bâtir la ville

9 Aussi on a appelé ce nom Babel parce que là Adonaï a embabelé la langue de toute la terre

Et de là Adonaï les a dispersés sur la face de toute la terre

Les hommes décident de bâtir une tour dont le sommet touche au ciel. Ils le veulent pour être unis, pour célébrer leur unité de langue et de pensée, pour célébrer le « ensemble tout est possible ».

La Tour de Babel est un phallus terrien qui se tord vers le ciel, c’est l’emblème réel du global.

La construction de la tour migdal étroitement liée à la volonté de se faire un nom dans le langage religieux traduit la volonté de toute puissance.

Le terme hébreu babel reproduit le Bab-ili accadien qui signifie porte de Dieu. Sachant par ailleurs que babel en hébreu signifie confondre, mélanger, embrouiller.

La tour qui croule sous son poids de briques, ce monolithe, traduit plus le drame de notre pesanteur que notre faculté d’accéder à d’autres mondes. Babel est une idole opaque, un écran, un miroir, une jouissance coincée devant la porte d’Adonaï le Vivant.

Pire, la tour symbolise la folie de faire soi-même son nom alors que le nom se ne nous appartient pas, il nous est toujours donné par un autre.

Parce qu’il échappe l’individu, le nom, précisément, offre la liberté de devenir sujet.

Le refus de s’inscrire dans une filiation est révélé dans le texte par l’emploi de la brique. La brique est pour eux la pierre

Or Even la pierre est la contraction en hébreu du mot père et du mot fils. Dans le mot brique lebena : seules les consonnes du fils demeurent.

L’élan d’autonomination c’est ici le rejet du Père. Dans son contexte biblique la tour de Babel est une non-théophanie, une non-rencontre.

Dans le texte, Adonaï se parle à lui-même.

Aucune parole n’est adressée à l’homme-brique qui prétend s’auto-engendrer.

Babel l’orgueil mais aussi la peur d’être dispersé, de se dissoudre, de disparaître. C’est une œuvre verticale qui traduit en vérité la peur de la finitude.

C’est pourquoi, la dispersion pour les hommes de Babel est une perte, une rupture avec un centre, elle est vécue comme une malédiction.

Or la dispersion au regard de nombreux texte bibliques est comprise comme une extension, une multiplication, une bénédiction.

Ce récit est la promesse de l’effondrement de la pensée unique pour que la pensée et la parole soient possibles à nouveau.

Dans cette église ruinée de la Contre Réforme, nous sommes au bénéfice de cette promesse.

Dieu n’est pas un monolithe, au contraire il est puissance de renversement, « faiseur de brèches » comme l’écrit le prophète Esaïe.

Ce matin il ouvre pour nous cet espace de parole, il nous invite à traverser ce champ de forces dans l’éclatement des langues et du sens.

Grâce lui soit rendue !

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Sermon sur Babel 21:24 dans

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