« Effets de la Conférence au Hangar »
lundi, 18 février 2008
Effets de la Conférence au Hangar
La conférence Place Pinel au Hangar le vendredi 15 février 2008 s'est tenue en présence d'un public important où l'on remarquait le poète Serge Pey, accompagné d'une vraie femme sarde, le metteur en scène Michel Mathieu, le pasteur Jean-Pierre Nizet, Le vaniniste Mathias Klemm, deux anthropologues de l'Université, le flamenciste Juan Jimenez, plusieurs psychologues dont la remarquable Françoise Payard, des spécialistes de toute nature parmi lesquels on retiendra particulièrement Moïse Algayon...
Cette conférence a tenu plus d'une heure et demie le public en haleine. Des sujets de fond ont été abordés, tels Tout, le reste, l'espace canin, la poésie, et la théorie de l'acte.
Des rires se sont élevés. Des pensées ont été émises. Des vidéos et des photos ont été visionnées. Plusieurs échantillons de la terre de la place Pinel ont circulé.
Un appareil RO9 de chez Edirol a enregistré la totalité de la conférence, dont on peut obtenir le son par l'Astrée. Il suffit d'écrire à l'auteur de ces lignes, ici.
La rencontre qui suivit la conférence fut à hauteur d'espérance. Françoise Payard s'était avancée dans le kiosque avec un de ses chevaliers servants. Nous progressions plus lentement, à pied depuis le Hangar, situé près de la gare Matabiau.
Françoise Payard établit le contact avec un groupe d'autochtones. Il s'agissait de très jeunes gens équipés de casques, souvent blancs, et de mobylettes. Nous les avions déjà observés lors du tournage de quelques images avec Catherine Aira. Eux aussi, ils nous avaient vus. Mais Françoise sait établir les petits ponts nécessaires.
Quand nous sommes arrivés sur la place Pinel, ils nous attendaient.
Nous entreprîmes une danse endiablée dans le kiosque sous la conduite de Juan Jimenez, fameux par ses palmas, et de Sébastien Lespinasse
Jeunes, vieux, petits, gros, tout se mêla dans le kiosque. Un chien s'y aventura. Comme chacun, il se trémoussa.
Nos deux anthropologues, Marie et Cécile, ne furent pas les dernières à s'activer dans ce travail primitif des corps et des voix. Cécile, justement, était cardinale pour nous.
En Inde, elle avait filmé des peuplades dansant, chantant, multipliant divers rites autour d'un parapluie renversé, celui dont nous avions parlé et qui se dressait sous le sol du kiosque, au dessous des palmas de Juan Jimenez... Cécile se souvenait surtout des moments de son adolescence dans le Kiosque de la place Pinel. Depuis cet édifice, elle avait vu un homme faire l'amour à un arbre. Elle devait nous désigner cet arbre.
Elle le fit.
C'était un bel arbre, au nord de la place.
Nous nous y rendîmes avec les jeunes autochtones à casques blancs, le chien, ses propriétaires, et l'équipe de la conférence.
Nous appliquâmes nos mains contre le tronc, et nous lui fîmes collectivement l'amour en entonnant Marius Pinel.
Cet acte accompli, je remis aux anthropologues Marie et Cécile deux fragments anciens : un débris gallo-romain provenant de Saint Bertrand de Comminges (étiqueté sex 94 10126 5 C. Réduction Grossière par les archéologues ), et un fragment de calcaire pris dans le Dun Aengus aux Iles d'Aran en Irlande. Après consultation de Moïse, Marie eut le fragment néolithique (à enterrer au sud de l'arbre), Cécile le fragment gallo-romain (à enterrer au nord).
Les deux jeunes femmes (très belles) enterrèrent leurs objets respectifs au nord et au sud de l'arbre sous les yeux attentifs des autochtones, des pinélisateurs, des passants nocturnes, et du chien.
Ensuite, il y eut danse sauvage tectonique sur les sépultures.
Ce fut beau.
Je proposai un cheminement vers l'Espace Canin.
Il s'agissait d'admirer, de respirer, et de vérifier l'absence de tout chien. Ce fut fait. Chacun constata, vers une heure du matin, l'Espace canin, ses trois panneaux, ses énigmatiques crottes. Comme un chien et ses propriétaires étaient apparus, je demandais d'introduire le chien dans l'Espace canin...
Nous vîmes alors cette chose merveilleuse : un chien là !
Il ne pissa pas. Il ne chia pas. Il tourna au hasard, l'air malheureux, puis s'enfuit.
Cette expérience visiblement lui déplut. Jamais on ne l'y reprendrait. Ses propriétaires nous avaient prévenus : Nimes ( orthographe douteuse) se refusait à fréquenter l'Espace canin. Nous nous en doutions. Les faits confirmaient la théorie. Le mystère des crottes s'amplifie.
Les jeunes autochtones proposèrent une ascension sur les toits de l'école. Ils en savaient les voies. C'était splendide. Cependant, après traversée du boulodrome, qui se révéla plus riche en merveilles qu'à l'ordinaire, la troupe se divisa : une partie monta sur le toit de l'école, d'où elle jouit de vues admirables sur la place, tandis que l'autre, poussée peut-être par les anthropologues, investit une très petite cabane, côté nord, en branches et en paille, où elle constata la présence d'un autel, visiblement dédié à des dieux. Plusieurs théories s'échangèrent. Puis tout se réunit.
Ainsi souffla la nuit, accoucheuse de mémoires, de rencontres, et d'idées, place Marius Pinel, une nouvelle fois.
Les jeunes autochtones à casques blancs dirent au pasteur : vous nous avez égayé la soirée.
Yves Le Pestipon |
13:32 dans
Place Pinel
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