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« Coupole et cupule »

lundi, 21 janvier 2008

Coupole et cupule

La coupole, édifiée au dessus de nos corps, est un creux circulaire grandiose. Nos têtes étant plus ou moins renversées, nos regards y montent, tournent, contemplent. Nos voix, quand elle s'y élèvent, en reviennent métamorphosées. Toute personne, par la bouche et par l'oeil, y est appelée. Jamais cependant, sauf échafaudage ou escaliers discrets, comme au Duomo de Florence, notre chair ne la touche. Nos doigts ne la caressent pas. Nos langues ne la lèchent pas. Nous ne pouvons même pas y pisser. Seuls quelques oiseaux, comme l'esprit, ou parfois des ouvriers, peintres, ou restaurateurs, y ont accès. Les Immortels de l'Académie peuvent croire y atteindre, mais ils sont dessous, et leur élection ne les délivre pas du passage dont Giscard fit le roman. La coupole est un berceau au ciel pour nos esprits qu'elle édifie par la distance d'où tournent nos têtes, les images, et nos voix.

En somme, en se soustrayant au contact de notre peau, cette forme invite à la question que posait Denis Favennec, dans une discrète église Florentine, sous une coupole et devant une gardienne non italienne ! What about the cupola ?

What about ? Telle est, en effet, l'édifiante question.

La cupule, alors, revient en mémoire

.

La cupule est un petit creux accessible aux doigts. Sur des pierres, sur des monuments mégalithiques, on la rencontre. Elle ne nous surplombe pas. On se penche vers elle, on tend la main à son ouverture. Parfois, on s'y hisse.

La cupule est très ancienne.

Elle peut recueilir les eaux du ciel, nos larmes, notre sang, tous les liquides, et des objets que nous pouvons y déposer. Elle peut être un vide-poche. On lui abandonne notre réserve.

De la pierre, pour la cupule, un peu de pierre a été arraché. Qu'est devenue cette pierre, rendue poudre ? Nous l'ignorons. Jean Clottes indique qu'elle pu servir à des rites, comme la terre de la place Pinel distribuée au monde par l'Astrée... La cupule ouvre discrètement aux horizons.

La coupole, comme un ciel, unifie l'édifice, la cupule oriente aux paysages sous le ciel. La coupole est une architecture, la cupule est un retrait. La coupole surplombe, la cupule fait se pencher. La coupole emporte l'âme en ascension lyrique, la cupule reçoit la chair ici-bas. L'une et l'autre composent le mélange. L'une et l'autre séduisent. Elles nous reçoivent et nous renvoient. Elles nous montrent l'envers du masque où nous engouffrons notre soufle. Entre ces deux finis, qui portent l'infini, et font Ptyx, nous sommes étrangement des personnes.

Douce perspective !

La coupole est le retournement grandiose de la cupule. La coupole est jeune et ambitieuse. L'Eglise en aime l'audace.

Nous revenons parfois de la coupole à la cupule. Tel est peut-être le mouvement présent. Lassés de La Renaissance, nous désirons le nid. Edifiés par les hauteurs circulaires, et tout au désarroi de ce ciel qui nous somme, nous nous penchons vers l'humble.

Place Marius Pinel, à Toulouse, il nous est possible de pratiquer à la fois la coupole et la cupule.

Telle est la vertu de cette Place au nom théologique, obscène, et montant lyriquement de la mère à l'ange du ciel.

Le Kiosque est surmonté de sa coupole, vraie Kippa, qui renvoie le son et où nichent parfois des oiseaux. Nos voix s'y retournent en maints échos, y regagnent nos corps par nos pieds, quand le sol vibre. Cette coupole est vierge de figures, mais les inscriptions et les graffs montent par ses colonnes. Un jour, peut-être, ils l'atteindront. L'icône sera au lieu blanc de l'être, en l'hostie même, en la tache au miroir des Epoux Arnolfini, rendant alors possible sinon probable, en ce lieu même, l'idolâtrie. Nous attendons le tag Pantocrator, et ses dangers. Nous saurons faire face.

Quand nous sommes au Kiosque, et que nos essayons nos voix, nous vivons en une coupole. Mais quand nous creusons le sol, que nous lui arrachons un peu de terre, pour la remettre au monde, nous pratiquons une cupule. Nous nous penchons. Nous nous agenouillons. Nous tendons nos mains vers l'humble.

Déjà un petit trou, constamment visible est creusé au pied d'un arbre. D'aucuns peuvent y laisser leurs productions.

Ce trou répond au Kiosque dont la coupole, visible depuis de multiples points, édifie l'espace. Méditatifs agissant, nous allons de l'un à l'autre.

La chose la plus admirable est cependant le parapulie renversé, que nous avons découvert, une nuit, Sébastien Lespinasse et moi, et que FR3 a mis en gloire.

Ce parapluie renversé s'aperçoit, dans la crypte du Kiosque, grâce à des trous en forme de losange. Il est cupule sous la coupole, en un retournement plein d'aventures, comme il se voit au texte de Winnie the Pooh, par A. A. Milne. Ce phénomène est comparable, en sacralité, à la cupule présente au haut d'un Dyke sous une église du Puy en Velay. Peut-être est-il même légitime de le juger plus beau.

La méditation sur ce parapluie, visible et inatteignable, humble et hors de portée, unit, comme une crypte, coupole et cupule.

Tel est, place Marius Pinel, et par nos oeuvres, ce couple en acte.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Coupole et cupule 17:50 dans Archéologie , Méthodes , Place Pinel

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