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« Au ciel »

mercredi, 6 février 2008

Au ciel

Au ciel, il aimait reconnaître ce pronom qui le remplaçait entrelacé à l'adjectif qui le montrait. Que ces outils grammaticaux s'entrebaisassent en langue française, et que cela ne fût vrai qu'en elle, qui bientôt serait oubliée, et avait pu si longtemps ne pas être, le mettait aux anges... Il s'aimait au ciel, dépouillé de son nom, de son prénom, comme en un miracle discret, où, sans souci du visage nécessaire, il eût pu se mêler ici à ce qui le déliait.

Il se plaisait aux lettres, dont la fragilité lui indiquait son effacement. Il aimait leurs combinaisons, leur provisoire, et les langues innombrables qui étaient mortes ou devaient mourir. Il y cherchait sa perte délicieuse. Rien ne l'enchantait plus que de sentir les mots de sa langue fondre comme les vieilles glaces dans la mer et les aigles dans l'immense, le véritablement immense, ciel.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Au ciel 18:37 dans Il

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