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« Les routes captives »

lundi, 17 mars 2008

Les routes captives

Philippe Berthaut fait oeuvre de poète depuis plus de trente ans. Des livres existent. Des spectacles ont été donnés. Des chansons ont été proférées. Un chemin réel sur terre a été construit et parcouru. Il a aidé de très nombreux individus à pratiquer l'écriture, ce dont témoigne et théorise La chaufferie de la langue.

Philippe Berthaut est un homme des horizons ouverts et des voies à travers la nuit.

Il sait, en même temps, comme le meilleur Louis Aragon, qu' il n'est d'amour que du concret.

C'est ainsi qu'il sut considérer, dans les délibérations du conseil municipal de Bagnères de Bigorre, cette phrase : Treize lampes bleues seule éclaireront la ville. Il en fit le titre d'un livre.

Les routes captives sont concrètes. Ce sont des bouts de routes qui n'aboutissent plus à rien, et que la D D E a abandonnés. Les végétations envahissent. Des objets stagnent. Ces routes ne mènent plus nulle part. Elles n'ouvrent apparemment vers aucun voyage.

Philippe Berthaut en a rencontrées entre Figeac et Cahors. Il les a considérées. Il en a écrit.

Tronçons de sens coupés, d'histoire enfouies

D'un coup cela se rompt, ne rejoint plus

Ne jointe plus avec la route neuve

Route captive, tu te délivres en moi comme je me délie en toi.

L'objet devient un sujet. Le poète s'adresse à la chose dont il élabore la dignité, et sa pensée en acte se construit du dialogue qu'il établit. Philippe Berthaut, par la comparaison, qui devient vite métaphore, échange avec la route captive. Et cet échange est le poème, sans doute route captive, qui ne jointe plus avec la route neuve, mais autorise l'aventure pour qui sait lire et écouter.

La fabrication du poème est difficile.

La route captive est un objet commun, abandonné, sans prestige, et en paix. Grand est le risque du réalisme. Grand est aussi le risque du lyrisme abusif. Comment dire un espace en paix ?

T'es pas cap d'écrire cet espace en paix.

Philippe Berthaut donne à entendre, dans son poème, et par le rire, ce défi. Il sait que le travail du poète est critique de lui-même. La liberté exige ce retour, pour faire rupture :

C'est là qu'il faut s'arrêter

Et rompre sa propre route

Sans plus aucune tentative de revenir.

La route captive invite à l'arrêt, à la rupture, au refus du retour. Mieux que la route libre, elle libère. La contrainte que lui impose l'abandon par la D D E en fait la machine célibataire pour un sujet. Par la pause et l'oeil qui l'aime, elle devient la mère et l'enfant du poème. Il en naît. Il la crée. Elle le recrée. Il revient sur elle sans aucune tentative de revenir. Il la remercie donc. Voici l'aventure en acte :

Je tiens ma naissance de là, ma re-naissance,

Plus tard je reviendrai te remercier, route captive

Te cajoler une dernière fois,

Avant d'être emporté sur mon champ de lave

Par les dernières figures de moi en gestation.

Dans le pays de Philippe Berthaut, comme dans celui de René Char, on remercie.

Philippe Bethaut construit son sujet de la rencontre avec le concret. Il emploie les mots à cette rencontre. Les routes captives, par lui et par eux, délivrent leur présence pour nous. A notre tour de remercier.

A ce premier ensemble, s'ajoute, pour qui se risque au recueil entier, un texte appelé Les chausures rouges.

Ici, l'objet est vif, visible : ce sont des chaussures rouges, abandonnées, trouvées dans une rue de Bordeaux. Le poète les recueille, et chemine par elles où routes captives et chaussures rouges se sont liées pour le faire renaître.

Même parcours, comme inversé, complémentaire. Ces deux textes font arche, et leur accord propose au troisième...

Dans les champs de lave, froids depuis des millions d'années, et qui s'étalent au nord de l'Aveyron, Philippe Bertaut trouve sa force majeure. Il en est le stylite, à ras de blocs. Là, plus de routes captives, ni de chaussures rouges, mais le monde concassé, sans transcendance autre que le texte...

Nous ne dirons pas tout. Le poème est au secret, toujours, même et surtout, publié. Lire prolonge le secret où visiblement se tient le stylite.

De son chant, de ses mots, et d'images, Philippe Bertaut a construit un livre-objet qui recèle un DVD. Il faut le mettre dans un lecteur, puis lire, mieux que ce lecteur là, par delà ce lecteur, au vrai du double que ce lecteur éveille, puis faire passer le poème de mains en mains.

Il est bien entendu très difficile de se procurer Les Routes captives. Leur force d'évidence est à distance respectable du bruit.

Yves Le Pestipon | Voir l'article : Les routes captives 20:37 dans Littérature

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