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« Swann et Moïse »

dimanche, 20 janvier 2008

Swann et Moïse

Swann, selon Marcel Proust, se met à aimer Odette de Crécy, dès qu'il croit voir qu'elle ressemble à Zéphora, fille de Jéthro, telle que la représente Botticelli.

Il aime Odette, ne l'aime plus, puis l'épouse.

Il devient donc le mari de Zéphora.

Or Moïse devint dans la Bible, le mari de Zéphora.

Swann devient donc Moïse et réciproquement.

Comme l'auteur de la Bible a très bien lu A la Recherche du Temps perdu, il sait que Swann, ce juif doté de maintes qualités, capable d'une extrême sensibilité, et riche en connaissances artistiques raffinées, ne parvient jamais à écrire une oeuvre. Il n'atteint jamais la vraie vie, la vie enfin découverte et revécue, qui est la littérature.

Cet auteur de la Bible fait donc de Moïse, guide des juifs, doué de maintes qualités, capable même, comme Swann, de voir en face le feu réel, un inapte à la Terre promise. Moïse meurt juste avant d'atteindre le pays où il mène son peuple. Ce type plein de promesses cale à la ligne d'arrivée.

Moïse n'est pas Ulysse.

Comme l'auteur de la Bible connaît l'Anglais, puisque selon l'abbé Boudet, l'immense auteur du Cromleck de Rennes-les-bains, l'Hébreu descend de cette langue, il n'ignore pas que Swann signifie cygne, cet oiseau blanc, flotteur, célébré par les poètes français fin XIX ème siècle. Il met donc Moise, dès la naissance, dans son berceau : lui aussi, il va flotter, comme un cygne bercé, sur le Nil jusqu'à la fille de Pharaon. Cette belle personne le recueille, puis téléphone à Nausicaa, qui lui donne, en copine, quelques conseils.

Ces conseils ont, peut-être, aidé, par la suite, Moïse à choisir, au contraire d'Ulysse, le côté du désert, à se tirer des eaux, qu'il traversera sans problème ou fera jaillir sans discuter. Swann, quant à lui, avait eu trop de problèmes avec Odette, son histoire d'O, et d'eaux...

Comment passer les eaux, voilà la question que ni Swann ni Moïse ne résolvent. Franchir la Mer rouge ne suffit pas, et les catleyas sont impuissants. N'a pas Nausicaa qui veut.

Mais est-ce si grave ?

Il n'est pas mortel de ne pas toucher la Terre promise, puisque la mort en est la cause.

Surtout, l'oeuvre actée, comme dirait l'Inspection générale, quoique formant douce pespective par son acte, est peut-être moins désirable, moins belle, moins poétique que the work in progress. D'ailleurs l'Astrée, le travail, la terre, et Pénélope sont interminables. On peut encore en débattre : la question est la manne dont, avec quelques cailles, on se nourrit.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Swann et Moïse 20:48 dans Littérature

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