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« Toulouse, capitale de la culture ? »

mardi, 25 mars 2008

Toulouse, capitale de la culture ?

Toulouse, dit- on, veut être, capitale européenne de la culture en 2013.

Jean-Luc Moudenc passe, l'ambition demeure.

Des individus espèrent annoncer la bonne nouvelle.

Il y aura une culture.

Il y aura une capitale.

Cette capitale sera Toulouse.

Mais la culture ? Quelle existence au singulier, sinon par oeil d'Etat ? Des phénomènes se constatent; des théorèmes sont démontrés; des cuisines sont assaisonnées; des livres, très divers, s'écrivent, se lisent, se pillent. Des vêtements se portent. Des chants passent de bouche en bouche. Des églises palpitent à l'éclat des cierges. Des stades hurlent. Quelques dentelles s'adornent de motifs subtils. Des sites web se ramifient. Culture ? L'unité du concept est douteuse, mais nécessaire pour enfanter la croyance en une capitale. La culture exige la capitale. la capitale exige la culture. Ca tourne. Mais qui désire la capitale ? Et que désire-t-elle ? Et que désire ce désir ?

Supposons qu'aient existé des capitales de la culture. Supposons que Paris, Berlin, New-York en aient été. Supposons qu'en certains lieux privilégiés se soient concentrés à un moment donné les principaux intellectuels, créateurs, et que de là soit né, en tous les domaines de l'hypothétique culture cohérente, une nuée d'oeuvres... Cela s'est certifié après coup. Peut-être, pouvons-nous soutenir, après vingt cinq siècles, qu'Athènes fut quelque temps capitale de la culture. On peut en débattre. Mais comment décréter par avance ?

En 2013, il est possible que le plus beau théorème inventé en Europe le soit à Narbonne, que la plus ravissante mélodie soit composée à Fribourg, que la théorie biologique la plus féconde naisse en Sicile, que l'installation la plus excellente paraisse à Belfast, que le cuisinier le plus subtil régale Stockholm... Peut-être y aura-t-il davantage d'écrivains à Berlin qu'à Paris, à Paris, qu'à Rome, à Rome qu'à Toulouse. Comment savoir ? Et quel sens ont ces classements ?

Le pouvoir seul, ou ses reflets, prétend en savoir chose. Cette prétention le fonde. S'affichant sachant, il construit sa nécessité, qui se figure aux capitales.

Beaucoup l'appuient. Les crottes du trône ont des bouches à nourrir. Les cerveaux bandent volontiers à l'oeil du maître.

De Toulouse capitale de la culture, on peut attendre des fêtes, des expositions, des spectacles.

Des ego seront gros.

Des fromages circuleront.

On sera tous ensemble.

On aura un peu moins peur de la mort.

Il y aura des rencontres. Ce sera convivial, festif, dynamique, jeune. Mais les grilles seront maintenues. Pas un portail automatique ne sera atteint. L'ordre capital sera, comme d'habitude, la mort bien entretenue.

Peut-on citer un théorème produit par Lille, capitale de la culture 2004 ?

Quel poème en est né ?

Une recette de cuisine fut-elle inventée, et dont maints européens se délectent ?

Quelle inflexion y fut donnée à la physique, à la biologie, à l'astronomie ?

Quelle partition d'importance en surgit ?

Quel ensemble philosophique ?

J'ai vu récemment l'Université de Lille Pont de Bois, bien en décrépitude.

A Lille, il y eut beaucoup de bruit. Les gens ont voté. Ils ont approuvé. Ils ont consommé. Le Spectacle continue.

Il est temps d'imaginer une critique dévastatrice de la culture. Ce sera loin de l'oeil du maître. On tissera la chose au ciel, sous terre, parmi les pierres, les cupules, les roses, et les bouches amoureuses.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Toulouse, capitale de la culture ? 13:52 dans L'époque

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