« Le goût des lotissements »
lundi, 24 mars 2008
Le goût des lotissements
L'oeil, quand il se promène aux paysages, voit souvent, en France, désormais, des lotissements.
Les moindres villages s'en encerclent. Toute sortie de grande ville en propose l'interminable. Dans les collines, les plaines, les montagnes, ou sur les rivages, on les constate.
Parfois, ils se réduisent à deux ou trois villas, sur une pente ou à la corne d'un bois. Plus fréquemment, l'installation est nombreuse. Des rues s'ordonnent. Plusieurs ronds-points font figure. On rencontre rarement des individus dans ces endroits. Quelques voitures, éventuellement, en déplacent. Des chiens aboient. Mais il n'y pas d'attroupements humains, même limités, comme il en subsiste dans les épouvantables dictatures. Personne n'est assis sur des bancs pour parler, ou trafiquer. Les messes sont absentes. Les enfants ne jouent visiblement pas. Les commerces sont ailleurs.
Du terrain, des arbres et du grillage séparent les habitations. Côté rue, se présentent des grilles, des murs, et des portails.
Ces rues ont des noms de fleurs et d'oiseaux.
Tel est le rêve.
Dans les villages, les chantiers se multiplient. Il arrive qu'ils dégagent des vestiges. On les recouvre, si possible, tant on a hâte des sapinettes, des laurières, des piscines, des barbecues.
De loin, les villages épaississent. Leur grâce prend graisse. L'étal détruit leur silhouette. De près quand on traverse la zone pavillonnaire, les panneaux propriété privée, villa en réseau, attention au chien, défense d'entrée sont à lire.
Beaucoup de villas résultent de crédits et de longues économies. Le mérite édifie ces lieux. On le sent. La clôture se paye d'efforts.
On imagine de loin les intérieurs.
On ne veut pas imaginer. On passe.
Mais de nouveaux lotisements sont plus loin. La Mairie a un programme. Des terrains sont à bâtir.
Le rêve et la peur travaillent la France. C'est un secret étalé. L'horreur du jour y est aimable.
Yves Le Pestipon |
10:40 dans
L'époque
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