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« Face aux cupules 1 »

jeudi, 7 février 2008

Face aux cupules 1

Qui considère des cupules pense et remue.

Ces petits creux dans la pierre provoquent.

Ils font perdre contenance, et produire des signes au vide.

Nous l'avons souvent observé : face aux cupules, il est difficile de ne rien faire.

Bien sûr, il est possible de les éviter. Même à deux pas, elles n'agrippent pas. Elles ne font pas de publicité. Leur discrétion est parfaite. On peut toujours porter le regard ailleurs, couper court au trouble.

Mais sans écran, et sensible, face à elles, il faut bien faire quelque chose.

On approche, par exemple, un doigt. On se penche. On explore. On caresse. On a un peu honte. Certains crachent. Plusieurs rigolent. Mais il faut exposer son corps. Les cupules provoquent au manque de tenue. Certains pissent. Des mots sortent des bouches. Des bouts de théories se formulent. Des questions viennent et s'échangent comme des pétards.

Sont-ce des bouches, des yeux, des vulves, des nombrils, des trous du cul, ou des étoiles ? On projette des paroles sur la pierre, mais il n'y a même pas d'écho.

Personne ne peut prendre durablement la parole. Les professeurs sont secs. Les cupules ne sont d'aucun programme. Pas de récitation autorisée. Pas de leçon canonique d'histoire de l'art. Est-ce même de l'art ? Est-ce du rite ? Est-ce une langue ? Ce sont des creux, ici et là, sur des pierres, un peu partout au monde, résolument pas partout, associés souvent à d'autres marques, mais pas nécessairement, et d'âges variés. Ce sont des manques sans histoire, qui ne figurent rien, ou le ciel entier, et dont l'usage est inconnu.

Les cupules font pores aux cours. Face à elles, les doctes s'aèrent. Il faudrait peut-être une parole en étoiles, avec trous noirs, rayonnements, labyrinthes, carte du Tendre.

Un éloge de la caresse ?

Certains veulent en produire l'histoire. Ils tentent de les lester de faits. Mais les documents manquent à ces scrupuleux. D'autres, immédiatement plus ambitieux, cherchent à boucher les vides en poussant des monuments de discours, bourrés de traditions, de philosophies, de gourous.

Nous voudrions considérer les cupules, telles qu'elles apparaissent, aujourd'hui, ces petits creux sur des blocs de pierre, et qui nous font tendre l'oreille, la bouche, la langue, et nous étendre.

Nous ne pouvons le tenter sans parler de nous.

Les cupules sont des propositions à possibilités de sujet. Elles sont ouvertes à la question du sujet.

Aucune cupule ne fonctionne sans moi.

Ou plutôt, en mon absence - quasi continue -, la cupule présuppose, même la nuit où les étoiles seules brillent inertes au dessus d'elle, mon regard, ma langue, mon doigt, ma tension.

Et même si je suis mort, et même si je suis autre, et même si je n'existe pas, c'est toujours de moi qu'il est question.

Les cupules proposent la rencontre. J'y suis préposé. Je suis leur facteur et leur préposition. Quel rôle !

A moi de les considérer.

Question d'éthique : elles font de moi un con en érection.

Affaire à suivre.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Face aux cupules 1 17:00 dans Archéologie

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